Une éducation

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Avant de devenir maman, j’avais beaucoup lu, des blogs et des livres, afin de me faire une idée des grands principes d’éducation « à la mode » à ce moment là. Ma mère m’a donnée une éducation imprégnée de Dolto mais aussi alourdie du poids de la vieille éducation et des traditions, un mélange un peu explosif de « laisser couler » et d’extrême sévérité. Le combo ne m’a pas vraiment réussie, petite j’étais ingérable, violente, débordée par mes émotions, une véritable tornade. Heureusement, le temps, les rencontres, les études et l’amour de mes parents m’ont permis malgré tout de devenir une personne plus ou moins normale. Un peu borderline parfois, et toujours explosive, mais dans la limite du raisonnable.
Cependant, ce passif m’a pesé, et a créé des traumas ; je ne dis pas que mon enfance, ma famille ou mon éducation sont les seules responsables de tous mes maux d’adulte, (ma passade anorexique par exemple), mais je pense qu’elles sont un facteur déterminant. J’ai consulté une psychologue durant cette année de troubles alimentaires, cela m’avait aidée, puis j’étais (enfin !) tombée enceinte et, bourrée d’hormones, persuadée que j’allais mieux, j’avais arrêté la thérapie.
Tout cela a créé une peur en moi : en devenant maman, j’étais terrorisée à l’idée de transmettre à mon enfant ces énormes valises que je me trainais depuis l’enfance. Ce tempérament de feu que j’avais du mal à maitriser et qui me rendait rarement service. Je voulais l’épargner, mon petit, lui éviter de devenir aussi barjot que sa maman. Je ne me jette pas la pierre. On veut tous, le meilleur pour notre enfant.
Afin de ne pas faire de Little un mini-moi, j’ai appliqué l’exacte inverse de mes parents. Je me suis passionnée pour la pédagogie bienveillante, alternative, pour la Communication Non Violente, les principes de Maria Montessori et de Céline Alvarez. J’ai tout bien potassé, et en bonne élève que je suis j’ai appliqué les choses avec soin, me félicitant d’avoir trouvé une éducation respectueuse de l’enfant, dans la douceur et l’empathie.
J’ai voulu tellement bien faire que… j’ai mal fait ! A trop vouloir protéger mon fils, lui éviter maltraitance ou malveillance, propos blessants d’adulte ou étiquettes, j’ai oublié de lui poser un cadre. Et Robinson, convaincu par mes méthodes pleines de bon sens, et dûment argumentée (par mes lectures et mon expérience d’enfant et d’enseignante) s’est lui aussi laissé dépasser.

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J’ai été rattrapée par mes vieux démons, en quelque sorte ; en effet, l’un des traits de ma personnalité le plus visible, c’est que je suis extrême. Jamais de demi-mesure. Ma mère me dit entière, c’est un adjectif plus doux pour nommer une réalité assez brute. Je suis soit tout soit rien, soit blanc soit noir. J’ai voulu me démarquer de mon enfance au point de devenir extrême dans mes choix éducatifs. Moi qui suis une enseignante avec de l’autorité et qui n’ai jamais eu de problème à tenir mes élèves, je me suis retrouvée complétement dépassée par mon fils. Je n’ai pas su lui poser le cadre nécessaire, j’ai cru que l’aimer et tenter de le comprendre dans toutes les situations étaient des garanties d’une bonne éducation, et d’un développement harmonieux. Or, nous nous sommes retrouvés face à un petit garçon qui s’est mis à partir en vrille de plus en plus fréquemment, et plus nous cherchions à comprendre et expliquer ces « crises », moins nous l’aidions, finalement.

