Lecture #59

Cette année, l’une de mes bonnes résolutions a été de m’abonner à la bibliothèque et d’essayer de réduire mes achats de livres. Pourquoi…? Pour ne pas avoir à acheter encore de nouveaux meubles de bibliothèque, pour faire des économies (parmi d’autres), pour réfléchir à mon comportement consumériste et chercher à en changer, pour m’ouvrir à de nouvelles lectures et ne plus aller que vers les auteurs que je connais, les styles que j’affectionne, les couvertures qui me plaisent au premier regard…
Bref, pour tout un tas de raisons, je me suis abonnée à la bibliothèque, et me suis obligée à emprunter des livres plutôt qu’à les acheter. Et depuis septembre, je me suis plutôt bien tenue à cette résolution. Contente.

Ce changement dans mon rapport à la lecture m’a notamment fait découvrir des auteurs inconnus, et des cultures littéraires étrangères. J’avais envie de découvrir d’autres horizons, et même si j’ai continué à lire beaucoup d’auteurs américains, je me suis un peu plus intéressée à d’autres littératures, en lisant des romans australiens et africains (je m’ouvrirai aux auteurs latinos et asiatiques dans un deuxième temps, ne nous pressons pas, c’est tellement bon d’avoir encore plein de livres à découvrir).
Parmi mes découvertes et mes coups de coeur, ce roman de Scholastique Mukasonga : Notre-Dame du Nil.

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Quatrième de couverture :
Au Rwanda, un lycée de jeunes filles perché sur la crête Congo-Nil, à 2 500 mètres d’altitude, près des sources du grand fleuve égyptien. Les familles espèrent que dans ce havre religieusement baptisé Notre-Dame du Nil, isolé, d’accès difficile, loin des tentations de la capitale, leurs filles parviendront vierges au mariage négocié pour elles dans l’intérêt du lignage. Les transgressions menacent au cœur de cette puissante et belle nature où par ailleurs un rigoureux quota «ethnique» limite à 10 % le nombre des élèves tutsi.
Sur le même sommet montagneux, dans une plantation à demi abandonnée, un «vieux Blanc», peintre et anthropologue excentrique, assure que les Tutsi descendent des pharaons noirs de Méroé. Avec passion, il peint à fresque les lycéennes dont les traits rappellent ceux de la déesse Isis et d’insoumises reines Candace sculptées sur les stèles, au bord du Nil, il y a trois millénaires. Non sans risques pour sa jeune vie, et pour bien d’autres filles du lycée, la déesse est intronisée dans le temple qu’il a bâti pour elle.
Le huis clos où doivent vivre ces lycéennes bientôt encerclées par les nervis du pouvoir hutu, les amitiés, les désirs et les haines qui traversent ces vies en fleur, les luttes politiques, les complots, les incitations aux meurtres raciaux, les persécutions sournoises puis ouvertes, les rêves et les désillusions, les espoirs de survie, c’est, dans ce microcosme existentiel, un prélude exemplaire au génocide rwandais, fascinant de vérité, d’une écriture directe et sans faille.

Parfois, les prix littéraires ont du bon : en tirant doucement le livre de sa rangée, sur les étagères de la bibliothèque, c’est d’une part le portrait peint sur la couverture, d’autre part le bandeau « Prix Renaudot 2012 » qui m’ont attirée. Je ne lis pas beaucoup de lauréats de prix, alors pourquoi, ce jour-là, est-ce ce détail qui m’a poussée à embarquer Notre-Dame du Nil dans mon panier? Je ne sais pas… Mais je ne regrette pas. Voici les trois raisons pour lesquelles j’ai aimé cette lecture :

  1. le dépaysement
    Le roman se déroule au Rwanda, dans les années 70, dans un lycée de jeune filles. L’ambiance, détail si cher à mes yeux lorsque je me plonge dans une lecture, se pose par petites touches : les cours, les professeurs belges et français, les religieuses, la cuisine, les dortoirs, les posters de Johnny Hallyday et Nana Mouskouri, mais aussi l’évocation des familles des jeunes filles, parfois très pauvres, les villages et ses maisons aux murs de terre, la ribambelle d’enfants sous la coupe de l’aînée, la fierté de la famille dont la fille fait des études, le protocole des visites aux membres de la famille, les prédications des sorciers, le vieux blanc un peu fou et ses plantations de café… Autant d’éléments qu’on ne retrouve pas dans d’autres littératures et qui apportent, forcément, un certain exotisme au roman. On est dépaysé, emporté loin de notre canapé, au travers de ces plaines sèches, des chemins poussiéreux, des marchés sales et bruyants. Les passages où les filles décrivent les mets que leur prépare leur mère, les bananes cuites, la pâte de manioc, les patates douces, les beignets multicolores, m’ont particulièrement fait saliver et voyager… Lisez donc un peu :

