Les séries qui nous font voyager

Depuis six mois, j’ai l’impression que Robinson et moi ne regardons que des séries qui nous font voyager. Loin. Des séries qui, pour changer, ne prennent pas place en Californie ou à New-York. J’ai réalisé cela en prenant conscience de mon envie dévorante d’exotisme et de contrées lointaines ces derniers temps. Je ne comprenais pas pourquoi j’avais tellement envie de partir. Loin. Longtemps. Et puis j’ai fait le rapprochement avec les séries qui occupent nos soirées en semaine, depuis janvier : Treme, True Detective, The Slap, Top of the Lake… Des décors différents des décors de série habituels. Une Amérique profonde et bien moins glamour que celle des plages de Santa Monica ou de Venice, des paysages néo-zélandais à couper le souffle, le vert luxuriant de l’Océanie… Alors si vous aussi vous avez envie de voyager en regardant la télé, et si vous êtes un peu lassé(e)s du triangle N-Y/L.A/Miami, laissez-vous tenter par l’une de ces séries originales :

THE SLAP : l’Australie

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The Slap est une série australienne, adaptée d’un roman australien, et qui prend place à Melbourne. La série a fait beaucoup parler d’elle, a reçu pas mal de prix, et est d’une grande qualité esthétique et dramatique. La réalisation est fine, l’image est parfaite, et l’histoire est admirablement construite, progressivement, sans en faire trop ni pas assez. La série n’est ocnstituée que de 8 épisodes et n’aura qu’une seule saison, mais c’est parce-qu’il ne faut pas la considérer au sens classique des séries. Ici, le format « série » est choisi pour adapter de la manière la plus fouillée, la plus exhaustive, un roman foisonnant et aux personnages, caractères puissants, profonds, et aux points de vue tous aussi importants et nécessaires les uns que les autres. L’originalité de The Slap est de changer de point de vue à chaque épisode, nous permettant ainsi une véritable empathie pour chacun des personnages (ou presque), et évitant aussi de tomber dans un manichéisme souvent facile pour ce type de pitch.

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L’histoire est simplissime : au cours d’un barbecue entre amis, un homme gifle un enfant qui n’est pas le sien. Chaque épisode suit le point de vue d’un des personnages à propos de l’événement et, surtout, de ses conséquences au sein des familles et du groupe d’amis. Ne vous fiez pas à l’apparence un peu banale du sujet (je veux dire, comparer à des pitchs qui mettent en scène meutres, viols, infiltration de la CIA ou autres…), le scénario n’est jamais tiré par les cheveux, tout est subtil et sonne juste, et on se laisse complètement embarquer par l’ambiance pesante que créé ce « non-événement » (malheureusement) et qui peut nous arriver à tous.

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TOP OF THE LAKE : la Nouvelle-Zélande

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Mon chouchou, une vraie pépite ciné ! Bon, il faut dire que Top of the Lake part avec de sacrés avantages : réalisé par Jane Campion (oui, la présidente du dernier festival de Cannes et surtout, surtout, la femme à l’origine du merveilleux, magistral : La leçon de piano…) et tourné dans le plus incroyablement beau pays qui soit : la Nouvelle-Zélande.

Vous le savez, depuis que j’ai foulé les terres de ces deux îles océaniennes, ma vie a changé (non, sans exagérer :-)…). On revient changé d’une escapade en Nouvelle-Zélande, et c’est ce qu’on ressent en regardant Top of the Lake. Rien n’est familier. Les décors sont titanesques, il n’y a pas d’autres mots. La nature est toute puissante, fascinante mais aussi et surtout, imprévisible et cruelle. Comme vénéneuse. Les personnages semblent tous à moitié fous, avec une part de lumière en eux qui nous laisse toujours perplexe et haletants. Et puis, Jane Campion a choisi l’une des régions de Nouvelle-Zélande qui nous a le plus fascinés lors de notre voyage : l’Otago, où se trouvent les « villes » de Queestown et Glenorchy (pour vous donner un repère : c’est là qu’ont été tournées, entre autres, les scènes du Seigneur des Anneaux où l’on voit Saroumane et où se dressent ses deux tours). C’est l’endroit que j’ai préféré de l’Ile du Sud, je me souviens avoir été complètement happée par l’atmosphère étrange, fantastique, des lieux… Et cette ambiance est parfaitement retranscrite dans la beauté et la pureté des images de Top of the Lake.
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La série raconte l’enquête d’une jeune inspectrice sur la disparition d’une fillette de douze ans dans une petite ville lacustre du Sud de la Nouvelle-Zélande. Elle aborde la question des violences faites aux femmes et la lutte entre le bien et le mal dans un « Paradis du bout du monde ». Encore une fois, le format « mini-série » est parfaitement adapté à l’histoire : les six épisodes permettent de fouiller les caractères, de créer une ambiance forte et prégnante, tout en déroulant l’histoire sans temps mort mais avec souci des détails.