Je l’ai rapidement évoqué par ici, la rentrée en petite section ne s’est pas tout à fait bien passer pour Little. Pour être plus exacte, tout se passe bien dans sa classe, avec sa maitresse, etc… mais les choses ont été plus délicates chez sa nounou. Little est devenu agressif, hors de contrôle, sa nounou n’a pas su s’imposer face à lui et elle s’est laissée complétement dépassée par la situation.
A la maison, les affrontements ont été de plus en plus fréquents : là où, avant, Little pouvait nous sembler très vif et plein d’énergie, nous avons constaté que nous étions désormais face à un enfant dépassé par ses émotions, immature et « capricieux » (même si je n’aime pas ce dernier adjectif, car je ne crois pas que les crises des enfants puissent être des caprices… C’est Isabelle Filliozat qui explique cela très bien, si ça vous intéresse).
Bref, nous venons de vivre deux mois intenses, très difficiles, ponctués de crises de larmes, d’abattement, et d’une grosse envie d’abandonner de mon côté. J’ai l’impression d’être la pire mère du monde, et d’avoir fait n’importe quoi. Je me sens un peu perdue, pourtant je sais au fond de moi que j’ai eu raison de ne pas appliquer l’éducation que j’ai moi-même reçue. Je reste persuadée que les fessées, les punitions, le « coin », les étiquettes « tu es méchant, tu es gentil » sont autant d’erreurs graves à ne pas commettre avec des enfants dont le cerveau est en plein développement. Tout ce que j’ai lu à ce sujet, notamment les derniers rapports des recherches en neuro-sciences (ou plus simplement, le livre de Céline Alvarez, Les lois naturelles de l’enfant) me semble d’une logique, d’une évidence implacable. C’est juste moi, et Robinson aussi, qui n’avons pas réussi à trouver l’équilibre au milieu de toutes ces théories. Certaines personnes se fient à leur instinct, et foncent. Ma belle-sœur, qui sera maman dans quelques jours, est de ceux-là. Elle ne se pose pas de question sur l’éducation de sa future petite fille, elle se fait confiance. Je suis admirative. Je ne suis pas comme ça, je n’ai pas confiance en moi, et je crois que ce sera ainsi toute ma vie. J’ai du mal à lâcher prise, à faire confiance à l’avenir, à moi-même, à mon fils. J’ai besoin de contrôler les choses, l’incertitude me fait peur, alors élever un enfant, je ne vous raconte même pas… on avance à tâtons constamment, on essaie un truc, puis un autre, on fait tout et son contraire, on se sent toujours dépassé, et nul. Enfin, dans mon cas.

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Aujourd’hui, il devient urgent d’aider Little à surmonter ces crises, à vaincre son agressivité, à s’apaiser. Je suis allée voir mon médecin, quelqu’un d’exceptionnel en qui j’ai une confiance absolue, qui a toujours su m’écouter et me conseiller sans me brusquer, et en prenant en compte ma sensibilité (végétarisme, méfiance vis-à-vis des médicaments et des vaccins, etc…). Il a vu dans quel état je suis actuellement, il a semblé alerté et m’a envoyée consulter une pédopsychiatre renommée à Lyon, spécialiste de ces situations « de crise ». Il m’a aussi dit de revoir une psychologue. Et puis il m’a dit une phrase qui m’a achevée : « La fenêtre est grande ouverte, votre fils a grimpé sur le rebord, il est prêt à sauter. Maintenant, il faut l’aider. »… Bien sûr, je me suis effondrée. Mais je sais que nous allons faire tout ce qu’il faut pour l’aider, pour redresser la situation, car rien n’est irréversible et contrairement à ce que disait Dolto, tout ne se joue pas avant 3 ans, ou avant 7 ans, mais bien avant 99 ans ! J’ai de l’espoir et j’essaie de remobiliser mon énergie pour que nous allions mieux, car mine de rien, Robinson et moi avons tout pour être heureux : une jolie maison, un grand jardin, un village paisible, un petit garçon mignon et intelligent, une bonne santé, des amis et une famille présents, et puis surtout nous sommes là l’un pour l’autre, toujours aussi complices et d’un soutien sans faille. Et amoureux.

