Lecture #60 – un roman pour l’été

Quelques jours avant les grandes vacances, je me suis rendue dans une petite librairie jeunesse que j’aime beaucoup (« A pleines pages », vers Cordeliers, pour les Lyonnais), afin de trouver un album à offrir à une amie. Le problème, quand on entre dans ce genre de boutique mignonne comme tout et regorgeant d’ouvrages aux couvertures toutes plus attirantes les unes que les autres, c’est qu’on ne ressort jamais uniquement avec ce qu’on était venu chercher. Ce jour-là, ça n’a pas loupé. Après avoir trouvé un magnifique album pour ma copine (La maison en petits cubes, qui a reçu le Prix Sorcières 2013 du meilleur album, et qui est une véritable tuerie visuelle et poétique) (si vous voulez offrir un album à un enfant (ou un adulte!) de votre entourage, n’hésitez pas!), j’ai commencé à discuter littérature de jeunesse et romans pour ados avec la pétillante libraire, une fille de mon âge environ, une passionnée de bouquins qui adore, vraisemblablement, discuter lectures et partager ses découvertes et coups de coeur. C’est vraiment ça que j’aime dans les petites librairies. On entre pour une chose, et puis notre chemin dévie, au gré des rencontres et des discussions s’ouvrent à nous de nouveaux horizons littéraires, avec au passage la découverte de petites pépites à côté desquelles on aurait pu passer sans s’arrêter dans d’autres circonstances.

J’aime beaucoup les romans pour adolescents. Shaïne Cassim, une auteur de littérature jeunesse, fait partie de ces écrivains qui m’ont donné envie d’écrire. J’ai déjà parlé d’elle ici, et « Ne pas tout dire » fait partie des livres que je relis régulièrement, avec toujours autant de plaisir. Et pourtant, ce roman est destiné à un public d’une quinzaine d’années! Alors quoi, la littérature pour ados serait-elle forcément plus pauvre lexicalement, les thèmes abordés ne nous concerneraient plus, passé l’âge de vingt ans? Les intrigues nous paraitraient-elles cousues de fil blanc, à nous lecteurs expérimentés à qui « on ne la fait plus »…?

Je ne pense pas. Et Gaëlle, la librairie d’A pleines pages, ne me contredirait pas, elle qui est une férue de romans pour ados!

Alors nous voilà, elle et moi, un samedi après-midi de juin, à nous enflammer sur Shaïne Cassim, à théoriser Marie-Aude Murail, à décortiquer Malika Ferdjoukh, à établir le panthéon des romans pour ados qui nous ont marquées. Et de là, Gaëlle me présente ses derniers coups de coeur, des romans aux couvertures sublimes, graphiques et colorées, qui donnent envie de claquer deux mois de salaire pour quelques milliers de pages de pur plaisir. Je ne savais plus où donner de la tête. Surtout que, souvenez-vous, je vous avais dit que j’essayais, cette année, de ne plus acheter trop de bouquins, et préférais les emprunter à la bibliothèque, dans un souci de moins consommer.

Mais là, c’était trop tentant. Et puis, acheter un beau livre, ce n’est pas comme consommer des livres de poche! Entrent en ligne de compte la beauté de l’objet, et la volonté de faire perdurer les petits commerces de proximité, non?

Malgré tout, je ne pouvais pas acheter tous les romans dont m’a parlé Gaëlle et qui me faisaient terriblement envie. Alors j’en ai choisi deux, très très semblables bizarrement, aux couvertures magnifiques, et dont la lecture avait plus qu’enthousiasmée ma libraire :

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Les deux histoires se passent en Louisiane. Les deux protagonistes sont des jeunes filles. Les deux romans sont parfaits pour l’été.

Je vous parlerai de Big Easy aujourd’hui. Lorsque j’ai commencé la lecture de ce gros roman, je n’étais pas convaincue. Je trouvais l’écriture et l’intrigue un peu trop faciles. Il faut dire que je venais de lire un magnifique roman pour adultes, très poétique, et au sujet délicat et grave (Grâce et dénuement, d’Alice Ferney), alors forcément, l’histoire fraîche et estivale de Big Easy me semblait presque trop superficielle. Mais c’était juste le temps de la transition. Une fois dépouillée de ma précédente immersion littéraire, et immergée dans l’univers de Big Easy, j’ai été conquise, et délicieusement transportée dans la Louisiane des années cinquante.

Voici le résumé de la quatrième de couverture :

Années 50 à La Nouvelle-Orléans. Josie Moraine, 17 ans, n’a pas tiré le gros lot. Fille d’une prostituée qui n’a rien d’une mère attentionnée, elle grandit dans une maison close du Quartier français, celui de la mafia, des affaires louches et des gens sans avenir. Pourtant, Josie a un rêve : quitter cette ville, surnommée The Big Easy et pourtant si peu « easy », pour entrer à Smith, prestigieuse université du Massachusetts.
Impliquée dans une histoire de meurtre, dépouillée par sa mère et endettée, tout pousse la jeune fille à suivre, elle aussi, la voie de l’argent facile. Mais Jo vaut mieux que cela… et ceux qui l’aiment le savent bien.
Dans la chaleur de La Nouvelle-Orléans, on se bat avec Josie contre le sort qui s’acharne, on vibre sur la moto de Jesse, et on se persuade avec Dickens que les « grandes décisions façonnent notre destinée ».