     » – Tout ce que mangent les Blancs, gémissait Godelive, sort des boîtes, même les morceaux de mangue et d’ananas qui nagent dans du sirop, et les seules vraies bananes qu’on nous sert, ce sont des bananes sucrées pour finir le repas, mais ce n’est pas comme ça qu’on mange les bananes. Dès que je rentrerai chez moi pour les vacances, avec ma mère on préparera de vraies bananes, on surveillera le boy quand il les épluchera et les mettra à cuire dans de l’eau et des tomates. Et puis, ma mère et moi, on y ajoutera tout ce qu’on peut: des oignons, de l’huile de palme, des épinards irengarenga très doux et des isogi bien amers, des petits poissons séchés ndagala. Avec ma mère et mes sœurs, on se régalera.
    – Tu n’y connais rien, dit Gloriosa, ce qu’il faut, c’est de la sauce d’arachide, ikinyiga, et faire cuire doucement, très doucement, de façon que la sauce imprègne jusqu’aux entrailles de la bananes.
    – Mais, rectifiait Modesta, si vous faites cuire avec le Butane et dans une casserole comme les gens de la ville, les bananes cuiront trop vite, elles ne seront pas moelleuses, il faut du charbon de bois et surtout une marmite en terre. Ça prend beaucoup de temps. Moi, je vais vous donner la vraie recette, celle de ma mère. D’abord il ne faut pas éplucher les bananes, on met un peu d’eau au fond d’une grande marmite et tu disposes au-dessus les bananes, bien tassées, et tu les recouvre de toute une couche de feuilles de bananier, il faut que ce soit hermétique, tu choisis des feuilles sans déchirures. Dessus, pour faire un poids, on place un tesson de poterie. Il faut attendre longtemps, il faut que cela cuise très lentement mais, si tu es patiente, tu auras des bananes bien blanches, moelleuses jusqu’au cœur. Il faut les manger avec de l’ikivuguto, du lait battu, et inviter les voisines.
    – Ma pauvre Modesta, dit Goretti, ta mère fera toujours la délicate, des bananes bien blanches, immaculées et on les accompagne avec du lait! Tu auras toujours les manières de ta mère. Moi je vais te dire ce qu’il faut que tu prépares pour ton père: des bananes toutes rouges parce qu’elles ont bu le jus des haricots. Je suis sûre que ta mère ne voudrait pas y toucher, mais quand le boy en fait pour ton père, tu es bien forcée d’en manger. Apprends donc la recette à ta mère: elle les épluche et, quand les haricots sont presque cuits mais qu’il reste une moitié d’eau, elle les jette dans la marmite et elles boivent tout le jus qui reste. Alors elles deviennent rouges, brunes, c’est comme ça qu’elles sont succulentes, consistantes! Voilà les bananes des vrais Rwandais qui ont la force de manier la houe! « 

  2. le style
    Le style de Scholastique Mukasonga est intriguant : à la fois simpliste et poétique. La langue qu’elle emploie est vivante et pleine d’images, chaque phrase est empreinte de cette culture fourmillante, onirique, remplie de métaphores d’animaux, de rêves prémonitoires, de malédictions et de croyances. Le style de Mukasonga est émaillé de comparaisons vivaces, d’allégories filées… La Mort, la Pluie deviennent humaines, à mesure que les hommes du Rwanda se déshumanisent. Tout élément semble avoir une âme, et prendre vie dans les mots de l’auteure. De même, la narration enchâssée est très caractéristique de ce roman : l’histoire se déroule sous nos yeux à travers les récits qu’en font les personnages, comme si Scholastique Mukasonga voulait s’inscrire dans une certaine tradition et rendre hommage à l’oralité des récits africains, tout en essayant de faire oublier le médium qu’elle utilise pour raconter au monde l’histoire de son pays.

