Une éducation

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Avant de devenir maman, j’avais beaucoup lu, des blogs et des livres, afin de me faire une idée des grands principes d’éducation « à la mode » à ce moment là. Ma mère m’a donnée une éducation imprégnée de Dolto mais aussi alourdie du poids de la vieille éducation et des traditions, un mélange un peu explosif de « laisser couler » et d’extrême sévérité. Le combo ne m’a pas vraiment réussie, petite j’étais ingérable, violente, débordée par mes émotions, une véritable tornade. Heureusement, le temps, les rencontres, les études et l’amour de mes parents m’ont permis malgré tout de devenir une personne plus ou moins normale. Un peu borderline parfois, et toujours explosive, mais dans la limite du raisonnable.
Cependant, ce passif m’a pesé, et a créé des traumas ; je ne dis pas que mon enfance, ma famille ou mon éducation sont les seules responsables de tous mes maux d’adulte, (ma passade anorexique par exemple), mais je pense qu’elles sont un facteur déterminant. J’ai consulté une psychologue durant cette année de troubles alimentaires, cela m’avait aidée, puis j’étais (enfin !) tombée enceinte et, bourrée d’hormones, persuadée que j’allais mieux, j’avais arrêté la thérapie.
Tout cela a créé une peur en moi : en devenant maman, j’étais terrorisée à l’idée de transmettre à mon enfant ces énormes valises que je me trainais depuis l’enfance. Ce tempérament de feu que j’avais du mal à maitriser et qui me rendait rarement service. Je voulais l’épargner, mon petit, lui éviter de devenir aussi barjot que sa maman. Je ne me jette pas la pierre. On veut tous, le meilleur pour notre enfant.
Afin de ne pas faire de Little un mini-moi, j’ai appliqué l’exacte inverse de mes parents. Je me suis passionnée pour la pédagogie bienveillante, alternative, pour la Communication Non Violente, les principes de Maria Montessori et de Céline Alvarez. J’ai tout bien potassé, et en bonne élève que je suis j’ai appliqué les choses avec soin, me félicitant d’avoir trouvé une éducation respectueuse de l’enfant, dans la douceur et l’empathie.
J’ai voulu tellement bien faire que… j’ai mal fait ! A trop vouloir protéger mon fils, lui éviter maltraitance ou malveillance, propos blessants d’adulte ou étiquettes, j’ai oublié de lui poser un cadre. Et Robinson, convaincu par mes méthodes pleines de bon sens, et dûment argumentée (par mes lectures et mon expérience d’enfant et d’enseignante) s’est lui aussi laissé dépasser.

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J’ai été rattrapée par mes vieux démons, en quelque sorte ; en effet, l’un des traits de ma personnalité le plus visible, c’est que je suis extrême. Jamais de demi-mesure. Ma mère me dit entière, c’est un adjectif plus doux pour nommer une réalité assez brute. Je suis soit tout soit rien, soit blanc soit noir. J’ai voulu me démarquer de mon enfance au point de devenir extrême dans mes choix éducatifs. Moi qui suis une enseignante avec de l’autorité et qui n’ai jamais eu de problème à tenir mes élèves, je me suis retrouvée complétement dépassée par mon fils. Je n’ai pas su lui poser le cadre nécessaire, j’ai cru que l’aimer et tenter de le comprendre dans toutes les situations étaient des garanties d’une bonne éducation, et d’un développement harmonieux. Or, nous nous sommes retrouvés face à un petit garçon qui s’est mis à partir en vrille de plus en plus fréquemment, et plus nous cherchions à comprendre et expliquer ces « crises », moins nous l’aidions, finalement.