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Enfin, le casting est lui aussi impressionnant : Holly Hunter, énigmatique à souhait, Elisabeth Moss, aussi parfaite que dans Mad Men, et David -Faramir- Wenham, ambivalent chef de police bien loin de son personnage de fils rejeté mais loyal dans le Seigneur des Anneaux. Bref, cette série est une pépite, un joyau, et un de mes coups de coeur absolu.

TRUE DETECTIVE : l’Amérique des Rednecks, la chaleur étouffante et moite de la Louisiane

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Y’a t’il besoin de présenter True Detective ? LA série dont tout le monde a parlé début 2014, LA série où le talent de Matthew McConaughey explose et où le format « mini-série » acquiert définitivement son statut de « le cinéma en mieux ».

Bon, vous aimerez True Detective, que vous soyez amateur de thriller ou non, que vous aimiez McConaughey ou non, que vous ayez envie de voyager ou pas… C’est comme ça. C’est tellement parfait, tellement bien fait, tellement millimétré et calibré pour être une petite bombe cinématographique, que vous ne pourrez pas passer à côté.

(ok, ok, je m’enflamme) (mais je mets ma main à couper que c’est vrai) 🙂

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Bizarrement, moi qui ne suis pas fan des synopsis glauques, des polars noirs, des meurtres crash et des enquêteurs borderline, j’ai pourtant adoré True Detective… Voici le pitch (pour ceux qui auraient vécu sur Mars ces six derniers mois…^-^): nous sommes en Louisiane, en 1995, et on suit l’enquête de deux inspecteurs de la Louisiana State Police, Rust Cohle et Martin Hart, chargés de résoudre le meurtre d’une jeune femme coiffée de bois de cerfs et tatouée de dessins sataniques. En 2012, alors qu’ils ont quitté la police, ils sont contactés par deux autres inspecteurs alors qu’un meurtre similaire a été commis.

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Pourquoi j’ai tellement aimé True Detective, et surtout, pourquoi vous en parlé-je comme d’une série qui fait voyager alors qu’on sent bien la teneur dark, trash, flippant de cette série ? Mais parce-que les décors sont magistraux, et font sans doute un tiers du boulot dans le succès de la série (le talent des deux acteurs principaux constituent la moitié, et l’histoire se charge du sixième restant (oui, je suis en plein dans les fractions en ce moment, avec mes CM1…)) (vous me suivez?). On est embarqué dans l’ambiance moite, fourmillante, rougeâtre de la Louisiane, ses bayous et ses champs à perte de vue, ses petites villes où le racisme est latent et aussi venimeux que les serpents qui rôdent près des marécages nauséabonds. Les cabanes de bois, les porches indolents, l’ombre fraîche et convoitée des rares arbres, les chemins de terre perdus au milieu des hautes herbes, les canaux à l’eau saumâtre, les rivières au lit envahi de roseaux secs et coupants… voilà les décors fascinants qui suspendent le passage du temps dans True Detective. Et là, dans cet état du sud de l’Amérique profonde, on est bien loin des rues bobo de Venice, des buildings de L.A, et des lumières de Time Square…

TREME : la Nouvelle-Orléans

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Les inconditionnels de séries parlent souvent de la qualité incontestable des Sopranos ou de Six Feet Under, souvent considérées par les connaisseurs comme THE BEST SHOW EVER. Bon, je n’ai jamais accroché avec ces deux là, même si je sais que je leur redonnerai une chance un jour et que, parfois, tout n’est qu’une question de timing. Jamais dire jamais, n’est-ce pas…