     » La pluie, c’est celle qu’on attend, qu’on implore, celle qui décidera de la disette ou de l’abondance, qui sera le bon présage d’un mariage fécond, la première pluie au bout de la saison sèche qui fait danser les enfants qui tendent leurs visages vers le ciel pour accueillir les grosses gouttes tant désirées, la pluie impudique qui met à nu, sous leur pagne mouillé, les formes indécises des toutes jeunes filles, la Maîtresse violente, vétilleuse, capricieuse, celle qui crépite sur tous les toits de tôles, ……, celle qui a jeté son filet sur le lac, a effacé la démesure des volcans, qui règne sur les immenses forêts du Congo, qui sont les entrailles d’Afrique, la Pluie, la Pluie sans fin, jusqu’à l’océan qui l’engendre.  « 

  3. la valeur historique et le devoir de mémoire (comme on dit)
    Le fond politique et la réalité historique qui servent de décor au roman ne m’ont pas laissée de marbre, et quelques jours après avoir refermé ce livre, j’en perçois encore les vibrations. Les dernières pages, notamment, m’ont embarquée dans une sorte de tourbillon de sentiments très violents, de la révolte à l’impuissance, du dégoût à la pitié…
    Je n’ai jamais vraiment étudié ce qui s’est passé au Rwanda, j’en ai entendu parler, j’en ai des souvenirs et parfois les discussions font que l’opposition des termes Tutsi et Hutu me rappellent ce massacre dont je ne sais rien. La lecture de Notre-Dame du Nil m’a apportée un éclairage, certes subjectif (la famille de l’auteure a subi les violences du massacre des Tutsi, et une trentaine de ses proches a été tuée), mais qui n’empêche en rien la réflexion et les questionnements que soulèvent ce type d’événement terrible. Dans la bulle de nos vies occidentales, on oublie parfois que les JT sordides rapportent des faits réels, et que nous ne partons pas tous dans la vie avec les mêmes chances. Ca paraît bête à dire, et j’enfonce peut-être des portes ouvertes en écrivant cela, mais peu importe. Cela ne fait jamais de mal de se souvenir de ces événements, d’entretenir la mémoire des disparus, des victimes, et de ne pas laisser la honte de ce souvenir nous faire oublier la cruauté dont l’homme est capable. Alors oui, avec ce genre de lecture, on relativise un peu mieux les petits tracas du quotidien, on s’ouvre plus facilement aux autres, on essaie de prendre un peu plus de temps pour réflechir à pourquoi ce genre d’événements arrive, comment à notre échelle empêcher la montée de telles violences, et plus généralement on se questionne sur le type d’être humain que l’on a envie d’être, et le genre d’éducation que l’on aimerait donner à nos enfants pour que de telles horreurs disparaissent. Bien sûr, à notre petite échelle, on n’est rien qu’un maillon insignifiant de ce vaste monde. Mais des romans tels que Notre-Dame du Nil me donnent envie de penser que ce genre d’excuse n’est pas valable et que toute occasion est bonne à prendre pour réfléchir, questionner, et essayer de faire changer les choses.

∇ C’était la parenthèse « association humanitaire » ^-^ Ça rejoint beaucoup de mes interrogations dernièrement, je ne pouvais pas ne pas en parler. Même si j’enfile des perles, comme on dit. Ca ne fait pas de mal, si? ∇

Et vous, connaissiez-vous cette auteure? Etes-vous du genre à dévorer les lauréats de prix littéraires, ou plutôt, comme moi habituellement, à les fuir? 
Vous laisseriez-vous tenter par ce roman lumineux au propos si dramatique?

Swimming pool

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Chut… Vous entendez?

Le bruit du vent dans les pins, les oiseaux, le clapotis du lavoir en pierre, les grillons… Les feuilles qui frémissent et le bourdon qui s’affole à en approchant ses ailes de l’eau, turquoise, fraîche, de la piscine…
Mais qu’est-ce que c’est bon de déconnecter! Loin de tout, au fin fond d’une pinède, dans un mas beau, imposant et romantique, au bord d’une piscine, perdue dans les coteaux du Rhône… le temps s’est arrêté.
Ces photos, je vous en avais parlé, complètent le billet « Huit ans » et la petite vidéo que je vous avais montrée, autour de notre week-end dans la Drôme.
Ça ne vous fait pas rêver, vous, ce bleu, ce soleil, ce calme qu’on devine …? Pffffiou, j’ai bien envie d’y retourner, de m’y téléporter immédiatement, et de m’asseoir devant le coucher de soleil sur les rangées de vignes, un verre de rosé frais dans une main, celle de mon amoureux dans l’autre…

 

La dolce vita quoi.

