Journal d’écriture #1

Lorsqu’on s’intéresse à la vie des auteurs on réalise que la plupart tenaient un journal d’écriture. Grâce à ces écrits parallèles, on peut en apprendre plus sur l’œuvre et sur l’état d’esprit de l’auteur lors du processus d’écriture, c’est parfois fascinant de voir les mécanismes laborieux et les tergiversations de l’esprit créatif. Le journal d’écriture apporte aussi un éclairage sur le contexte social, historique, durant lequel a eu lieu l’acte d’écrire. J’ai notamment beaucoup aimé découvrir des extraits du journal de Virginia Woolf, qui sont, à mes yeux, aussi indispensables que ses romans et ses essais. Il faut dire que la vie de V.W. n’était pas un long fleuve tranquille et qu’elle méritait d’être traitée en chapitres avec autant de soin que s’il s’était agi de celle d’un personnage de fiction.

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Cela fait longtemps que j’y pense. J’ai envie d’inaugurer une nouvelle rubrique ici. J’imagine que les billets qui y figureront seront plus intimes que d’autres où je parle de décoration de maison ou d’éducation… Peut-être aussi qu’ils n’auront qu’un intérêt minime puisqu’ils traiteront d’écrits en cours, de personnages qui n’existent encore que pour moi, de questionnements sans doute habituels quand on écrit mais pas universels non plus. Je me demande, est-ce que ce genre de billet aurait vraiment sa place ici ? Est-ce qu’ils pourraient intéresser les lecteurs et lectrices du blog ? Est-ce qu’ils ne paraîtront pas trop prétentieux, ou ne témoigneront-ils pas de ma trop grande inexpérience en la matière ?
Et puis, toutes ces questions, j’ai préféré les mettre de côté, et foncer. Ce blog est un fourre-tout, et c’est son éclectisme qui m’a sans doute encouragée à continuer à y écrire. S’il avait été trop spécialisé, trop mode ou trop beauté ou trop healthy ou je ne sais quoi, il y a sûrement longtemps que j’aurais cessé d’y écrire. Je ne me sens à l’aise ni avec les étiquettes ni avec les contraintes ; la liberté de cet espace m’a toujours plu et ramenée à lui. Alors un journal d’écriture, pourquoi pas ? Cela me permettra de garder une trace de ces années d’écriture, pour plus tard, et je les relirai sans doute avec plaisir et nostalgie. De plus, partager avec vous mes questionnements et mes doutes, vous demander conseil, m’aidera peut-être à dépasser certains obstacles dans l’écriture, ou à prendre du recul sur des blocages dans le processus de création ? Je l’espère en tous cas.

Voici donc un premier journal d’écriture.

Ces derniers jours, j’ai repris la correction de Roman n°1, dont le titre provisoire est Les sœurs Ponsard. Il y a 290 pages Word, une soixantaine de chapitres. C’est long. J’avais fait une première révision l’année dernière, après l’avoir terminé en janvier-février. Puis, je l’ai donné à lire à des (adorables ) bêta-lecteurs afin d’avoir un autre regard et de prendre un peu de distance sur mon bébé. Parce-que c’est dur, d’avoir du recul sur ce qu’on a écrit. Parfois, on trouve que tout est génial et indispensable, d’autres fois (le plus souvent), que tout est nul et on a envie de supprimer une page sur deux.
J’ai laissé mon manuscrit reposer pendant un an, j’ai écrit d’autres choses, commencé Roman n°2, participé au concours annuel de nouvelles de l’Éveil Plumes. Et puis, il y a un mois, j’ai enfin trouvé le courage de donner mon manuscrit à mon collègue, celui qui est écrivain. J’étais gênée, honteuse, embarrassée, mais aussi, paradoxalement, excitée et contente de lui soumettre mon projet, d’avoir son avis et de bénéficier de son expérience. Il l’a lu en une semaine, puis on s’est retrouvés dans un café et on a fait le point. C’était extrêmement intéressant d’entendre ses conseils, ses questions, ses suppositions sur tel ou tel personnage. On a parlé des personnages comme s’il s’agissait de personnes réelles, qu’on connaissait tous les deux. C’était fabuleux de les voir vivre ainsi, de négocier leur destin, d’analyser leurs arrières-pensées, de fouiller leur passé. Tels deux Parques, on a tiré certaines ficelles et coupé, dénoué, raccourci ou allongé certaines autres. Cet échange m’a permis de voir ce qui manquait dans mon récit. On s’est aussi beaucoup interrogés sur le titre, mais pour l’instant je n’ai rien de probant, pas d’étincelles. Je cherche encore.