Je l’ai rapidement évoqué par ici, la rentrée en petite section ne s’est pas tout à fait bien passer pour Little. Pour être plus exacte, tout se passe bien dans sa classe, avec sa maitresse, etc… mais les choses ont été plus délicates chez sa nounou. Little est devenu agressif, hors de contrôle, sa nounou n’a pas su s’imposer face à lui et elle s’est laissée complétement dépassée par la situation.
A la maison, les affrontements ont été de plus en plus fréquents : là où, avant, Little pouvait nous sembler très vif et plein d’énergie, nous avons constaté que nous étions désormais face à un enfant dépassé par ses émotions, immature et « capricieux » (même si je n’aime pas ce dernier adjectif, car je ne crois pas que les crises des enfants puissent être des caprices… C’est Isabelle Filliozat qui explique cela très bien, si ça vous intéresse).
Bref, nous venons de vivre deux mois intenses, très difficiles, ponctués de crises de larmes, d’abattement, et d’une grosse envie d’abandonner de mon côté. J’ai l’impression d’être la pire mère du monde, et d’avoir fait n’importe quoi. Je me sens un peu perdue, pourtant je sais au fond de moi que j’ai eu raison de ne pas appliquer l’éducation que j’ai moi-même reçue. Je reste persuadée que les fessées, les punitions, le « coin », les étiquettes « tu es méchant, tu es gentil » sont autant d’erreurs graves à ne pas commettre avec des enfants dont le cerveau est en plein développement. Tout ce que j’ai lu à ce sujet, notamment les derniers rapports des recherches en neuro-sciences (ou plus simplement, le livre de Céline Alvarez, Les lois naturelles de l’enfant) me semble d’une logique, d’une évidence implacable. C’est juste moi, et Robinson aussi, qui n’avons pas réussi à trouver l’équilibre au milieu de toutes ces théories. Certaines personnes se fient à leur instinct, et foncent. Ma belle-sœur, qui sera maman dans quelques jours, est de ceux-là. Elle ne se pose pas de question sur l’éducation de sa future petite fille, elle se fait confiance. Je suis admirative. Je ne suis pas comme ça, je n’ai pas confiance en moi, et je crois que ce sera ainsi toute ma vie. J’ai du mal à lâcher prise, à faire confiance à l’avenir, à moi-même, à mon fils. J’ai besoin de contrôler les choses, l’incertitude me fait peur, alors élever un enfant, je ne vous raconte même pas… on avance à tâtons constamment, on essaie un truc, puis un autre, on fait tout et son contraire, on se sent toujours dépassé, et nul. Enfin, dans mon cas.

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Aujourd’hui, il devient urgent d’aider Little à surmonter ces crises, à vaincre son agressivité, à s’apaiser. Je suis allée voir mon médecin, quelqu’un d’exceptionnel en qui j’ai une confiance absolue, qui a toujours su m’écouter et me conseiller sans me brusquer, et en prenant en compte ma sensibilité (végétarisme, méfiance vis-à-vis des médicaments et des vaccins, etc…). Il a vu dans quel état je suis actuellement, il a semblé alerté et m’a envoyée consulter une pédopsychiatre renommée à Lyon, spécialiste de ces situations « de crise ». Il m’a aussi dit de revoir une psychologue. Et puis il m’a dit une phrase qui m’a achevée : « La fenêtre est grande ouverte, votre fils a grimpé sur le rebord, il est prêt à sauter. Maintenant, il faut l’aider. »… Bien sûr, je me suis effondrée. Mais je sais que nous allons faire tout ce qu’il faut pour l’aider, pour redresser la situation, car rien n’est irréversible et contrairement à ce que disait Dolto, tout ne se joue pas avant 3 ans, ou avant 7 ans, mais bien avant 99 ans ! J’ai de l’espoir et j’essaie de remobiliser mon énergie pour que nous allions mieux, car mine de rien, Robinson et moi avons tout pour être heureux : une jolie maison, un grand jardin, un village paisible, un petit garçon mignon et intelligent, une bonne santé, des amis et une famille présents, et puis surtout nous sommes là l’un pour l’autre, toujours aussi complices et d’un soutien sans faille. Et amoureux.

