La vie est belle

On est tous, clairement, en deuil. Le deuil avec son lot de colère, de tristesse infinie, d’incompréhension. Ses vides abyssaux, ses questions sans réponse (pourquoi? comment être capable d’une telle atrocité? quel monde allons-nous laisser?), et le besoin de se rassembler pour communier et partager la peine.

Comme beaucoup, je n’ai pas du tout eu le courage ni l’envie d’écrire durant ces derniers jours. Le besoin de vivre les choses en vrai, mais surtout l’impression de devoir me recroqueviller pour vivre le truc, m’en ont empêchée. Pas trop de place pour les mots, encore moins pourles grandes phrases. Et puis la question qui revenait : à quoi bon ?

Normal, normal… C’est aussi ça le deuil. Le dégout et le rejet font partie des étapes.

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A l’école, nous avons resserré les rangs, l’équipe enseignante s’est rassemblée et on a bossé ensemble pendant ces deux jours « post-apocalyptiques ». C’était fort. Les élèves ont senti l’importance de ce qui se passait, certains ont été impressionnés par la solennité et la gravité des discours, d’autres par la profonde tristesse de ces adultes qui régissent leur petit monde scolaire et qui leur apparaissaient comme des piliers inébranlables. Eh oui, parfois, la vie ébranle. C’était dur de regarder mes petits choux de 6 et 7 ans, innocents, étonnés, en tentant de leur expliquer la minute de silence, le chant collectif, la fresque pour la liberté d’expression, et toutes ces autres choses que les événements nous ont obligés à penser et à mettre en place dans l’école durant ces 48 heures de chaos. Difficile, mais aussi, fort et émouvant.

Durant ces quelques jours de flottement, j’ai cumulé les petites choses réconfortantes, les moments doudous, j’avais un profond besoin de me rassurer pour digérer toute cette peur et toute cette tristesse brassées tout au long des journées de classe et à l’écoute des médias. Alors une fois rentrée chez moi, fourbue de lassitude, je n’ai fait que cuisiner. Préparer des repas pendant des heures – véritablement plusieurs heures -, était le seul réconfort de ces journées terribles. La « comfort food »… Réfugiée dans ma cuisine, j’ai pétri mon pain pour la première fois, et testé une multitude de recettes pour ne pas sombrer dans l’inquiétude et tenter d’oublier un peu ma tristesse.

L’autre réconfort, je l’ai trouvé auprès de mes amis. Se rassembler, discuter, s’épancher même… hocher la tête de concert, d’un air entendu : « le monde ne tourne pas rond… ». Se raconter les bribes de discussions saisies au vol, se redonner un peu d’espoir, parler des belles actions mises en place et retrouver la foi. Tout cela était nécessaire, vital. Bien sûr qu’on était tous d’accord, ce n’était pas un débat, les idées ne s’opposaient pas ; on avait juste besoin, sans doute, de se rassurer : oui, il y a plein de gens qui sont écoeurés, non, l’humanité n’est pas en péril. Continuons d’y croire.

Ce billet est décousu, mais je suis certaine que vous ne m’en tiendrez pas rigueur…. Il était indispensable. Je crois que pendant ces jours si chaotiques, nous avons été nombreux à ressentir tout cela. J’avais envie de le partager avec vous. La marche d’hier m’a mis du baume au coeur. Il faut garder la foi.

A très bientôt

NB : un milliards de mercis touchés et émus pour vos messages suite à mon précédent billet. Vous êtes tellement TELLEMENT adorables. Ça m’a fait du bien, mais à un point… inimaginable. Incroyables ces marques d’affection venant de personnes inconnues mais dont je me sens très proches, au final. Merci merci merci!

Photo : la fresque réalisée par les 300 élèves de mon école. C’était beau.

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