Voilà, je ne sais pas si ce billet tout en transparence vous plaira, car il ne respire pas la joie de vivre ah ah… Et pourtant, c’est dans un état d’esprit assez léger que je l’ai écrit. J’essaie juste de faire un état des lieux de ces dernières semaines, et j’ai envie de conclure sur ce cliché : on a tous des vies comme ça, ni noire ni blanche, des montagnes russes avec des bons moments et des coups durs.
Je n’ai pas envie de faire semblant, ni ici ni dans la vraie vie, je n’en vois pas l’intérêt. Je vais bien, j’ai besoin de reprendre confiance en moi, mais je sais que j’y arriverai. Et si ce billet peut parler à certaines mamans dépassées, comme moi, ou même d’autres personnes qui ressentent ce manque de confiance en elle ou ce besoin de lâcher prise, alors il n’aura pas été inutile.
Passez un bon week-end, nous, nous allons rester tous les trois, boire une coupe de champagne pour fêter la date de notre emménagement dans la maison (c’était il y a un an !), profiter de la cheminée, et passer du temps dehors, entre promenade et jeux au jardin.  Et vous ?
A très vite !

Les images sont toutes extraites du film « Max et les Maximonstres » ou en VO « Where the wild things are », adapté d’un album de jeunesse très connu et qui raconte l’histoire d’un petit garçon qui enchaine les bêtises, se fait punir, et rejoint alors le pays des Maximonstres où il devient roi. C’est poétique et très beau, et tout à fait adapté à mon petit enfant-roi actuel… ^-^

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Notre vie à temps partiel

Cette année, j’ai eu la chance (et je l’ai encore pour les quelques semaines d’école qu’il reste avant les vacances) de travailler à mi-temps. Soit, de ne travailler que du mercredi matin au vendredi midi. Et de pouvoir rester chez moi, avec Little, les lundis et mardis. Alors, outre que je n’ai pas subi la fameuse et hebdomadaire « déprime du dimanche soir », j’ai pu profiter de ces deux jours à la maison pour passer plus de temps avec mon fils – ce qui était le but, n’est-ce pas ?!
Ce mi-temps, il était nécessaire dans notre équilibre familial, et répondait au désir de ne pas mettre trop Little à garder (en crèche, cette année). Mais cela me permettait aussi (et ce dans une vision tout à fait classique et traditionnelle de la famille, je vous l’accorde) d’avoir du temps pour toutes ces tâches du quotidien qui peuvent rapidement submerger un couple si on attend le week-end pour les faire – et surtout, si on doit tout faire le week-end, il devient difficile de passer du temps de qualité avec ses enfants, ou en couple, justement… Bref, les lundis et mardis, je range la maison, je fais un peu de ménage, je boucle mes lessives entamées le week-end, je passe les appels importants et prends le rendez-vous (administratifs, médicaux, livraisons diverses), j’avance dans nos tâches afin que, les trois jours de fin de semaine où Robinson et moi travaillons et où Little va à la crèche, ce ne soit pas trop la spirale infernale du « métro-boulot-dodo ».
J’ai de la chance (enfin, moi, je trouve ça normal, parce-que mon père m’a élevée en me donnant cette image là) car Robinson participe à moitié dans les tâches quotidiennes. Et pourtant, si on suivait vraiment un schéma traditionnel, étant donné que je ne travaille qu’à mi-temps, je devrais accepter de faire plus à la maison. Mais, d’un accord tacite, cette disponibilité que j’ai la chance d’avoir en début de semaine, on a décidé qu’elle devait en grande partie être dédiée à l’éducation de notre fils (l’éducation, dans le sens d’être présent et disponible pour lui, pour l’éveiller, pour jouer avec lui, pour lui proposer des activités en famille).