Voilà, je ne sais pas si ce billet tout en transparence vous plaira, car il ne respire pas la joie de vivre ah ah… Et pourtant, c’est dans un état d’esprit assez léger que je l’ai écrit. J’essaie juste de faire un état des lieux de ces dernières semaines, et j’ai envie de conclure sur ce cliché : on a tous des vies comme ça, ni noire ni blanche, des montagnes russes avec des bons moments et des coups durs.
Je n’ai pas envie de faire semblant, ni ici ni dans la vraie vie, je n’en vois pas l’intérêt. Je vais bien, j’ai besoin de reprendre confiance en moi, mais je sais que j’y arriverai. Et si ce billet peut parler à certaines mamans dépassées, comme moi, ou même d’autres personnes qui ressentent ce manque de confiance en elle ou ce besoin de lâcher prise, alors il n’aura pas été inutile.
Passez un bon week-end, nous, nous allons rester tous les trois, boire une coupe de champagne pour fêter la date de notre emménagement dans la maison (c’était il y a un an !), profiter de la cheminée, et passer du temps dehors, entre promenade et jeux au jardin.  Et vous ?
A très vite !

Les images sont toutes extraites du film « Max et les Maximonstres » ou en VO « Where the wild things are », adapté d’un album de jeunesse très connu et qui raconte l’histoire d’un petit garçon qui enchaine les bêtises, se fait punir, et rejoint alors le pays des Maximonstres où il devient roi. C’est poétique et très beau, et tout à fait adapté à mon petit enfant-roi actuel… ^-^

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10 réflexions sur “Une éducation

  1. C’est super courageux de regarder la situation en face et réagir (et de partager tes mots).Ici aussi c’est les montagnes russes, l’été a été ponctué de colères et autres petites violences probablement dû à l’arrivée de sa petite sœur.
    L’école, le rythme, un cadre plus posé, des règles plus claires ont amélioré les choses depuis la rentrée.
    Mais comme je te comprends, on s’est senti dépasse et un peu démuni face à notre petit dragon. Souvent on manquait d’énergie pour réagir là où il aurait fallut.
    J’ai des amis avec un terrible petit Max qui n’arrivent pas à passer le cap de se faire accompagner et voit que c’est une étape pas du tout évidente de reconnaître qu’on a besoin d’aide. La parentalité est une belle randonnée sans fin.

    • Coucou Sarah,
      merci pour ton commentaire. Oui, ce n’est pas évident, je me sens seule car lorsqu’on regarde instagram ou les blogs, livres de mamans, on a l’impression que tout va super bien chez les autres et qu’on est la seule famille qui galère ! Alors ton message me fait beaucoup de bien, je compatis et je me sens moins seule, je me dis que finalement, on est peut-être nombreux à vivre ça mais pas beaucoup à être prêts à en parler… Ecrire ce billet et lire les commentaires m’a fait énormément de bien, ça me rebooste. Je pense aussi que le cadre plus dessiné que nous essayons de poser dernièrement va être bénéfique, et la pedopsy aussi, enfin je l’espère !
      A bientôt, des bises !

  2. Sophie, je t’ai vue avec ton fils, tu étais géniale. Vraiment. Je te l’ai dit d’ailleurs, j’étais impressionnée parce que justement, tu mettais en pratique ce qui me semblait très intéressant en théorie mais totalement inapplicable en pratique. Se faire des reproches ne sert à rien ; les choses sont comme elles sont.
    R réagit aussi au très gros changement dans sa vie : école, nounou, ne plus être le centre du monde, être obligé de se plier à un cadre nouveau : normal qu’il ait une réaction « extrême ». C’est un énorme bouleversement pour un petit enfant.
    En tout cas, tu réagis bien. Je suis sûre que tout ça ne sera bientôt qu’un souvenir.
    Je t’embrasse.

    • Oh mais merci ma Camille, tu es un chou. Ça me fait beaucoup de bien de te lire.
      Oui, il y a eu beaucoup de changements dernièrement et il a fallu s’adapter, c’est peut-être plus difficile pour lui. ET puis, maintenant, on a pris conscience des choses, avec E, alors on essaie vraiment de corriger, d’être plus fermes, plus intransigeants, sans pour autant tomber dans l’extrême inverse de ce qu’on pratiquait avant.
      Tes mets me touchent beaucoup et me réconfortent, c’est fou comme on se sent vite dépassé et nul quand on est parent !! Merci. J’aimerais bien te voir très bientôt, passer à Paris ou Dijon, comme l’an dernier lors de mon escapade chez toi, c’était top!
      Je t’embrasse fort!

