Les marronniers

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Je ne parle pas souvent de mon job par ici. De temps en temps, l’envie m’en prend, mais surtout le temps me permet d’aborder un sujet ou un autre relatif à l’école, à mon métier d’instit… Et puis, honnêtement, si j’en parle peu ici, c’est parce-que ce blog est surtout l’occasion pour moi de m’échapper un peu de mon quotidien parfois trop cartésien, de la réalité souvent trop brute de mes semaines à l’école : les parents d’élèves exigeants ou ingrats, les enfants difficiles, les réunions houleuses avec les collègues, la hiérarchie effacée, quant elle n’est pas carrément agressive à l’encontre de ses enseignants… et puis, fatalement, la remise en question personnelle et professionnelle qu’un métier si « humain » engage forcément. Alors, non, tout au long de l’année je n’ai pas forcément envie de parler ici de ce boulot qui me demande déjà, le reste du temps, beaucoup d’énergie, de temps et d’investissement. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne me passionne pas pour autant ! Au contraire. La preuve : les vacances ne sont pas officiellement terminées, mais j’ai envie de vous parler, aujourd’hui, de la rentrée qui se profile.

Je ne sais pas vous, mais j’adore ce moment de l’année : la fin des longues journées estivales, l’automne qu’on pressent dans les sursauts de l’été indien, les rayons de supermarché remplis de classeurs, d’agendas, de tubes de colle et de kits équerre/rapporteur/double-décimètre… D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé la rentrée. Quant j’étais petite, ce jour était l’un des plus importants de l’année, dans ma famille. On préparait avec soin le cartable, la tenue et les chaussures, que mon père cirait avec soin (oui oui, et pourtant je suis née dans les années 80, pas 60… ^-^). Le jour J, mes parents nous prenaient en photo, mon frère et moi, rutilants dans nos vêtements frais, repassés, mon petit trench et mes chaussures vernies à boucle, mon frère et ses boucles blondes, son pantalon de velours côtelé vert émeraude… C’était tout un rituel. Je sais que certains enfants angoissent à l’idée de reprendre l’école. Cela n’a jamais été notre cas, sans doute parce-que mes parents y mettaient de la magie, et avaient instauré une routine agréable et rassurante autour de ce «big day».

Aujourd’hui encore, je sais que l’un des aspects que j’aime, dans mon métier, est son rythme ronronnant, les vacances régulières, le rituel de la rentrée, année après année… J’aime que mon année commence en septembre et se termine en juillet, contrairement aux autres jobs qui ne sont pas calés sur le rythme scolaire… Cette continuité depuis l’enfance a quelque chose de rassurant…

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Mais tout n’est pas rose, même si l’on travaille entourés d’enfants, dans un univers doux qui sent la craie et la gouache, une classe aux meubles bas et colorés, et que nos journées sont ponctuées de comptines, de chants et de lectures d’albums de jeunesse. Non, tout n’est pas rose. La réalité de l’école est même plutôt flippante, et décourage beaucoup de mes collègues. J’avoue m’être, moi aussi, sentie découragée à un moment. J’ai beaucoup réfléchi, envisagé de quitter l’éducation nationale (si difficilement intégrée, à l’époque), imaginé une autre vie professionnelle, plus paisible, moins tourbillonnante, et surtout aux responsabilités moindres. J’ai connu un bon gros passage à vide, l’année qui vient de s’écouler. Marre des classes surchargées, des gamins difficiles qu’on veut aider à tout prix alors qu’on n’en a pas les moyens, marre de m’épuiser physiquement à essayer de faire fonctionner un système complètement obsolète, branlant et aux programmes irréalisables, marre d’entendre des collègues enchainer des préjugés, juger prématurément, effectuer le minimum syndical et se plaindre sans cesse pour autant. Ras-le-bol généralisé, quoi.

Alors je ne sais pas pourquoi, ni comment, alors que je n’avais plus vraiment envie de m’investir dans ce boulot et que je m’étais résignée à le faire de manière « alimentaire », c’est-à-dire à faire mes heures, à préparer ma classe, mais sans plus y consacrer trop de temps et d’énergie à côté, sans plus me faire le porte-parole engagé et passionné de ce que j’avais considéré comme une vocation, alors que j’avais baissé les bras donc, je suis tombée sur un bouquin qui a littéralement rallumé la flamme. Un bouquin adressé non pas aux enseignants, mais aux parents, et proposant de passer en revue les pédagogies alternatives qui s’offraient à ces familles désireuses d’envisager une pédagogie autre que celle traditionnellement appliquée. Je ne sais pas pourquoi, ce livre parmi d’autres, je l’ai lu en entier, prenant des notes et sentant se réveiller en moi l’enthousiasme des débuts. Cette lecture m’a rappelé pourquoi j’avais choisi de faire ce métier, et ce que j’avais trouvé de beau et de grand en lui. Et, plus important encore, ce livre m’a redonné la foi. M’a montré que, toutes ces difficultés qui m’accablaient et me décourageaient, on pouvait les surmonter, que la décadence de l’Ecole en France n’était pas irrémédiable et que, en changeant radicalement son approche pédagogique et son rapport à l’institution, on pouvait faire bouger les choses, pour de vrai. C’est-à-dire, peut-être changer la vie de ces gamins en difficulté. Les aider vraiment, durablement. Leur faire aimer l’école, leur faire comprendre leur rôle d’élève, leur apprendre à devenir des « apprenants », les rendre maîtres de leur avenir et décideurs de la société de demain, en bref : ne plus les laisser sur le carreau.