Aussi, les lundis et mardis, je fais un peu de ménage, de rangement, de courses, mais surtout, je passe du temps avec Little. Je m’occupe de lui, je joue avec lui, on lit, on va faire du vélo, des promenades, du jardinage… Et ces moments, pas toujours réussis, pas toujours « photographiables », ou qui ne ressemblent pas toujours à l’idée que je m’en faisais (parce-que rien, avec un enfant, ne peut être sous contrôle !) sont malgré tout des petits souvenirs que je nous créé, des apprentissages qui le rendent plus autonome, plus « grand », et des partages qui cimentent notre complicité.
Parfois, il y a des journées parfaites. Elles sont extrêmement rares, mais inoubliables. De celles où je ne me sens pas oppressée par un truc à faire (le boulot, le rangement, les rendez-vous…) et où je parviens à me rendre disponible, vraiment disponible, physiquement mais surtout mentalement. De celles où je ne me dis pas « bon, vite, que la sieste arrive et que je puisse avoir un peu de temps rien que pour moi… ». De celles où on ne se fâche pas, Little et moi (eh oui, ça arrive. On a beau prôner une éducation bienveillante, douce et positive, parfois on se frictionne, parfois je crie et gronde, Little est un enfant comme tous les enfants, qui teste les limites, fait des « bêtises » et, parfois, n’en fait qu’à sa tête… et je suis comme toutes les mamans, parfois épuisée, parfois sans patience, et irritable.)
Et puis le reste du temps, ce sont des journées imparfaites, avec des ratages, des moments de flottement, de l’ennui parfois (pour Little), du stress aussi (pour moi), et des choses-qui-ne-vont-pas-comme-on-veut, générant une certaine frustration. Quand on est à temps-partiel, qu’une belle journée libre se profile, on a envie d’en profiter et que tout soit parfait. Mais la réalité n’est jamais aussi prévisible et parfaite. Pourtant, ça donne des journées non moins réussies, mais juste un peu plus fatigantes, et dont le sentiment de satisfaction final est sans doute moins éclatant ^-^

Voici à quoi ressemblent, la plupart du temps, ces deux journées mi-réussies mi-ratées, « hors du temps » dont nous avons la chance de profiter chaque semaine, Little et moi.

 

Nous passons beaucoup de temps dehors

À présent que vous avons la chance inouïe d’avoir un immense jardin dans un village très vallonné, nous en profitons au maximum, quel que soit le temps ! Le matin, on joue un peu à l’intérieur, puis vers 10h on sort. Cache-cache dans le jardin, lancés de Vortex, balançoire dans le grand cèdre, bac à sable… Il y a de quoi faire dans notre jardin, ce qui ne nous empêche pas de le quitter très souvent pour vagabonder à l’extérieur.
Depuis quelques semaines, je sais attacher le porte-vélos sur ma voiture toute seule (grande fierté ^-^) alors j’embarque mon VTC et la draisienne de Little pour que nous allions rouler le long de la Saône dans le village voisin (notre village est vraiment trop pentu pour que Little puisse faire de la draisienne dans la rue, et les trottoirs ne sont pas assez sécurisés. Je préfère les chemins déserts au bord de l’eau, sans voiture et bien plats, pour ses débuts de cycliste).

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Mon petit bolide, sur sa draisienne, rejoignant les berges de la Saône.

Lorsqu’on est n’est pas à vélos, on fait de grandes promenades à pieds. Ce matin, on est carrément allés randonner, dans la forêt d’un village à côté. C’était fabuleux. Nous avons marché 1 heure et demi, fait 4 kilomètres (ce qui me paraît énorme pour un petit garçon de 2 ans trois quarts), sur des chemins de cailloux qui grimpaient secs et dégringolaient tout aussi abruptement. On s’est régalés, même si Little était bien fatigué après cette marche. J’étais fière de lui, j’espère qu’il aimera autant la randonnée que ses parents.

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Mini-Robinson des bois, entre la forêt et les prés.

 