Bref, Treme, c’était un peu ça, au début. Une série un peu obscure, pas franchement mise en avant par HBO,et dont le pitch me laissait perplexe. Et puis, il y a eu ce moment, que l’on connait tous, où nous avons terminé tout un tas de séries géniales, les dernières saisons de nos séries préférées et la découverte des premiers épisodes de nouvelles séries appétissantes. Ce moment où l’on n’a plus rien de connu à se mettre sous la dent, et plus rien d’alléchant à découvrir avec impatience… vous voyez?
C’est là qu’on s’est souvenu de cette série dont le nom avait circulé de bouche à oreilles, mais qui n’avait pas connu l’effervescence agitée dont les bonnes séries sont souvent l’objet (par exemple, au hasard… Game of Thrones…? ^-^ ). Et pourtant…

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Pour moi, Treme c’est un peu comme Mad Men. Une ambiance, une photographie léchée, une prise de température d’un endroit particulier de la planète, une tranche de vie. Dans Treme, pas de courses poursuites effrénées, pas de révélations hallucinantes, pas de rythme saccadé, si ce n’est celui de la musique. En fait, comme dans Mad Men, il ne se passe rien. Rien d’autre que la vie. Et c’est déjà bien suffisant.

L’histoire : la série reprend le nom d’un quartier de la ville de La Nouvelle-Orléans, le Tremé. C’est un quartier situé dans le Carré français, l’un des plus vieux quartiers de La Nouvelle-Orléans, et il est historiquement, à l’époque de l’esclavage, le quartier des noirs non-esclaves. C’est un lieu symbolique de la culture afro-américaine et créole. La série se déroule trois mois après le passage de l’ouragan Katrina, alors que les résidents de la ville, musiciens, chefs-cuisiniers, Indiens de Mardi Gras, essayent de reconstruire leur vie, leur maison et leur culture unique.

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Ce n’était pas gagné pour que l’on accroche à cette série, avec Robinson… Nous sommes dingues de musique, mais plutôt guitare électrique que trompette et saxophone. Et un peu trop puristes sur les bords : le rock, et rien d’autre. Treme, c’est avant-tout l’amour de la musique et des musiciens, des vrais, ceux des origines du jazz, du blues… Il y a énormément de passages « musicaux » dans la série, mais pas au sens de Glee, bien sûr. Non, plutôt des scènes de concerts, de fanfares, de « second line » comme ils disent. Des répétitions, des concerts de rue, des enregistrements en studio… Le personnage principal de la série, après la Nouvelle Orléans, est la musique. et en cela, déjà, la série se pose en originale.

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Pourquoi Treme nous fait voyager ? Parce qu’on est loin des clichés américains habituels, loin des pin-ups overlookées, des gangsters en costume trois pièces ou tatoués, des flingues et des flics, de tout ce qu’on croise dans les séries américaines habituelles. Oui, parfois, on voit un personnage boire un café dans un gobelet en papier ^-^ (mais pas Starbucks!), et bien sûr, il y a des flics. Mais rien à voir avec les héros, les ambiances, les décors habituels. En soi, la Nouvelle Orléans de Treme ne fait pas rêver : après le passage de l’ouragan, tout est dévasté. Les maisons sont en reconstruction, les rues sont délabrées, on rafistole comme on peut mais rien n’a le charme coquet des petites villes que l’on dépeint souvent aux Etats-Unis (typiquement : la ville où se situe la série Gilmore Girls, ou bien celle de Bon Temps, la petite ville de Sookie dans True Blood.. On est à l’opposé). Les personnages sont tout autant atypiques : le vieux chef indien acariâtre, le hollandais drogué et perdu, déraciné, la chef de restaurant au talent incontestable mais incapable, financièrement, d’avoir son propre restaurant, le citoyen impliqué à 1000% dans son quartier, complètement barge et attachant, le fou de musique, l’autre fou de musique, tous les fous de musique, l’avocate éprouvée, la tenancière de bar clinquante et tranchante, la violoniste talentueuse mais peu ambitieuse, le « jazziste » reconnu, adulé, mais tourmenté par l’éloignement d’avec sa famille… Au centre de la série : la ville. Et l’attachement de ses habitants à leur culture, à leur terre. L’hyper-réalisme de la série participe de cette impression de voyager au travers des épisodes. Après 4 saisons, la série s’est achevée, et encore maintenant j’ai comme un vide, un manque de cette communauté à laquelle je m’étais attachée, ces personnages avec leurs failles, leur faiblesse et leur force, leur lumière. J’ai très envie de découvrir cette région des Etats-Unis que je ne connais absolument pas.

Voilà pour ma sélection, j’espère que cela vous a plu et donné envie de découvrir ces géniales séries. En tous cas, moi, elles m’ont fait rêver pendant plusieurs semaines, et je cherche désormais des remplaçantes pour prendre le relais jusqu’au retour des autres séries chouchoutes (et surtout, maintenant que Breaking Bad est terminé !)

