Mon école

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Atelier de grammaire Montessori : manipulation des formes de grammaire, jeu auto-correctif.

Le sujet de l’éducation revient régulièrement dans mes billets, j’en ai bien conscience, et j’ai d’ailleurs eu un certain nombre de questions à ce sujet. Après mon billet sur le pourquoi je ne veux pas scolariser mon fils (mais je le scolariserai tout de même car je n’ai pas, malheureusement, les moyens financiers pour faire l’IEF – et parce que Robinson n’est pas d’accord avec cette idée d’école à la maison, aussi), voici un petit (ah ah, petit… genre. Il va être beaucoup trop long, comme d’habitude) article sur ma classe, ou comment j’essaie d’appliquer mes principes pédagogiques au carcan parfois trop rigide de l’Éducation Nationale.

Multi-niveaux

À chaque réunion de répartition (celle où l’on décide du paysage de nos futures classes, où on se répartit le niveau et les élèves), je me BATS pour, au mieux faire uniquement des classes à niveaux multiples, au moins obtenir une classe avec un double-niveau. Dans mon idéal, tous les collègues travailleraient en niveau double ou triple, et pas forcément avec des classes d’âge qui se suivraient. J’ai vu, dans plusieurs écoles (en REP, notamment), des classes de CP-CM2 qui fonctionnaient merveilleusement bien. Les études actuelles le montrent : les enfants ont besoin d’être brassés avec des enfants d’âges différents. Comme je l’avais déjà dit dans mon billet sur l’IEF, nous-mêmes adultes, ne nous contentons pas de fréquenter des gens qui auraient uniquement notre âge, nous avons des amis plus jeunes, plus vieux, et cela apporte une véritable richesse dans nos échanges.
J’aime les classes à niveaux multiples car:
– je ne m’ennuie pas (j’ai le syndrome Carrie Mathison, j’ai besoin d’être en ébullition constamment, sinon, je tourne en rond et suis malheureuse comme une pierre)
– on est OBLIGÉS de différencier, c’est-à-dire de réflechir à une compétence développée dans plusieurs niveaux de difficultés, et cela est une richesse pour les élèves qui ont des difficultés MAIS AUSSI pour les élèves qui se baladent dans leur niveau et s’ennuient vite. Qu’un enfant de CP puisse, selon ses envies et réussites ou besoins, refaire un travail de Grande Section ou passer à une compétence de CE1, est pour moi juste INDISPENSABLE.
– une réelle entraide se met en place entre les élèves, le tutorat est aussi bénéfique pour celui qui a besoin d’aide que pour celui qui aide, voire même PLUS bénéfique pour le tuteur, car on n’apprend jamais mieux que lorsqu’on reformule une consigne ou qu’on essaie d’expliquer une compétence qu’on a soi-même comprise.
– il y a beaucoup moins de tensions entre les élèves que dans une classe où TOUS ont le même âge, et où ça tourne vite en rond. Prenons un exemple concret : cette année, j’ai une classe de CE1-CE2. Parmi mes CE1, il y  a un élève vraiment difficile, pénible, désagréable avec les autres, il a toujours le mot blessant, l’attitude méprisante, bref, vous voyez le portrait. Cet élève, typiquement, serait un véritable « parasite » (désolée si le mot vous choque, c’est juste une image) dans une classe de CE1 uniquement. Il prendrait toute la place, serait odieux avec tout le monde et s’approprierait le rôle du vilain petit canard, ce qui serait terriblement néfaste pour lui et pour la suite de sa scolarité. Or, dans ma classe actuelle, cet enfant côtoie des « plus grands », et il se permet donc beaucoup moins de choses. Il est pénible, oui, mais il ne joue pas la carte du « bad boy » à fond comme il le ferait avec des enfants uniquement de son âge. Le fait d’être avec des grands, des CE2, lui donne aussi envie d’être respecté par eux, de faire partie de leur bande, et donc de se montrer (parfois) digne de ces « grands ». Alors il fait parfois des efforts, et il se fait moins « vilain petit canard ». Des fois, il sait se faire oublier, ou même mieux, essayer de participer et d’être agréable (rarement, mais assez pour que l’effort ne passe pas inaperçu !). Bon, j’essaie de vous replacer tout cela dans ce que j’imagine de la mythologie mentale de ce petit garçon. En réalité je me plante peut-être complètement.