J’ai compulsé ce retour, ainsi que ceux de mes bêta-lecteurs, tous très instructifs, avec mes propres notes. J’y vois à présent plus clair : il y a des choses à enlever dans ce manuscrit, et d’autres à retravailler, à fouiller davantage. Le personnage d’Hortense, la benjamine de la famille, n’existe pas assez. J’ai commencé à lui écrire des chapitres dédiés, que j’intercale parmi ceux déjà existants qui concernent plutôt ses sœurs. Le père est trop absent, c’est volontaire, mais je ne donne pas une explication probante à cette remarquable absence, il me faut la trouver (et je crois que ça y est, j’ai enfin une idée à ce sujet).
Il y a aussi des intrigues secondaires qui alourdissent le récit et que j’envisage de supprimer, même si cela implique un gros remaniement d’autres chapitres (l’histoire d’Angelo faisant de la concurrence à l’hôtel Gautier, au fond, ça a peu d’importance. Il va juste falloir que je trouve une autre façon d’amener la bagarre entre le fils Gautier et R. Bergmann, c’est tout… La question est : vais-je malgré tout garder les personnages d’Angelo, de Beryl Gautier, de son fils, en toile de fond ? Je n’en sais rien, encore…).

(mes essais de couvertures et de titres, quand j’ai envie de procrastiner plutôt que de corriger efficacement…)

C’est agréable de retravailler encore et encore Les sœurs Ponsard, car j’ai l’impression que Paula, Ellie et Hortense sont devenues, avec le temps, des amies que j’aime retrouver. Mais les beaux jours arrivent, et ils signent le moment où je dois retourner à mon second projet, Wanaka Blues, dont l’action prend place en Nouvelle-Zélande. Pourquoi cette contrainte temporelle ? Car j’ai du mal à écrire un récit dans une saison donnée si je ne vis pas, en même temps, cette même saison °-°  …
Wanaka Blues se passe en été (enfin, notre hiver, soit la belle saison en Nouvelle-Zélande) et ma fenêtre d’écriture est donc réduite, correspondante à cinq à six mois dans l’année afin que je sois en accord avec l’ambiance et l’humeur de mon récit. On ne se moque pas, chacun ses lubies ! ^-^ Je dois avouer que j’ai hâte de retrouver ce projet, en hibernation depuis un bon moment maintenant. Je vous en donnerai des nouvelles ici.

Voilà pour ce premier aparté d’écriture. Je file me remettre au travail. Pour résumer, mes objectifs actuels sont : augmenter la densité du personnage d’Hortense, éliminer les intrigues superflues, et traquer une phrase qui pourrait devenir le titre du roman.

Je peux donc clore ce premier chapitre de mon journal d’écriture. J’espère que ça n’était pas trop ennuyant à lire. N’hésitez pas à me donner votre avis, vos conseils, sur tout ce qui vous passe par la tête, c’est toujours un régal de lire vos commentaires.
À bientôt.

♥ Ce que j’écoute en écrivant Les sœurs Ponsard
la BO de Becoming Jane et celle de Pride and Prejudice de Joe Wright.

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La vie aux Nouettes

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Lorsqu’on a acheté notre maison, il s’est passé d’abord tout un été avant qu’on n’ait les clés et qu’on puisse emménager. Cet été-là, je l’ai passé à chercher un nom pour notre maison !
Bizarre ?
Je ne sais pas pourquoi, j’avais envie que notre premier, vrai, chez-nous, ne soit pas anonyme, ne soit pas un simple numéro dans une rue, mais qu’il ait un nom avec une signification, ou une évocation qui nous ressemblerait.

