Mai aux Nouettes

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Les fleurs poussent dans le talus devant la maison

Il fait enfin beau temps.
Et je suis en arrêt de travail.
Car, bonne nouvelle : on attend notre deuxième enfant !

On est très heureux, vous l’imaginez bien. C’est encore assez récent, la naissance est prévue pour fin octobre. Un petit bébé d’automne.

Sauf que, un peu comme pour la grossesse de Little, j’ai eu très tôt des contractions. Rien de grave, mais trop répétées (et accentuées sans doute par mes longs trajets quotidiens pour me rendre au travail) ce n’est pas très bon alors, par précaution, la sage-femme m’a mise au repos.
Je ne vous dirais pas que ça m’embête, évidemment. Moi, j’aime bien mon travail, mais j’adore buller et employer autrement mon temps, aussi. Alors être à la maison et profiter du soleil, des journées qui s’allongent, de la douceur et du calme de la campagne, cela n’a rien d’une torture et je savoure pleinement ma chance.

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Dîner sur la terrasse, cheveux mouillés après la douche…

Je fais la grasse matinée. Je prends mon petit déjeuner avec lenteur. Je bouquine dans un transat. J’écris. Je regarde un film parfois. Je papote plantes et potager avec ma voisine, une retraitée dont le jardin est spectaculaire, et qui me donne plein de boutures et de rejets de fleurs, d’arbres… Je cuisine des repas sains pour mon déjeuner et pour le dîner en famille. Je fais des siestes ou alors je reste allongée dehors, à ne rien faire d’autre que regarder le ciel et penser. Je réfléchis à des histoires, à la vie, au prénom du bébé, à tout ce qui m’a menée là, à la dernière saison de Game of Thrones, aux romans que je lis, aux recettes que j’ai envie de cuisiner, aux mois à venir. Je crois que, je peux le dire : tout va bien pour le moment. Je me sens très heureuse. Les hormones, sans doute ^-^

Bref, c’est la belle vie. Et c’est tout ce qui compte pour l’instant.

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Chiller sur un transat, avec un livre et un peu de musique, face à ma maison et notre jolie vue. Sans conteste, une définition du bonheur…

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Une tenue printanière, ENFIN ! Il était temps, je trépignais d’impatience en regardant mes vêtements d’été attendre dans leurs cartons de pouvoir être ressortis, rangés dans la penderie, et surtout portés !

 

 

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Journal d’écriture #2

marelleLe mois dernier, j’ai lu pour la première fois un roman de Samantha Bailly. J’aime bien les vidéos que propose cette jeune auteure sur Youtube, ainsi que les podcasts dans lesquels elle intervient. Je la trouve toujours claire et pertinente, ses propos sont d’une pédagogie exemplaire, et me donnent toujours très envie de me (re)plonger dans l’écriture. Lorsque je l’écoute, ma motivation se réveille, tout devient limpide dans mon esprit, et je me remets à travailler avec passion et confiance. Inspirante, donc.
Puisque j’apprécie la personne, je trouvais ça normal de vouloir découvrir l’un de ses romans. Même si, je l’avoue, je me méfiais un peu de ses couvertures et titres très « chick-litt » ou, tout du moins, un peu trop dans l’air du temps (à mon goût). Mais mon goût est modelable, fluctuant, en constante évolution. Alors je me suis dit : pourquoi pas, peut-être que son éditeur n’a pas été très inspiré côté « emballage » (titre et couverture, donc) mais cela n’augure pas forcément un contenu de qualité équivalente…