On joue, on joue, on joue…

Little est dans cet âge où il pourrait passer ses journées, entières, à JOUER. Même dans son sommeil, car parfois il parle en dormant, il lui arrive de demander : Tu peux jouer ? (C’est trop, trop mignon… ❤ )
Ses jeux favoris sont les voitures et les Legos. Ses petites voitures sont une vraie passion. Il y joue des heures (fractionnées, bien sûr ^-^). Il a un garage (qui vient de chez Emmaüs, 1 euro…), un morceau de gouttière provenant d’un magasin de bricolage (pour faire office de toboggan de voitures), et un bout de planche en bois, un autre toboggan pour les voitures. Et ça l’occupe énormément. Sauf que, lui, il aime bien quand je joue avec lui, mais moi les voitures, ça ne m’inspire pas ! Autant, j’aime lire des histoires, jouer aux Legos, aux kaplas, etc… mais les voitures, je n’ai jamais su y jouer, même avec mon petit frère quand nous étions petits ! Alors j’ai cherché sur internet (oui oui, il y a des gens qui ont pensé aux parents, comme moi, qui sont à court d’idée quand il s’agit de jouer aux petites voitures avec leurs enfants ^-^) et j’ai trouvé quelques pistes. De toutes façons, Little aime que je lui fasse les mêmes histoires : les voitures de police poursuivent les voitures des « méchants », les arrêtent, mais elles s’enfuient, elles se cachent, on les cherche. Ou alors, on créé de gigantesques embouteillages ou accidents (coucou l’humour morbide des enfants… on en parle ? 😉  )

Ce que je préfère, c’est jouer aux Legos. Enfin, aux Duplos, plutôt, ces gros Legos pour les plus petits. Avec ce jeu, ça marche par phase : on a eu une longue période construction de maison, avec toutes les pièces, les toilettes, la cuisine, la salle de bain… Puis on est passé par une période « manège », on essayait de reproduite un grand carrousel avec tous nos animaux. Il y a eu une petite phase « Parc de la Tête d’or », durant laquelle on construisait un zoo, un jardin botanique, une mare aux canards… Une longue (trop longue) période construction de garages de voitures (les voitures, toujours…) et en ce moment, c’est passion lavage-auto. On s’éclate bien. Dernièrement, j’ai décidé d’agrémenter mon complexe lavage-auto d’une cafétéria pour que nos petits bonshommes Duplos puissent boire un café pendant que leur voiture se fait laver. On a aussi ajouter un camion-marchand de glaces, car il y a un glacier dans un des livres qu’on lit, et que Little aime beaucoup les glaces (évidemment…). Voyez, je m’amuse beaucoup, avec les Duplos… ^-^

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Les Duplos en action : notre magnifique lave-auto (on entre par la barrière à droite, puis on passe sous la cafétéria…)

On vit et on partage « local » :

Vivre à la campagne, dans un village, résulte bien sûr de notre volonté de plus de calme et de nature, de plus d’espace et d’un désir de ralentir. Mais autre chose m’attirait aussi dans le concept : la vie en communauté. Faire partie d’un village, c’est avoir la possibilité de s’y investir, de connaître tous ces voisins, d’échanger avec eux, de donner un peu de son temps aussi pour faire vivre l’endroit où l’on vit. Je ne désire pas forcément connaître tout le monde (et encore moins être connue de tous mes voisins!) mais j’aime ce côté « proximité » et « communauté » qui donne un sens à notre exil urbain. J’ai envie de m’investir dans la vie locale, ici dans nos villages, je me sens plus citoyenne, plus actrice éco-citoyenne, qu’avant. Et bien sûr, j’essaie de communiquer ces enjeux à mon petit garçon, car ce sont des choses qui ne s’apprennent pas dans des livres ni à la télé, mais bien en les vivant, en les expérimentant directement.
Je suis bénévole pour la bibliothèque, et nous y passons aussi régulièrement Little et moi, pour y emprunter quinze livres pour lui. Little adore les livres et je nourris ardemment sa passion en lui donnant la possibilité de lire de tout et beaucoup. Aller à la bibliothèque municipale lui permet aussi de rencontrer mes « collègues » bénévoles, de fréquenter des lieux culturels très différents de la grande médiathèque de Lyon ou des librairies où je l’emmène souvent. J’espère pouvoir un jour dégager plus de temps encore, pour m’investir dans une seconde association et lui montrer que, donner du temps, pour les autres, apporte du sens et rend heureux.
Un autre rituel de nos journées « off » consiste à nous rendre chez Ben, un maraîcher rencontré au marché des quais à Lyon, et qui nous a fourni pendant quatre ou cinq ans tous nos légumes hebdomadaires. Lorsque nous avons déménagé et que j’ai su que son exploitation était à quelques kilomètres de notre village, je lui ai demandé si nous pourrions, désormais, venir directement chez lui pour nous ravitailler. Et il a accepté.
Et c’est encore mieux que ce que j’espérais ! Ben est un cultivateur plutôt bio/naturel, il a de grandes serres et quelques bêtes au milieu de nulle part. Y aller est, chaque mardi, un grand moment. Little entre tout seul dans la basse cour, pénètre dans le poulailler, se faire suivre par l’énorme dindon qui l’adore, va saluer le cochon, cherche les poussins, ramasse les œufs. Et puis surtout, il eut s’adonner à une autre de ses passions : les TRACTEURS. Et Ben s’en donne à cœur joie : il montre à Little toutes ses machines, le fait grimper sur les tracteurs, lui donne des carottes fraîchement cueillies et lavées que mon fils croque allègrement, avec la peau ! Ben nous fait toujours visiter les serres, nous montre la progression des plantations, il m’explique plein de choses que j’essaie de remettre en pratique ensuite dans mon potager. Il m’a donné les graines des radis que j’ai semés et récoltés (et mangés !), des pieds de salades… Au fur et à mesure de nos visites dans son exploitation, c’est devenu un copain. On y reste toujours trois quarts d’heure, environ, je bavarde, je regarde émerveillée, Little patauge dans les flaques de boue et traîne avec son ami le dindon. C’est un moment hyper simple, mais génial, dont on ressort toujours très heureux (et surtout, alourdis de plusieurs kilos de légumes de saison). Je ne vous dirai pas, en plus, que les légumes de Ben sont une tuerie gustative, que ses épinards sont les meilleurs que j’ai jamais mangés, que ses carottes sont douces et sucrées, que ses tomates sont les meilleures du marché et que, chaque samedi et dimanche, c’est devant son stand qu’il y a la plus longue file d’attente du marché ^-^