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Happy June

C’est l’été, la musique envahit les rues, le soleil cogne fort, le ciel est d’un bleu limpide quasi indécent. Depuis quelques jours, mon sourire coupe mon visage en deux, d’une oreille à l’autre, sans raison. C’est juste bien. C’est l’été. Juin est le mois que je préfère dans l’année, je m’y sens aussi heureuse qu’à la période de Noël. Mon métier et la nostalgie de mon enfance rendent ces dernières semaines de l’année scolaire savoureuses et mélancoliques. Une page se tourne, chaque année, et déjà de nouvelles aventures se profilent pour la rentrée prochaine. On a le temps et le droit d’y penser, mais de loin seulement, en sirotant une boisson fraîche, en envisageant uniquement le côté excitant des nouveautés qu’on sent approcher.

Alors oui, je suis un peu moins active ici, je le vois bien. Mais c’est parce qu’il fait trop beau dehors, et qu’il y a trop de fêtes et de concerts un peu partout ces jours-ci. J’ai envie d’en profiter. j’ai envie d’être dehors, au soleil, au grand air (de Lyon, ahem…), de m’enivrer de discussions avec mes amis jusqu’à pas d’heure, de sentir la chaleur des nuits d’été et d’écouter, le nez au vent, les oiseaux siffler. Lunettes visées 20h sur 24, je ferme les yeux, je savoure, je veux tout mémoriser, tout garder à l’intérieur de moi, emmagasiner ces précieux moments de la vie qui deviendront des souvenirs doux et, eux aussi, mélancoliques.

L’été grisant.

Le bonheur.

Les séries qui nous font voyager

Depuis six mois, j’ai l’impression que Robinson et moi ne regardons que des séries qui nous font voyager. Loin. Des séries qui, pour changer, ne prennent pas place en Californie ou à New-York. J’ai réalisé cela en prenant conscience de mon envie dévorante d’exotisme et de contrées lointaines ces derniers temps. Je ne comprenais pas pourquoi j’avais tellement envie de partir. Loin. Longtemps. Et puis j’ai fait le rapprochement avec les séries qui occupent nos soirées en semaine, depuis janvier : Treme, True Detective, The Slap, Top of the Lake… Des décors différents des décors de série habituels. Une Amérique profonde et bien moins glamour que celle des plages de Santa Monica ou de Venice, des paysages néo-zélandais à couper le souffle, le vert luxuriant de l’Océanie… Alors si vous aussi vous avez envie de voyager en regardant la télé, et si vous êtes un peu lassé(e)s du triangle N-Y/L.A/Miami, laissez-vous tenter par l’une de ces séries originales :

THE SLAP : l’Australie

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The Slap est une série australienne, adaptée d’un roman australien, et qui prend place à Melbourne. La série a fait beaucoup parler d’elle, a reçu pas mal de prix, et est d’une grande qualité esthétique et dramatique. La réalisation est fine, l’image est parfaite, et l’histoire est admirablement construite, progressivement, sans en faire trop ni pas assez. La série n’est ocnstituée que de 8 épisodes et n’aura qu’une seule saison, mais c’est parce-qu’il ne faut pas la considérer au sens classique des séries. Ici, le format « série » est choisi pour adapter de la manière la plus fouillée, la plus exhaustive, un roman foisonnant et aux personnages, caractères puissants, profonds, et aux points de vue tous aussi importants et nécessaires les uns que les autres. L’originalité de The Slap est de changer de point de vue à chaque épisode, nous permettant ainsi une véritable empathie pour chacun des personnages (ou presque), et évitant aussi de tomber dans un manichéisme souvent facile pour ce type de pitch.

