Quatre hivers en Sibérie

Après Sylvain Tesson et son sublime essai : Dans les forêts de Sibérie, j’ai terminé 2015 et commencé 2016 plongée dans un énorme roman historique qui prend place au fin fond de la Sibérie : Le village oublié, de Theodor Kröger.

Au départ, c’est la 4ème de couverture et la belle illustration de la couverture qui m’ont appâtée :

IMG_1975

Que faire lorsque l’avenir ne propose plus que massacres, démences, colonnes de prisonniers et wagons à bestiaux ? À quoi se raccrocher lorsque triomphent les totalitarismes, les peurs et le froid ? Condamné à mort en 1914, puis au bagne, la pendaison étant «provisoirement commuée en bannissement perpétuel en Sibérie», le jeune Theodor Kröger, une fois libre, participe à l’extraordinaire aventure d’isoler un village russe du reste du monde. Cacher les chemins. Transformer les forêts en labyrinthes. Disparaître des cartes pour échapper au chaos… Combien de temps ? Le Village oublié, best-seller mondial à sa publication en 1950, témoigne de cette incroyable histoire. C’est aussi un chant dédié aux mystères de l’âme russe ainsi qu’à la taïga, seule capable de résister à la folie des hommes…

C’est cette volonté d’isoler du reste du monde un petit village enneigé qui m’a donnée envie de prendre ce livre, de l’offrir à Robinson, afin de pouvoir le lire moi aussi et d’en discuter avec lui. Mais les gros pavés au thème lourd et triste me découragent facilement, une fois que je les ai posés sur l’étagère de la bibliothèque j’ai tendance à les oublier un peu… Du coup, ce roman est resté un ou deux ans à attendre parmi ses congénères de papier, pour que finalement, après les attentats de novembre dernier, je le sorte de sa retraite forcée.

Et grand bien m’en a pris.

Avec du recul, je dirai que je ne suis pas tout à fait d’accord avec le résumé de la quatrième de couv’, car l’intrigue principale n’est pas juste celle d’isoler un village au milieu de la Taïga sibérienne. L’intrigue principale, c’est les péripéties et aventures dramatiques que vit Theodor Kröger, prisonnier de guerre, puis en liberté surveillée, dans un village tout au Nord de la Russie.

Les premiers chapitres nous font vivre le bagne, les tortures infligées aux prisonniers, l’horreur de la guerre. C’est dur et poignant, et dans le contexte où j’ai lu ces pages, tout prenait un écho terrifiant.

Puis, on suit la réinsertion sociale du héros : comment il parvient gagner la considération des autres villageois, à s’enrichir grâce au commerce des fourrures, et surtout, à développer le petit village en y apportant un souffle de modernité et d’ambition. Ces pages sont prenantes, grisantes : Theodor Kröger y raconte le besoin de travailler, le goût de l’effort, l’accomplissement atteint lorsqu’on devient utile dans une société. Ce colosse allemand va ressusciter son village en y faisant construire une école, un lycée, un cinéma, un café…

Lors de ses voyages dans les forêts sibériennes, le commerce de fourrures l’amène à découvrir un autre village, tout petit, perdu au fond des bois, et à se prendre d’amitié avec ses habitants. C’est ce village qu’il aidera à faire disparaître officiellement des cartes. Mais il n’y vit pas, il y passe seulement quelques périodes de sa vie. Ce « village oublié » est comme un eldorado pour l’auteur. L’humanité des gens, la puissance de la nature en font un véritable paradis sur terre, loin de la cruauté de la guerre.

Il y a des chapitres très durs, lorsque Kröger raconte les épidémies, les villages qu’il faut brûler pour endiguer les maladies, et puis ce terrible épisode de famine, des pages qui font froid dans le dos. Le pays est bouleversé par la Révolution, partout ce n’est que chaos et terreur, alors le village où Kröger vit finit par ne plus être approvisionné par les autorités russes… ses habitants sont oubliés. Voués à la mort par la faim. Voilà l’autre « village oublié » du récit.

Ce récit navigue entre horreur, massacres, cruauté de l’homme, et bonté pure, nature divine et toute puissante, paysages à couper le souffle, amour absolu et humanité poignante. La camaraderie, le courage, le dépassement de soi sont les valeurs insufflées tout au long des pages. J’ai tourné la dernière le coeur serré, bouleversée par différentes émotions. Mon envie de m’isoler dans une cabane au fond des bois est plus vive que jamais…

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12 réflexions sur “Quatre hivers en Sibérie

    • Oui, bon, après, niveau style, ce n’est pas du Zola non plus, il y a beaucoup de passages au présent (ça fait un peu étrange quand on n’a pas l’habitude), parfois des flous narratifs (« mais il parle de qui, là??? » « Ca veut dire oui ou ça veut dire non…??? »), mais le récit en lui-même est assez prenant et beau pour effacer ces détails stylistiques.
      Ça m’a un peu fait penser au Comte de Monte Cristo (le style en moins, car Dumas est quand même un génie), ou à ce genre de roman fleuve, où il se passe mille choses, un vrai grand roman d’aventures, entre Robinson Crusoé, L’île au trésor et L’appel de la forêt (je n’en ai lu aucun ah ah…) (ah, si , j’ai lu Robinson en licence ^-^ Je ne m’en souviens pas du tout!!!!)
      Si tu le lis, je VEUX ton avis, même (et surtout) si tu n’es pas d’accord avec mon enthousiasme ^-^

      • Intéressant.
        Et je n’ai lu rien de tout ça, je crois ! J’ai un problème avec les romans français du XIXe donc l’essentiel (y compris Dumas) passe à la trappe, je ne fais pas dans la demi-mesure. Bref. Ok, tu l’auras, mais pas forcément bientôt ! 🙂

  1. Ca me donne envie de le lire, merci!
    Si tu aimes les histoires qui se passent en Sibérie, je te conseille les livres d’Andrei Makine – le testament français, la femme qui attendait, la vie d’un homme inconnu, l’amour humain… je les aime tous 🙂

  2. Je me souviens qu’au lycee j’avais eu toute une periode « roman sur la vie dure en Russie » avec les classiques mais aussi d’autres livres sur la Sibérie. Je ne me souviens pas avoir lu celui-ci, mais ca me donne envie. Un roman a garder sous le coude.

    • Ben dis donc, tu étais motivée au lycée! Lire des romans russes, ce n’est pas le truc le plus facile! Je me souviens avoir lu Dostoievski au lycée, un beau souvenir mais beaucoup de temps pour en venir à bout… Pouchkine, en licence, m’avait bien plu… En tous cas, si tu as d’autres titres de romans, n’hésite pas, pas dit que je les lirai de suite mais je prends note, toujours!
      Bise

  3. Rien à voir avec ton article, mais pourrais tu me communiquer ton adresse mail? j’ai besoin de te poser quelques questions si c’est possible! tu peux passer par mon adresse mail sur mon blog si tu préfères! à bientôt!

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