Source des images : ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici.

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14 réflexions sur “Les séries qui nous font voyager

  1. J’ai raté Top of the Lake sur Arte, mais j’aimerais bien la voir.
    La série australienne me semble interessante, si elle est sous titrée en français quelque part, elle serait parfaite pour cet été.
    True Detective, j’ai commandé les dvds pour mon papa, je lui emprunterai surement 😉
    & les dvds de Treme m’intriguent depuis un petit moment …

  2. Moi qui ne savais plus vraiment trop quoi regarder je me lance vite fait le premier épisode de Top of the Lake et garde les autres sous le coude.
    True Detective est mon dernier coup de coeur en date. Il me plait ce format de mini-série. Le temps parfait pour peaufiner une image, des personnages, une histoire sans pour autant trainer en longueur et finir par lasser.

  3. J’ai vu Top of the lake grâce à toi notamment, et j’ai ADORE. C’est une série parfaite.
    Je n’ai pas vu les autres, et j’ai dû vivre sur Mars parce que je n’avais presque aucune idée de ce qu’est True Detective (pourtant, je suis une grosse séries-phile).
    Merci pour tous ces conseils, on m’avait déjà dit du bien de The Slap, je vais céder… De même pour True Detective.
    Moi je regarde Real humans s.2 et Borgen s.2 en ce moment… et je viens de caler sur la série mythique (??????) The Wire (vu les 5 premiers épisodes, je n’accroche pas particulièrement…).
    Bisous !

  4. coucou sophie,

    ça fait plaisir de relire tes articles ça faisait longtemps :). j’ai lu avec grand intéret ton article sur les séries et le dépaysement qu’elles procurent. pour ma part à défaut de voyager j’aime bien regarder les séries qui se passent en dehors des villes principales que sont la LA, Miami ou New York. je me rend compte que nous avons les memes gouts en matière de séries, à croire que tu as lu dans mes pensées en écrivant ton article. j’ai beaucoup aimé la trame de la série the slap, et Treme sur l’histoire des habitants de la nouvelle orléans après l’ouragan katrina. La musique de la série est superbe. je vais regarder true detective.
    si tu recherches de nouvelles séries tout en voyageant je te recommande broadchurch elle se passe dans le nord de l’angleterre et l’intrigue est palpitante. cette série me fait penser à celle de david lynch Twin Peaks. et pour ta nostalgie il y a hartley coeur à vifs ;).
    et si tu aimes les séries d’épouvantes American Horror Story. Je rejoins Mona sur la série Real Humans à découvrir.
    Bisous.

  5. Plein de séries que je ne connaissais pas. A mater cet été pendant les vacances scolaires!
    Je t’en propose aussi qui sont vraiment top:
    – community: hyper originale et trop marrante
    – the killing: série policière à la seven. Ambiance bien noire et intrigue pleine de rebondissements
    – the masters of sex: l’histoire vraie d’un docteur qui étudia la sexualité dans les années 60
    – orange is the new black: une série qui décrit la prison et qui suit le parcours de piper condamnée à 18 mois
    Voilà celle que j’ai aimées ou que j’aime regarder!
    Bises, helene

  6. Oh la série australienne me tente bien !!! Merci pour ces belles découvertes, moi qui ne suis pas du tout accro aux séries et n’en connais aucune (enfin, je mens: je viens de découvrir How I Met il y a 2 semaines c’est trop drôle!), j’ai bien envie de me laisser happer par d’autres histoires!

  7. Pingback: Whatever Works » Blog Archive Links I Love #17

  8. Hello !
    Je viens de décourvrir et parcourir ton blog, il est vrmt chouette ! Tu as une belle façon de t’exprimer (prose j’irai même dire à l’enseignante que tu es, si j’ai bien tout suivi !).
    Concernant les séries, je sens déjà que Top of the lake m’appelle, ayant passée un an chez les kiwi 🙂 et même si j’avais déjà entendu parlé de True detective je n’avais aucune envie de m’y mettre…. jusqu’à maintenant !!
    Bonne continuation !

  9. Oh super cet article !! Je ne connais aucune des séries dont tu parles, donc je note bien pour quand on aura fini Switched. Tu connais ? 🙂

  10. Pingback: *_* Ambiance Cali *_* | hellozadig

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