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L’histoire est simplissime : au cours d’un barbecue entre amis, un homme gifle un enfant qui n’est pas le sien. Chaque épisode suit le point de vue d’un des personnages à propos de l’événement et, surtout, de ses conséquences au sein des familles et du groupe d’amis. Ne vous fiez pas à l’apparence un peu banale du sujet (je veux dire, comparer à des pitchs qui mettent en scène meutres, viols, infiltration de la CIA ou autres…), le scénario n’est jamais tiré par les cheveux, tout est subtil et sonne juste, et on se laisse complètement embarquer par l’ambiance pesante que créé ce « non-événement » (malheureusement) et qui peut nous arriver à tous.

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TOP OF THE LAKE : la Nouvelle-Zélande

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Mon chouchou, une vraie pépite ciné ! Bon, il faut dire que Top of the Lake part avec de sacrés avantages : réalisé par Jane Campion (oui, la présidente du dernier festival de Cannes et surtout, surtout, la femme à l’origine du merveilleux, magistral : La leçon de piano…) et tourné dans le plus incroyablement beau pays qui soit : la Nouvelle-Zélande.

Vous le savez, depuis que j’ai foulé les terres de ces deux îles océaniennes, ma vie a changé (non, sans exagérer :-)…). On revient changé d’une escapade en Nouvelle-Zélande, et c’est ce qu’on ressent en regardant Top of the Lake. Rien n’est familier. Les décors sont titanesques, il n’y a pas d’autres mots. La nature est toute puissante, fascinante mais aussi et surtout, imprévisible et cruelle. Comme vénéneuse. Les personnages semblent tous à moitié fous, avec une part de lumière en eux qui nous laisse toujours perplexe et haletants. Et puis, Jane Campion a choisi l’une des régions de Nouvelle-Zélande qui nous a le plus fascinés lors de notre voyage : l’Otago, où se trouvent les « villes » de Queestown et Glenorchy (pour vous donner un repère : c’est là qu’ont été tournées, entre autres, les scènes du Seigneur des Anneaux où l’on voit Saroumane et où se dressent ses deux tours). C’est l’endroit que j’ai préféré de l’Ile du Sud, je me souviens avoir été complètement happée par l’atmosphère étrange, fantastique, des lieux… Et cette ambiance est parfaitement retranscrite dans la beauté et la pureté des images de Top of the Lake.
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La série raconte l’enquête d’une jeune inspectrice sur la disparition d’une fillette de douze ans dans une petite ville lacustre du Sud de la Nouvelle-Zélande. Elle aborde la question des violences faites aux femmes et la lutte entre le bien et le mal dans un « Paradis du bout du monde ». Encore une fois, le format « mini-série » est parfaitement adapté à l’histoire : les six épisodes permettent de fouiller les caractères, de créer une ambiance forte et prégnante, tout en déroulant l’histoire sans temps mort mais avec souci des détails.

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Enfin, le casting est lui aussi impressionnant : Holly Hunter, énigmatique à souhait, Elisabeth Moss, aussi parfaite que dans Mad Men, et David -Faramir- Wenham, ambivalent chef de police bien loin de son personnage de fils rejeté mais loyal dans le Seigneur des Anneaux. Bref, cette série est une pépite, un joyau, et un de mes coups de coeur absolu.

TRUE DETECTIVE : l’Amérique des Rednecks, la chaleur étouffante et moite de la Louisiane

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Y’a t’il besoin de présenter True Detective ? LA série dont tout le monde a parlé début 2014, LA série où le talent de Matthew McConaughey explose et où le format « mini-série » acquiert définitivement son statut de « le cinéma en mieux ».

Bon, vous aimerez True Detective, que vous soyez amateur de thriller ou non, que vous aimiez McConaughey ou non, que vous ayez envie de voyager ou pas… C’est comme ça. C’est tellement parfait, tellement bien fait, tellement millimétré et calibré pour être une petite bombe cinématographique, que vous ne pourrez pas passer à côté.

(ok, ok, je m’enflamme) (mais je mets ma main à couper que c’est vrai) 🙂

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Bizarrement, moi qui ne suis pas fan des synopsis glauques, des polars noirs, des meurtres crash et des enquêteurs borderline, j’ai pourtant adoré True Detective… Voici le pitch (pour ceux qui auraient vécu sur Mars ces six derniers mois…^-^): nous sommes en Louisiane, en 1995, et on suit l’enquête de deux inspecteurs de la Louisiana State Police, Rust Cohle et Martin Hart, chargés de résoudre le meurtre d’une jeune femme coiffée de bois de cerfs et tatouée de dessins sataniques. En 2012, alors qu’ils ont quitté la police, ils sont contactés par deux autres inspecteurs alors qu’un meurtre similaire a été commis.