… mais, vite, vite, c’est déjà demain la rentrée, j’ai encore des tonnes de choses à préparer… La fin de ce billet attendra le prochain épisode 🙂

Et vous, la rentrée, ça vous inspire quoi? Des listes de bonnes résolutions? Des mauvais souvenirs d’école?? Des envies de collants aubergines et de parka kaki?…

Photos : la cour de ma nouvelle école

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12 réflexions sur “Les marronniers

  1. je suis comme toi, à force de nous taper dessus on en arrive à perdre la vocation ! ou alors je me faisais un idéal de ce métier, j’adore être devant les élèves mais alors le reste non merci ! Pour ma part cette année c’est remplacement ! Et toi alors de quelle classe as tu hérité?

  2. en tout cas la première photo de la cour de ta nouvelle école est très belle!
    pourrais-tu me donner les références de ce livre, car je suis instit moi aussi et j’avoue qu’après seulement 5 ans, ma motivation s’essouffle déjà beaucoup..

  3. Chouette ce billet ! Et juste…
    Moi j’aimais assez bien la rentrée, surtout pour le côté neuf de tout un tas de trucs. Et un mois après, je n’en pouvais plus 😉
    Cette année, c’était une vraie rentrée, comme tu le sais. Je ne sais pas si j’aime. Tout changer, c’est difficile et fatiguant. Mais je suis contente quand même. Et j’aime bien l’automne. Et le 3 (demain, quoi), soit à peu près le jour de la rentrée, c’est mon nanniversaire… ça aide !

  4. J’ai toujours préféré le printemps et l’été … Par contre c’est vrai que garder un rythme scolaire à quelque chose de rassurant … Je n’arrive pas à fonctionner en année civile, d’autant plus que je suis née fin juillet en plein milieu des vacances d’été, ce qui pour moi boucle par deux fois un cycle … La Rentrée m’a toujours stressée, même maintenant où je fais ma 11e rentrée en tant que professeur, je dors mal la veille …

  5. La rentrée pour moi a toujours été angoissante. Dans ma vie professionnelle, si je regrette mes deux mois de vacances, la rentrée des classes ne me manque pas du tout ! J’étais d’ailleurs soulagée en fac quand la rentrée débutait le 15 septembre et pas le 1er. Psychologiquement, ça changeait tout. Intéressant comme remise en question… Tu pourrais donner la référence du livre qui t’a fait renaître cette flamme?

  6. Ahhh que j’aime ce moment où, passant de blog en blog, j’atterris sur un blog qui va me parler, me toucher…Et c’est donc aujourd’hui que je te découvre et t’envoie mon premier commentaire. Jeune enseignante ( 6e rentrée…ou 25e…ça dépend comment on compte 🙂 ), j’aime mon travail, ma vocation, mais j’ai aussi des passages à vide, de l’incompréhension.Et puis, j’aime aussi beaucoup la mode, les soins etc. alors, je sens qu’ici, je trouverai une nouvelle bulle de réconfort, le soir venue ! 🙂
    Aude

  7. je te suis depuis un petit bout de temps maintenant et en parcourant à nouveau ton blog, je suis tombée sur ces articles précieux, ceux où tu parles de ton métier. A vrai dire, je dois avouer qu’en ce moment je suis perdue également, je me pose beaucoup de question sur mon métier (pas si éloigné du tien finalement, je suis bibliothécaire jeunesse) et je pense depuis un certain temps à une reconversion professionnelle.
    Puis-je te poser deux-trois questions ? Arrête-moi si je suis trop indiscrète 🙂
    Depuis combien de temps es-tu professeure des écoles ? As-tu réussi le concours du premier coup ? quels conseils avisés me donnerais-tu ?
    Merci beaucoup en tout cas, c’est toujours un plaisir de te lire.
    Reste comme tu es, c’est-à-dire une passionnée !

    • Hello et bienvenue ! Bien sûr que tu peux poser 2 ou 3 questions ! Pou ry répondre :
      1. je suis PE depuis 5 ans
      2. J’ai eu le concours du premier coup, et si je devais te donner un conseil c’est : donne toi un an pour le passer, et concentre toi uniquement dessus durant cette année dédiée, bosse bosse bosse comme une dingue, ça paie. Ne met pas de côté certaines matières en misant sur d’autres o tu es plus à l’aise et où tu penses obtenir de bonnes notes, il faut être bon en tout et surtout, c’est un concours, il faut être le meilleur… Fais plein de synthèses d’entrainement, de concours blancs, d’annales, d’oraux blancs. Bref, bosse comme une dingue… ^-^
      Tu comptes passer le concours du coup?
      Tu es dans quelle académie?
      En tous cas merci pour ton petit mot ici! A bientôt j’espère !

      • Merci pour tes conseils 🙂
        Disons que comme je travaille actuellement et que je souhaite réussir ce concours, j’ai décidé de le travailler pendant deux ans à la maison toute seule (avec l’aide de livres, forums, sites spécialisés) et ensuite je demanderai un congé de formation à mon employeur. J’ai déjà la pression car je me dis qu’à l’issue de ce congé je ne dois pas me louper. Mais si je l’ai travaillé sérieusement en amont, il ne doit pas y avoir de problème.
        J’habite en Bretagne (avec un chéri et une maison, alors je ne souhaite pas partir) donc ce sera l’académie de Rennes 🙂
        Pas toujours facile mais ce projet redonne du souffle à ma vie professionnelle et je pense que c’est le plus important, ne pas rester dans un travail où l’on ne s’épanouit plus.

      • Je comprends tout à fait, moi aussi quand je me suis lancée dans ce concours, il m’a portée, littéralement. J’étais à fond et c’était une vraie bulle d’oxygène que ce projet!
        Je te souhaite bon courage, tiens moi au courant , et si tu as besoin d’autres informations n’hésite pas surtout!!

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