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Little devant les serres, chez Ben

Tous les trois (fin de semaine)

Après ces deux jours parfois merveilleux parfois intenses, il est temps de retourner travailler, pour moi, et de retrouver les copains de la crèche, pour Little. Généralement, lui est assez content d’alterner entre ces moments en famille et ces trois petites journées en collectivité avec des enfants de son âge. Je trouve que c’est plutôt bien équilibré, il partage beaucoup avec nous, ses parents, mais a aussi des contacts avec des petits, et apprend les contraintes, les joies et les difficultés de la vie en groupe. Ce sont comme des respirations, ces temps hors de chez nous, avec d’autres personnes. Ça nous permet de reprendre un peu d’énergie, de souffle, pour savourer à nouveau la vie de famille trois jours plus tard.
Lorsqu’on se retrouve tous les trois le vendredi, on a notre rituel : l’apéro en famille. Grenadine pour Little, bière ou vin pour nous, quelques olives et, depuis le retour des beaux jours, coucher de soleil depuis notre terrasse. On met de la musique et on se pose un peu, après la tornade des trois jours d’allers-retours à Lyon, de levers aux aurores, d’embouteillages, de réunions, de bruit…

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Depuis notre terrasse, le coucher de soleil sur les Monts du Beaujolais. Peut-on un jour se lasser de cette vue…?

Le week-end file, et ce sont les mêmes activités qu’on refait à trois cette fois : balades, jardinage, Duplos, voitures… Lorsqu’on veut des moments plus tranquilles, on sort les puzzles (j’adore faire des puzzles avec Little. On est très concentrés, et quelle satisfaction quand on termine !), ou alors la pâte à modeler et alors on organise un goûter pour les doudous : gâteaux orange, fruits bleus turquoise, saucisses jaunes fluos… Ça permet à Little de muscler ses petits doigts, et toutes les sensations tactiles induites par la manipulation de la pâte à modeler sont utiles à la maturation de son cerveau (cf les travaux de Maria Montessori). Et puis, malaxer, couper, étirer… ça détend, aussi !
J’essaie aussi de proposer au moins une fois par semaine, une activité d’arts plastiques, dessin ou peinture (parfois argile). Ça demande plus d’organisation (et c’est plus « risqué ») mais c’est indispensable pour compléter cet éveil que l’on souhaite pour Little. Les feutres et les crayons ne doivent pas être l’apanage de la crèche/l’école, selon moi. Et la créativité des enfants a besoin d’être stimulée, encouragée, dédramatisée. Quoi de mieux qu’une grande feuille recouvrant la table, des outils de toutes les couleurs et textures (craies grasses, feutres, gros et petits crayons de couleur, aquarelle, pastels…), quelques gommettes aussi, pour passer un bon moment, relativement calme, en famille ?

