Les débutantes, J. Courtney Sullivan

Les débutantes, J. Courtney Sullivan

Quatrième de couverture : Occupant des chambres voisines sur le campus de l’Université féminine de Smith, quatre jeunes filles venues d’horizons très différents font connaissance. Cette rencontre est le début d’une belle et solide amitié entre Celia, écrivaine en devenir élevée dans la foi catholique, Bree, beauté solaire qui se languit de son fiancé, Sally, jeune fille bon chic bon genre qui doit faire face à la disparition de sa mère, et enfin April, féministe radicale et tête brûlée. Ce roman d’initiation relate leurs années de formation sur le campus de la mythique Université de Smith, célèbre à la fois par la qualité de son enseignement et par l’esprit féministe et libertaire qui y règne, dont l’ambiance particulière avait déjà inspiré Sylvia Plath ou Joyce Carol Oates ; il nous fait aussi découvrir leurs débuts dans la vie. Le mariage de l’une va conduire à leur éloignement mais la disparition d’une autre les réunira de nouveau. Aussi captivant qu’intelligent, ce premier roman drôle et émouvant sur la place et le destin des femmes – entre choix et contraintes – dans la société américaine contemporaine, a obtenu un succès critique et commercial aux États-Unis.

Ce roman, dès sa sortie en grand format, j’ai eu envie de le lire. Mais j’ai toujours un peu de mal à débourser 25 euros pour un livre (et pourtant…), ça doit être le côté «usage unique » qui me bloque un peu, et puis, un gros et beau livre, on a peur de l’abîmer, alors on ne le trimballe pas partout sur soi et du coup il devient juste un bel objet auquel faire attention, loin de l’idée de partage partout-tout-le-temps à la base de mon envie de lire. Bref, je ne l’avais pas acheté alors, et j’ai donc attendu sa sortie en poche pour me l’offrir, juste avant de partir en voyage l’été dernier. J’étais ravie à l’idée de l’emporter avec moi pour ce micro-tour du monde, je me délectais d’avance des heures savoureuses que j’allais passer en sa compagnie. Je m’étais interdit de l’ouvrir avant notre départ, et c’est avec impatience que j’ai attendu d’être dans le train Lyon-Paris pour p’y plonger. Je ne sais pas si ça vous fait ça aussi, mais parfois on se fait une idée très précise de ce qu’on va trouver dans un livre, on a une vision nette de ce qui nous y attend… et paf, on se retrouve dans quelque chose de totalement différent et on est déçu. Eh bien, comme vous pouvez le deviner, l’idée que j’avais des Débutantes était complètement à côté de la plaque. Et, sans exagérer, ça a été un peu la douche froide pour moi.

La couverture, très réussie, féminine sans faire chick-litt (détail très important à mes yeux), contemporaine et actuelle, mais aussi un peu bucolique (des shorts, de la pelouse… oui, pas de doute, on est en été) et plutôt très américaine, m’avait conquise dès le premier regard. Le résumé de la quatrième de couverture évoquait des liens très forts entre amies, et un roman suivant ses protagonistes à travers différentes étapes de leur vie. Un roman fleuve, un roman d’ambiance, donc. En tous cas, pas un roman à suspens, rien qui se cristalliserait autour d’un événement perturbateur. Les Débutantes était donc le genre de livre qui nous plonge dans le quotidien de ses héroïnes sans essayer de nous en mettre plein la vue à chaque détour de chapitres. Et ça, moi, j’aime… J’ai essayé de trouver à quel genre de roman je m’attendais alors, pour vous montrer l’ampleur du fossé qui séparait mes expectations et la réalité, mais j’avoue avoir un peu de mal à trouver un exemple. Peut-être que, dans l’idée, j’imaginais lire un nouveau Virgin Suicide, vous voyez ? Mais Les Débutantes n’a rien de poétique, et encore moins de bucolique, sachez le. J’ai même été assez surprise du côté « trash » que revêtait parfois ce roman de filles. En fait, je dirais que toute la nuance vient du fait que c’est sans esthétisme que ce roman met en scène la vraie vie de jeunes femmes au moment de l’université et de leur entrée dans le monde adulte. C’est un quotidien sans phare, et dans un langage parfois brut, qu’on découvre au fil des pages. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Peut-être que si j’avais su cela avant de commencer ma lecture, j’aurais été moins déçue. Ce n’est pas tant le contenu, je pense, qui m’a surprise, mais bien mes attentes en complet décalage avec ce que j’ai découvert dans ce roman.