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Pourquoi j’ai tellement aimé True Detective, et surtout, pourquoi vous en parlé-je comme d’une série qui fait voyager alors qu’on sent bien la teneur dark, trash, flippant de cette série ? Mais parce-que les décors sont magistraux, et font sans doute un tiers du boulot dans le succès de la série (le talent des deux acteurs principaux constituent la moitié, et l’histoire se charge du sixième restant (oui, je suis en plein dans les fractions en ce moment, avec mes CM1…)) (vous me suivez?). On est embarqué dans l’ambiance moite, fourmillante, rougeâtre de la Louisiane, ses bayous et ses champs à perte de vue, ses petites villes où le racisme est latent et aussi venimeux que les serpents qui rôdent près des marécages nauséabonds. Les cabanes de bois, les porches indolents, l’ombre fraîche et convoitée des rares arbres, les chemins de terre perdus au milieu des hautes herbes, les canaux à l’eau saumâtre, les rivières au lit envahi de roseaux secs et coupants… voilà les décors fascinants qui suspendent le passage du temps dans True Detective. Et là, dans cet état du sud de l’Amérique profonde, on est bien loin des rues bobo de Venice, des buildings de L.A, et des lumières de Time Square…

TREME : la Nouvelle-Orléans

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Les inconditionnels de séries parlent souvent de la qualité incontestable des Sopranos ou de Six Feet Under, souvent considérées par les connaisseurs comme THE BEST SHOW EVER. Bon, je n’ai jamais accroché avec ces deux là, même si je sais que je leur redonnerai une chance un jour et que, parfois, tout n’est qu’une question de timing. Jamais dire jamais, n’est-ce pas…

Bref, Treme, c’était un peu ça, au début. Une série un peu obscure, pas franchement mise en avant par HBO,et dont le pitch me laissait perplexe. Et puis, il y a eu ce moment, que l’on connait tous, où nous avons terminé tout un tas de séries géniales, les dernières saisons de nos séries préférées et la découverte des premiers épisodes de nouvelles séries appétissantes. Ce moment où l’on n’a plus rien de connu à se mettre sous la dent, et plus rien d’alléchant à découvrir avec impatience… vous voyez?
C’est là qu’on s’est souvenu de cette série dont le nom avait circulé de bouche à oreilles, mais qui n’avait pas connu l’effervescence agitée dont les bonnes séries sont souvent l’objet (par exemple, au hasard… Game of Thrones…? ^-^ ). Et pourtant…

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Pour moi, Treme c’est un peu comme Mad Men. Une ambiance, une photographie léchée, une prise de température d’un endroit particulier de la planète, une tranche de vie. Dans Treme, pas de courses poursuites effrénées, pas de révélations hallucinantes, pas de rythme saccadé, si ce n’est celui de la musique. En fait, comme dans Mad Men, il ne se passe rien. Rien d’autre que la vie. Et c’est déjà bien suffisant.

L’histoire : la série reprend le nom d’un quartier de la ville de La Nouvelle-Orléans, le Tremé. C’est un quartier situé dans le Carré français, l’un des plus vieux quartiers de La Nouvelle-Orléans, et il est historiquement, à l’époque de l’esclavage, le quartier des noirs non-esclaves. C’est un lieu symbolique de la culture afro-américaine et créole. La série se déroule trois mois après le passage de l’ouragan Katrina, alors que les résidents de la ville, musiciens, chefs-cuisiniers, Indiens de Mardi Gras, essayent de reconstruire leur vie, leur maison et leur culture unique.

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Ce n’était pas gagné pour que l’on accroche à cette série, avec Robinson… Nous sommes dingues de musique, mais plutôt guitare électrique que trompette et saxophone. Et un peu trop puristes sur les bords : le rock, et rien d’autre. Treme, c’est avant-tout l’amour de la musique et des musiciens, des vrais, ceux des origines du jazz, du blues… Il y a énormément de passages « musicaux » dans la série, mais pas au sens de Glee, bien sûr. Non, plutôt des scènes de concerts, de fanfares, de « second line » comme ils disent. Des répétitions, des concerts de rue, des enregistrements en studio… Le personnage principal de la série, après la Nouvelle Orléans, est la musique. et en cela, déjà, la série se pose en originale.