samantha bailly
le site de Samantha Bailly, où retrouver ses vidéos

Si je veux être tout à fait honnête avec vous, je dois donc vous dire : j’aurais dû suivre mon instinct.
J’ai été un peu déçue de ma lecture.
Samantha Bailly est descendue du piédestal sur lequel je l’avais hissée.
Note : Cela n’enlève rien au fait que le travail de la jeune femme concernant les droits des auteurs-illustrateurs, et ses tutoriels toujours bienveillants et positifs, sont admirables. Humainement, je l’apprécie beaucoup et prends toujours du plaisir à l’écouter et à apprendre auprès d’elle. Pour ce qui suit, je ne parlerai donc que de sa facette d’auteure, sans remettre en question ses qualités dans tout un tas d’autres domaines. Ça tombe sous le sens mais je préfère le préciser.
Après lecture de son roman, qui est le dixième ou vingtième qu’elle publie à trente ans à peine (excusez du peu !), je me suis dit qu’on pouvait être une excellente pédagogue et professeure d’écriture, qu’on pouvait détenir un savoir immense sur la narratologie, les concepts de passion et des notions fines de psychologie humaine, qu’on pouvait parler avec éloquence et intelligemment, sans pour autant être une bonne écrivaine. C’est un avis personnel, et un peu dur, je sais. Mais j’ai vraiment du mal à comprendre les choix de certains éditeurs qui n’encouragent ni la qualité, ni l’originalité, et qui privilégient des produits mainstream en quantité. Non, lire Marelle ne m’a pas bouleversée, pourtant en tant qu’auteure amateure j’aimerais soutenir les (jeunes) écrivains français dont je suis contemporaine, mais rien à faire, je ne saurai sans doute jamais manier la langue de bois…
Pourquoi parler de ce roman là, aujourd’hui ? Car, régulièrement, lorsque je lis un livre qui ne m’emballe pas assez pour que je fasse abstraction de ses défauts (ceux que mon filtre de lectrice détectent, et qui n’en seront peut-être pas aux yeux d’autres lecteurs, bien sûr), mentalement je liste tous les écueils dans lesquels tombe le bouquin en question, et les ajoute à ma liste d’erreurs à éviter. C’est un exercice très enrichissant, car la plupart du temps il me permet de mettre en lumière mes propres défauts d’écriture. Par exemple, pour en revenir à Samantha Bailly ; au fil de ses vidéos, on comprend que cette jeune femme, qui écrit depuis des années et des années, n’a aucune problème à produire des histoires et à enchainer les romans. Elle le dit elle-même, elle écrit beaucoup, avec une certaine facilité. En lisant son livre, j’ai remarqué un grand nombre de tournures « toutes faites » qui émaillaient le récit. Et ça m’a gênée, je ne pouvais pas m’empêcher de les relever. Elles étaient, à mon sens, un défaut d’écriture typique de l’écrivain qui lit énormément et produit énormément. Pour moi, cela faisait sens : le processus est fluide chez Samantha Bailly, mais sans doute parce-qu’il résulte d’une longue digestion de tout un tas d’œuvres. Alors oui, il y a du grain à moudre, beaucoup, mais sans gage de qualité. J’ai trouvé les idées pauvres et l’écriture simple.

Et c’est là que j’ai réalisé que…

… j’écrivais comme ça moi aussi, avec facilité, de manière fluide et continue, sans page blanche, sans longue gestation. Et probablement, en utilisant des tonnes de tournures toutes faites que je ne relève même plus dans ma façon d’écrire !
Parfois, on se leurre et on croit que c’est là que réside le talent : dans l’inspiration, l’enthousiasme (au sens antique de « souffle divin », d’élan inspiré par les dieux), le truc qui vient tout seul et semble couler de source.
En réalité, écrire beaucoup et facilement ne doit pas exclure le travail de réécriture, de polissage qui suivra. Et ce dernier sera d’autant plus difficile qu’il y aura beaucoup a corriger, et que ces phrases, belles et toutes faites, ne sautent pas toujours aux yeux lors de la relecture.
C’est grâce à la prise de distance de ma lecture de Marelle que j’ai pu chausser mes lunettes spéciales « tournures de phrases bateaux, trop lues et témoignant d’une pauvreté poétique du langage’ (oui, classe hein, les lunettes ?!) et passer mon propre texte au peigne fin pour en éliminer ces malvenues.