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Ce que j’ai aimé :

  • l’ancrage géographique : la Nouvelle-Orléans me fascine depuis toujours, et après avoir regardé les 4 saisons de Treme et la génialissime saison 1 de True Detective, cet endroit si singulier des Etats-Unis me semble presque familier.
  • l’ancrage temporel : les années cinquante, sans portable ni internet, sont rafraîchissantes et exotiques en ces temps d’ûber-technologie, vous ne trouvez pas? Et quand on parle du limonadier au coin de la rue, je ne sais pas vous, mais moi ça me transporte loin…
  • la littérature omniprésente : Josie travaille dans une petite librairie, et avec son collègue Patrick, elle multiplie les citations de grands auteurs et les références littéraires. On croise Dickens, Keats, Hugo… et on éprouve, forcément, encore plus d’empathie envers une héroïne qui vénère les livres autant que nous…!
  • le rythme, l’intrigue, les personnages attachants (ahhhh, inimitable Cokie dont l’accent m’a fait mourir de rire)… etc…

Alors oui, il y a des petits côtés un peu caricaturaux, ou un peu faciles… mais et alors? J’ai passé un moment génial en lisant ce roman. J’ai été complètement plongée, absorbée par l’univers de Josie, je peux même vous avouer que j’en ai rêvé certaines nuits…! Big Easy est un bon page-turner, comme on dit ; une fois entre nos mains, difficile de le reposer. Et difficile de trouver le roman qui passera après une telle lecture!

Si vous voulez lire un autre avis, n’hésitez pas à découvrir le super chouette blog de ma libraire, un blog de passionnées de littérature de jeunesse qu’elle tient avec ses copines : une vraie mine d’idées lectures ou cadeaux, avec des articles particulièrement bons et soigneusement rédigés (une grammaire correcte, ce n’est jamais négligeable!!) qui donnent envie de lire, lire, lire et encore lire… (leur article concernant Big Easy se trouve )

Et vous, vous autorisez-vous ces petites régressions littéraires ? Etes-vous réfractaire aux livres « jeunesse », ou au contraire férus de livres pour enfants/ados ?

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8 réflexions sur “Lecture #60 – un roman pour l’été

  1. Sophie je suis tellement flattée que je ne sais pas quoi dire à part un bien banal merci. Mais, attention ! Un bien sincère qui vient du fond du coeur. Vous devriez attaquer de suite le ShaÏne Cassim, roman qui m’a paru trop court, bien trop court et que j’aurais voulu voir s’envoler sur des pages et des pages encore ! Sinon j’ai réfléchi aux livres sur l’été et il y en a un dont j’ose à peine parler tellement il fait bluette, mais que j’ai adoré quand même. Il s’agit de Peau de pêche dans la collection Wiz chez Albin Michel. Ambiance estivale à souhait dans cette histoire qui se déroule en majeure partie dans un verger de Etats-unis où 3 jeunes filles fort différentes vont cueillir des pêches. Elles ne vont pas toutes cueillir que des pêches… Il fait très chaud cet été-là… Il y a des jeunes hommes dans les parages ! C’est un roman à la fois léger et grave sur ce moment où l’on n’est plus tout à fait une enfant et pas encore complètement une femme.
    Voilà ! Sinon j’adore un des romans d’Anne-Laure Bondoux qui se déroule pour partie en Ardèche et il me semble en été (mais pas tout le long de l’intrigue). Il s’intitule La vie comme elle vient, c’est un roman qui nous bouscule, comme j’aime.

    • Mais de rien!! Cet article est tout ce qu’il y a de plus sincère, j’ai vraiment apprécié notre échange et ma lecture de Big Easy! Et j’ai passé beaucoup de temps, du coup, à lire et découvrir votre blog, j’ai noté plein de titres et de références, et c’est avec un grand plaisir que j’en partage, du coup, l’adresse ici. Il mérite d’être lu et je sais qu’il pourrait fortement intéresser mes « copines de blog » et lectrices!
      Je prends note des titres conseillés dans le commentaire, super c’est exactement ce que je voulais!!! J’ai hâte de me plonger dans ces romans! J’avais déjà croisé « Peau de pêche » en librairie, je vois bien de quel bouquin il s’agit! Merci beaucoup beaucoup beaucoup pour tous ces précieux conseils! C’est génial d’avoir une libraire qui nous comprend si bien! 🙂
      Bonnes vacances Gaëlle!!

  2. Un article sur les romans adolescents! Génial! J’ai fait un parcours littéraire au lycée, mais un peu par hasard au début. Je me rappelle encore cet après midi ou j’ai croisé la quatrième de couverture de ce livre au CDI.. « Qui es-tu Alaska ? » de John Green. Sans réfléchir je l’ai emprunté, ça a été une révélation, je n’ai plus lâché ce livre qui m’a fait passer du rire au larme. Depuis, le monde de la littérature m’a ouvert ses bras 🙂
    Tout récemment, j’ai voulu réessayer un roman adolescent, je l’avais oublié sur mon bureau et la.. j’ai subi les gentilles moqueries de mes collègues… 🙂 Ahh que ce billet me fait plaisir!!

    Merci à toi et ta libraire, j’irais pour sur faire un petit tour dans cette caverne d’Ali Baba!

  3. Hello! Je te conseille « le garçon au pyjama raye » et « le livre des choses perdues » . Deux romans pour ados aux styles bien différents mais superbes! Découverts l’année dernière, car j’achète toujours des romans pour l’été… Bonne lecture et bonne vacances, helene

  4. Tu me connais, j’adore ce genre. Je n’en connais pourtant aucun des deux. Je vais me pencher sur leurs cas.
    C’est chouette de tomber sur une librairie comme ça. Avant rien que pour le plaisir de discuter avec mon libraire j’y passais au moins une fois par semaine. Et depuis que je suis en région parisienne, j’achète uniquement sur le net. Vivement que j’ai ma mutation.

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