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Pourquoi Treme nous fait voyager ? Parce qu’on est loin des clichés américains habituels, loin des pin-ups overlookées, des gangsters en costume trois pièces ou tatoués, des flingues et des flics, de tout ce qu’on croise dans les séries américaines habituelles. Oui, parfois, on voit un personnage boire un café dans un gobelet en papier ^-^ (mais pas Starbucks!), et bien sûr, il y a des flics. Mais rien à voir avec les héros, les ambiances, les décors habituels. En soi, la Nouvelle Orléans de Treme ne fait pas rêver : après le passage de l’ouragan, tout est dévasté. Les maisons sont en reconstruction, les rues sont délabrées, on rafistole comme on peut mais rien n’a le charme coquet des petites villes que l’on dépeint souvent aux Etats-Unis (typiquement : la ville où se situe la série Gilmore Girls, ou bien celle de Bon Temps, la petite ville de Sookie dans True Blood.. On est à l’opposé). Les personnages sont tout autant atypiques : le vieux chef indien acariâtre, le hollandais drogué et perdu, déraciné, la chef de restaurant au talent incontestable mais incapable, financièrement, d’avoir son propre restaurant, le citoyen impliqué à 1000% dans son quartier, complètement barge et attachant, le fou de musique, l’autre fou de musique, tous les fous de musique, l’avocate éprouvée, la tenancière de bar clinquante et tranchante, la violoniste talentueuse mais peu ambitieuse, le « jazziste » reconnu, adulé, mais tourmenté par l’éloignement d’avec sa famille… Au centre de la série : la ville. Et l’attachement de ses habitants à leur culture, à leur terre. L’hyper-réalisme de la série participe de cette impression de voyager au travers des épisodes. Après 4 saisons, la série s’est achevée, et encore maintenant j’ai comme un vide, un manque de cette communauté à laquelle je m’étais attachée, ces personnages avec leurs failles, leur faiblesse et leur force, leur lumière. J’ai très envie de découvrir cette région des Etats-Unis que je ne connais absolument pas.

Voilà pour ma sélection, j’espère que cela vous a plu et donné envie de découvrir ces géniales séries. En tous cas, moi, elles m’ont fait rêver pendant plusieurs semaines, et je cherche désormais des remplaçantes pour prendre le relais jusqu’au retour des autres séries chouchoutes (et surtout, maintenant que Breaking Bad est terminé !)

Source des images : ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici.

Huit ans

Pour notre anniversaire (et parce-que, entre tous les week-ends mariages, anniversaires des trente ans etc… on avait besoin de se réserver un moment en amoureux), Robinson et moi nous sommes offerts une petite escapade au soleil, loin de l’agitation de la ville et des sollicitations de nos iPhones. Il y a quelques semaines, nous avons trouvé une maison d’hôtes tout simplement magique (non, il n’y a pas d’autres mots…), un mas perdu dans la pinède, isolé de tout, fait de vieilles pierres, et abritant lavoir, pigeonnier et terrasses encastrées dans ses buttes de terre. Un bijou. Là, à l’ombre des pins, nous avons fait un vrai break, ponctué de baignades dans l’eau turquoise de la piscine, de siestes dans la suite de notre tourelle, de balades au milieu des vignes, et de dégustation de tapas et de vins des coteaux alentours. Notre séjour n’a duré qu’un seul petit week-end, mais aussi bref qu’il ait été, il m’a permis de vraiment DE-CRO-CHER. Les jours précédents avaient été un tourbillon de boulot, de rencontres, de procédés d’adaptations, de discussions au téléphone et de mails d’organisation, alors cette pause loin de tout était plus que bienvenue. Je me suis sentie tellement zen, tellement sereine, à l’ombre des oliviers…
Pour vous faire partager un peu de cette belle énergie positive et apaisante que m’a apportée notre escapade, je vous ai monté une (très) courte vidéo, absolument pas la vidéo du siècle, juste un joli souvenir de ces deux jours en amoureux, par le biais duquel j’ai essayé de capter et de vous restituer l’ambiance si paisible, chaude et indolente, qui nous a bercés durant ce week-end.

Et vous, comment avez-vous profité de ce week-end prolongé ?