Voici deux ou trois exemples piochés rapidement dans les premières pages de Marelle, sans doute pas les plus parlants, mais bon, ils feront l’affaire :
 » Elle se tourne vers le miroir (…), passe son baume sur ses lèvres d’un geste expert. Sa main se glisse dans son sac à main griffé (…) »
 » Sa personnalité pétrie de contradictions… (…) je descends les marches d’un pas mal assuré (…) Nam me dévisage avec curiosité (…) »
Pour moi, toutes ces tournures de phrases sont tellement rebattues, dommage car on pourrait dire la même chose de mille autres façons, plus personnelles, plus poétiques, vous ne trouvez pas ?

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(un cottage pris en photo lors de notre voyage dans le Yorkshire, ou ce qui se rapproche le plus du lieu inspirant pour moi. Dans mon esprit, une retraite d’écrivain se ferait idéalement ici, non ?…)

Depuis que j’écris « au grand jour », c’est-à-dire depuis que j’en parle autour de moi et que je n’en ai plus honte (je ferai un billet là-dessus, un jour, promis), depuis que mes proches lisent mes nouvelles ou mes ébauches de romans (mais toujours pas mon blog ^-^), mon attitude de lectrice a changé de manière paradoxale : à la fois, je sens qu’être passée de l’autre côté du miroir me fait prendre conscience de beaucoup plus de choses dans les textes que je lis (j’analyse plus facilement le schéma narratif, les personnages stéréotypes, les enchaînements de dialogues, les éléments qu’on ajoute par besoin pour faire avancer l’intrigue… etc…) et à la fois, maintenant que j’ai vécu la difficulté du processus d’écriture, que je sais comme le moindre texte qui peut paraître d’une banalité navrante peut être coûteux en efforts, en temps, en remise en question humaine, je me sens moins légitime à être trop critique envers quelque production littéraire que ce soit.
En gros : mes propos d’aujourd’hui sur Marelle me sont difficiles à assumer, car je me dis que moi-même, en tant qu’apprentie auteure, je ne serai sans doute pas capable de faire aussi bien.
Mais alors quoi ?
Faut-il être condescendant car on ne serait pas capable d’en faire autant ?
Si c’était le cas, un novice en dessin (ou tout simplement : un enfant ) ne pourrait pas donner d’avis négatif sur une œuvre d’art, ou un mélomane qui n’aurait jamais appris le solfège serait privé d’émettre une critique sur une musique qui ne lui plairait pas…? Non, bien sûr, et c’est ce que je me dis pour me rassurer. Lorsque je donne un avis si tranché sur Samantha Bailly, ce n’est ni personnel, ni en tant qu’auteure amateure, mais juste depuis mon humble position de lectrice passionnée (et, astrologiquement parlant, de taureau impulsif qui n’a pas la langue dans sa poche, mais ça aussi, c’est un autre problème ^-^…)

Je sais que je suis une lectrice dure, et très exigeante, j’espère que cela ne vous choque pas. J’imagine que c’est de ça que je parlais lorsque je disais que mes billets « Journal d’écriture » seraient plus intimes que les autres articles du blog. Je ne peux pas édulcorer mon avis, pas sur ce sujet, pas si je veux être la plus honnête possible vis-à-vis de mon avancée dans le processus d’écriture. Sinon, tout cela, les articles, le journal, ne rimerait à rien.

Voici donc mon second « journal d’écriture », transparent mais pas trop virulent je l’espère. S’il vous plait, dites-moi sincèrement ce que vous, vous pensez de tout ça ? Êtes-vous, vous aussi, des juges intransigeants lorsque vous lisez ? Ou, plus compréhensif/ve, cherchez-vous à adoucir votre avis, à trouver autant de qualités que de défauts car vous mesurez l’ampleur du travail nécessaire à l’aboutissement d’un texte.
Si vous écrivez, vous trouvez-vous plus indulgent(e) en tant que lecteur/trice ? Ou au contraire, plus exigeant(e) ?

À très bientôt.