  3. Je suis nullipare ce qui me donne le droit de ne pas donner de conseils qui seraient forcément à côté de la plaque mais il me semble plus facile de rattraper une éducation fondée sur la bienveillance, la compréhension, l’amour et peut-être l’absence de cadre rigide que l’inverse. Si les psychanalystes sont encore en activité, c’est que toutes les mères (et tous les parents en règle général) sont des êtres humains qui, à un moment ou à un autre, foireront un truc. Et c’est plutôt rassurant que des mini humains soient élevés par des humains et non des robots parfaitement programmés, non? Donc si tu as l’impression d’être la pire mère du monde, ce n’est qu’une impression (sauf si Little est actuellement enfermé dans le congélateur, là, j’approuve pas).
    Après, Little est en pleins changements (école, nounou, toi qui as repris – si je ne m’abuse – le travail à temps complet, travaux dans la maison). En tant qu’adulte, je serai déstabilisée donc je suppose que les enfants le sont aussi mais ne sont pas forcément capables de mettre des mots précis sur ce qu’ils ressentent. D’où « les crises », peut-être?
    Courage!

    • Merci A, ton commentaire me fait chaud au coeur. Oui, lorsqu’on pose les choses comme tu le fais et qu’on tente de les analyser, on voit bien qu’il y a plein d’explications possibles. Et tu as raison, c’est peut-être mieux de partir d’une éducation trop aimante et de corriger le tir, plutôt que l’inverse. Merci pour tes mots, et nullipare ou pas, on est tous complétement perdu lorsqu’il s’agit d’éducation j’ai l’impression, ah ah!

  4. Merci beaucoup pour ce partage d’expérience ! Je pense que je le garderai en tête quand je me questionnerai sur les choix éducatifs que je fais pour ma fille !

  5. ton billet est drôlement courageux! merci de l’avoir écrit.
    Je pense que ces hauts et bas existent partout. Et encore plus dans les familles où on se questionne sur l’éducation!
    le fait d’avoir pris conscience, d’avoir mis des mots, de t’être tourné vers des spécialistes vont vous permettre de rebondir rapidement, trouver votre voie ( et puis d’en changer si besoin)

  6. Bonsoir… merci pour ce partage si sincère. ..c’est « drôle  » parce que souvent je pense à vous et tout le calme et la sérénité qui se dégagent de vos messages et photos…surtt qd ici c’est la tornade! Ma puce de 3 ans est très connectée à son environnement avec une hyper sensibilité qui n’est pas facile à gérer. Mon grand lui est bcp plus calme mais tout aussi sensible. ..jaimerais aussi leur donner la confiance qu’il me manque…
    Profitez en effet de tous les atouts de votre vie, couple, maison…
    À bientôt

  7. Maman d’une petite fille de 5 ans et enseignante comme toi, j’ai aussi eu droit à ma période de doutes, de psy, de craintes…dans notre volonté de faire mieux on oublie souvent que faire mieux ce n’est pas faire l’opposé, mais faire différent. Si un extrême n’a pas fonctionné, l’autre extrême est rarement bon lui aussi. Mais ce n’est pas grave de se tromper, et surtout je crois que je commence à comprendre qu’on se construit aussi  » grâce » aux défauts de nos parents. On a besoin de les savoir forts, mais pas inébranlables, sinon on aurait tendance à croire que la vie n’est que facilité et on craque à la première difficulté parce qu’on n’aura pas vu avant nous comment nos parents géraient tout cela. C’est en ça que toute cette pédagogie positive et bienveillante me fait peur… Elle semble considérer que tout doit être beau, rose, rien n’est grave, tout doit couler de source…
    Je te souhaite que vous trouviez chacune votre place et votre façon de fonctionner…et ce n’est pas si grave si cela doit prendre un peu de temps. 🙂

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