Et puis j’ai laissé tomber cette idée. L’emménagement, les travaux, le quotidien, m’ont fait oublier cette envie, et notre maison a finalement gardé son matricule anonyme.
Mais l’hiver dernier, alors que je cousais tranquillement dans mon atelier, en écoutant La compagnie des auteurs, j’ai repensé à cette envie. Mathieu Garrigou-Lagrange proposait un cycle sur la Comtesse de Ségur, qui, une fois adulte et mariée, une fois expatriée de sa Russie natale, vécut en France dans un château de l’Aube : Les Nouettes. Ce nom me plut immédiatement.

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Aux Nouettes, la Comtesse de Ségur vivait loin de son mari avec qui elle n’avait que très peu de rapports, mais entourée de ses enfants et de ses petits-enfants. Les Nouettes furent un lieu joyeux, dédié à la famille, à l’écriture et à la bonne chère. Évidemment, ça me parle : ces trois éléments, je les partage avec cette illustre dame, donc…^-^
J’aime les sonorités du nom de ce château, mais surtout ce qu’il représente, les valeurs qui y sont chéries.
La Comtesse de Ségur accueillait ses petits-enfants pour les vacances, elle les choyait, leur écrivait des histoires pour les divertir. Sa famille était tout pour elle. Les Petites Filles Modèles a été écrit pour ses deux petites-filles parties vivre à Londres. Lorsque ses petits-fils venaient passer leurs vacances aux Nouettes, elle faisait préparer de fastueux repas et leur laissait une grande liberté de jeux.
Cette femme, qu’on accuse souvent de conservatisme, n’était pas si consensuelle que l’on veut bien le croire. Elle accordait une véritable importance à l’enfance, alors qu’au 19ème siècle, cela paraissait une idée complètement incongrue.

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En écoutant ces podcasts, le nom du château a chatouillé mes oreilles et réveillé mes envies de nommer ma maison. Les premières idées que j’avais eues, ce fameux été où j’attendais les clés de notre nouveau chez-nous, avaient été simples et étaient au nombre de deux : Les Églantines, ou Le Terrier.
Le premier nom me plaisait pour ses sonorités rondes et fraîches, et les promesses de nature abondante et gourmande qu’il portait. Le second, mon favori, sous-tendait l’idée d’une tribu vivant là, nichée dans une maison douillette, bien à l’abri du reste du monde. Et puis, Le Terrier, c’est le nom de la maison des Weasley dans Harry Potter, le havre de paix confortable et chaleureux où Harry trouve refuge, à l’opposé de l’horrible maison au 4 Privet Drive où vivent son oncle et sa tante. Cette référence littéraire absolument pas fortuite, ajoutée à celle de l’attachement familial, de la « portée », de la meute, me faisaient pencher pour ce nom-là.
Comme vous pouvez le constater, toujours les mêmes éléments… Les idées de gourmandise partagée, de famille, de chaleur du foyer et de littérature étaient déjà bien enracinées, dès le départ.
Alors, lorsque j’ai découvert le château des Nouettes, ç’a été comme une évidence.

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Voilà, notre maison a un nom désormais. Un nom déjà porté et au passé illustre un peu lourd à porter peut-être, mais j’ose espérer que peu de passants reconnaitront la référence et nous reprocheront, à tort, un certain manque d’humilité. Et à vrai dire, au fond de notre impasse, en haut de notre colline, des passants il n’y en a pas ! Seuls quatre voisins, le facteur, et nos amis, poseront les yeux sur la petite plaque qui orne notre mur extérieur. Ce nom, je le choisis pour nous, pour mon plaisir, et puis c’est tout.

Alors à l’avenir, pour suivre les aventures de la maison, vous n’aurez qu’à taper le mot clé : Nouettes, et vous y trouverez les articles (à venir) concernant notre home sweet home !

Et vous, cette histoire de nom pour maison, ça vous évoque quoi ?
Si vous deviez trouver un nom pour votre maison, avez-vous déjà une idée de ce qui vous plairait ?