 

Encore du vélo…

Lorsque Robinson est là, nous profitons de son super VTT et de ses muscles (!) (n’oubliez pas que notre village est trop pentu pour que je puisse faire du vélo avec Little dans le porte bébé sur le porte-bagage…) pour faire du vélo tous ensemble dans le village. C’était une activité que j’adorais lorsque j’étais enfant : les soirs de printemps et d’été, vers 18 heures ou 19 heures, partir faire le tour du village en vélo, avec mon frère et mes parents. Les odeurs, les couleurs des soirs chauds sont incomparables à tout le reste. Pédaler le nez au vent, au milieu des champs de blé et de maïs, sentir les premiers barbecues qu’on allume, la pelouse fraîchement tondue, voir les piscines scintiller sous le soleil déclinant, entendre les bruits de la vie des gens, contents d’être en week-ends, détendus, profitant de ces belles soirées chaudes et douces… Little bien accroché dans le porte bébé sur le vélo de Robinson, et moi pédalant derrière eux, on file sur les petites routes désertes, on découvre notre campagne, et je suis projetée vingt-cinq ans en arrière, dans mon village d’enfance, sur ma bicyclette jaune…

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Robinson et Little pédalant devant moi, au milieu des champs sur une route du village.

Voilà, un billet encore une fois bien long (mais que je suis bavarde ! ) pour vous raconter ma vie, enfin, notre vie. Je crois qu’aussi, quelque part, c’était pour l’écrire et m’en souvenir. Ces moments passent vite, l’année scolaire est presque finie, et l’année prochaine je reprendrai à temps plein et Little ira à l’école. Nous n’aurons plus ces parenthèse des lundis et mardis mère-fils. Nous ferons sans doute toujours des Duplos, des randos et du vélo, mais tout sera concentré le week-end, et aura forcément, moins le goût de la slow life qui me plaît tant cette année. Mais je me sens déjà très chanceuse d’avoir eu ces temps partiels depuis sa naissance. D’avoir pu profiter de lui, comme ça.

A bientôt, au plaisir de lire vos réactions sur ce billet, comme d’habitude. Merci encore de passer par ici !

PS : j’ai tout à fait conscience que pouvoir travailler à mi-temps est un luxe, financièrement parlant. Je sais que ce n’est pas une opportunité donnée à tout le monde, et, même si je n’en parle pas plus dans ce billet, sachez que cette organisation de travail n’est possible pour nous que parce-que nous avons accepté de faire, par ailleurs, certains sacrifices. Sinon, financièrement, c’était impossible. Et malgré ces sacrifices, c’est une situation tout de même assez exigeante et contraignante financièrement, qui ne serait pas viable pour nous si elle devait se prolonger l’année prochaine. Nous avions l’opportunité de le faire cette année, nous l’avons fait, mais impossible pour nous de reconduire ce temps partiel une année supplémentaire, pour l’instant. Je tenais à être transparente sur ce point, car même si je suis bien consciente d’avoir cette chance, je n’ai pas écrit ce billet pour m’en vanter, ou le revendiquer comme étant le meilleur fonctionnement existant, ou quelque chose de ce genre, car je sais que c’est un luxe parfois impossible pour certaines familles et ce serait manquer de tact que de prôner ce mode de vie au détriment des autres organisations familiales que chacun peut trouver pour son foyer.

NB : toutes les photos de ce billet sont privées, non libres de droits, merci de ne pas les utiliser sans mon autorisation.