Alors, après 100 pages de lecture, je me suis arrêtée. A ce moment là, j’étais dans le 2ème avion de notre vol Londres-Sydney, et nous en étions à notre troisième journée de transport. Je me souviens avoir rangé le bouquin, déçue, et m’être dit : « bon, que vont donner les autres livres que tu as embarqué dans ta valise pour les 2 mois à venir ? J’espère que tu t’es moins plantée pour ceux là… » (heureusement, j’avais un Harry Potter glissé au fond de mon sac, une valeur sûre  »au cas où »…)

Au gré de notre périple, j’ai entamé et dévoré d’autres romans, sans jamais avoir envie d’ouvrir à nouveau Les Débutantes. Nous sommes rentrés en France deux mois plus tard, et le roman n’avait pas bougé du fond de la valise. Et puis il y a eu ma blessure à la jambe, cet arrêt de travail, et beaucoup, beaucoup de temps devant moi en repos forcé. Et que fait-on, en repos forcé, si ce n’est lire ? (et épinglé des looks et des intérieurs de rêve sur Pinterest, bien sûr) J’ai alors eu envie de redonner une chance à ces Débutantes trop vite jugée, et qui payaient pour une faute dont elles n’étaient pas responsables : n’avoir pas correspondu à mes attentes, non en terme de qualité de littérature, mais en matière de scénario. Et cela, on ne peut pas le reprocher à un roman. En octobre, j’ai donc repris ma lecture et rapidement dévoré les 442 pages restantes. Cette fois-ci, j’étais prête, je savais à quoi m’attendre, et sans doute cela m’a aidée à entrer plus facilement dans la vie de Celia, Bree, Sally et April. Alors l’aspect  »trashouille », sans me désarçonnée, m’a tout de même parfois étonnée. Peut-être est-ce du à la traduction en français ? Peut-être est-ce simplement le style de l’auteur ? En tous cas, je ne l’ai pas vraiment aimé, ce style trop direct, parfois trop simpliste mais sans s’assumer vraiment comme oral… Autant j’aime l’oralité littéraire des romans de Nick Hornby, autant l’écriture sans fioriture des Débutantes m’a semblé un peu quelconque, un peu légère. Presque un roman sans style.

Bon, et si on laissait de nos côtés ces histoires  »d’expectations » et de traduction… ?

Car en réalité, contre toute attente, j’ai beaucoup aimé cette lecture. J’ai fini par me laisser prendre au jeu. Les personnages, qui me paraissaient trop caricaturaux au départ, gagnent en épaisseur au fil du roman, dévoilant des complexités inattendues, et cela m’a bien plu. Et la tournure que prennent les événements dans le dernier quart du livre était bienvenue et intéressante ; en tous cas, cela m’a plutôt bien tenue en haleine. Finalement, ça a été avec une pointe de nostalgie que j’ai fermé ce livre et quitté mes héroïnes, auxquelles j’ai fini par m’attacher.

Alors voilà… et si le propre d’un bon livre, c’était aussi ça : nous surprendre, pas forcément de manière positive, mais en nous poussant dans nos retranchements, en nous titillant, pour mieux laisser se révéler la saveur de son propos ? Cet étonnant revirement de situation m’a agréablement surprise et, finalement, m’a laissé un souvenir marqué de cette lecture, plus marqué que d’autres qui, justement, m’avait d’emblée conquise. Et, pour l’anecdote, c’est de la même manière que j’étais  »tombée » dans les romans de Bret Easton Ellis, avec dégoût et stupeur, et la promesse qu’on ne m’y reprendrait plus. Aujourd’hui, B.E. Ellis est l’un de mes auteurs favoris, et j’avais même proposé l’étude d’un de ses livres comme sujet de recherche pour mon mémoire de Master… ! Un revirement d’opinion mémorable, et le début d’une grande histoire d’amour littéraire…

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2 réflexions sur “Les débutantes, J. Courtney Sullivan

  1. J’ai acheté ce livre il y a quelques temps, curieuse, après avoir lu ton article et l’avoir vu entre plusieurs mains. Je n’en attendais rien d’extraordinaire et je l’ai commencé juste après avoir fini un roman un peu « prise de tête » en me disant que ça allait être un roman facile et rapide à lire. Et je ne sais pas pourquoi (la couverture sûrement), je ne m’attendais pas du tout à un style très raffiné ; donc au final, pas de déception…En sens inverse mais comme toi, ce roman m’a surprise, très agréablement ! Je l’ai dévoré et j’ai adoré.
    Ta description correspond assez à l’avis que je m’en suis fait, genre les personnages qui paraissent hyper cliché au début, puis qui se complexifient et deviennent bien plus réels.
    Bref, merci beaucoup pour cette lecture qui m’a bien occupé cette semaine 🙂

    • Je suis super contente que ça t’ai plu!!! Et que tu sois d’accord sur certains aspects que j’avais remarqués! Je l’ai aussi prêté à une copine et elle l’a adoré; Je crois qu’elle non plus n’en attendait pas grand chose (après avoir écouté mes commentaires ^-^) et elle était finalement agréablement surprise.

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