J’enseigne depuis sept ans (ou huit ? je ne sais plus), c’est peu, certes, mais ça m’a permis d’expérimenter les niveaux simples et multiples, et indéniablement, je trouve le niveau multiple plus riche, plus innovant, et plus apaisant pour les élèves.

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Les ateliers en libre-service

Ateliers et manipulation

Peut-être que mes premières années en maternelle m’ont appris à me détacher du sacro-saint combo « papier-crayon » car je ne suis pas du tout une adepte de la tradition en la matière. Des fiches d’exercices ? Beurk… Qu’on soit en grande section ou en CM1, pour moi, les apprentissages se font par la manipulation, l’expérimentation, le concret, et non par une fiche de préparation suivant le monotone déroulement : « découverte de la notion, exercices, leçon, évaluation ». C’est un point de vue personnel, discutable, qui ne plait pas toujours. Heureusement, pour l’instant, je n’ai pas eu de plaintes de parents ^-^ Parfois, certains me demandent un peu inquiets : « euh, vous les évaluez bien tous les trimestre, hein ? Il y aura un bulletin, et on pourra voir les fiches corrigées ? ». Je prends toujours beaucoup de temps en début d’année pour expliquer ma démarche. Généralement, cela plaît aux parents d’aujourd’hui, qu’on soit dans une école de bobos (comme la mienne actuellement) où les parents sont friands de pédagogie alternative et d’école ouverte, ou qu’on soit dans une REP (comme mes dernières années) où les parents veulent à tout prix éviter l’échec social à leurs enfants, et se fichent des programmes comme de l’an 40, tant que leur gamin se sent bien à l’école et ne se retrouve pas en décrochage scolaire. En fait, j’ai l’impression que tous les parents, ou presque, veulent la même chose pour leur enfant : le bien-être, le bonheur à l’école. Après, chacun l’adapte comme il veut ou peut. Personnellement, ma vision du bonheur et du bien-être ne passe pas par la réussite à tout prix et la concurrence (personnellement, j’ai très mal vécu mon année de concours, notamment). Quand je pense à Little, et à l’école que je souhaite pour lui, il s’agit d’une école libre, ouverte sur l’extérieur, où les enfants joueraient toute la journée, et apprendraient par la rencontre fortuite de leur curiosité et d’une question de la vie. « Tiens, la graine a germé ? Comment ça marche ! Je veux comprendre ! » ou bien  » Mais pourquoi faut-il dire Je veux que tu viennes et non Je veux que tu viens ?  » des questions qui émergeraient d’eux mêmes, sans fausse mise en scène pour les amener pile poil au moment où ça correspondrait au programme. Le livre de Céline Alvarez est passionnant sur ce sujet. LA curiosité des enfants est incommensurable, un puits sans fond, un moteur infatigable, qui rend tous les apprentissages possibles, même les plus complexes.

Le jeu, la manipulation, les ateliers autonomes permettent à tous les enfants d’être actifs, sur des compétences diverses et variées qui correspondent, ou non, aux programmes de leur tranche d’âge. Dans ma classe, mes élèves peuvent faire des Legos Technics très difficiles, des batailles de cartes sur les durées, reconstituer des frises historiques détaillées ou simplifiées, copier des poèmes qu’ils aiment, créer des lapbooks sur un sujet de leur choix, s’entrainer à conjuguer grâce à des jeux auto-correctifs, fabriquer des volumes à partir de plaques de construction emboîtables… Pour l’instant, je n’ai pas poussé ma démarche à fond comme je le souhaiterais, car je suis à mi-temps et partage ma classe avec une collègue à qui je ne peux pas imposer mon fonctionnement. Dans l’idéal, j’aimerais que nos journées se déroulent exactement comme C. Alvarez les décrit : les élèves manipuleraient en autonomie, tout le temps, et on ferait de longues pauses à l’extérieur pour développer la motricité et dépenser leur énergie. Pendant les temps de manipulation, je passerais parmi les élèves, regarderais ce qu’ils font, réussissent ou non, évaluerais tout cela de manière détachée, dédramatisée. Cela prendrait du temps mais c’est la meilleure façon, à mes yeux, de voir les progrès des enfants sans formaliser ce temps d’évaluation. Je me souviens de mes propres « contrôles » qui certifiait qu’à un moment T je savais faire ci ou ça. Oui, sur le moment, je savais, mais j’oubliais aussitôt le contrôle terminé et ma bonne note obtenue !! C’est pourquoi j’ai toujours bien réussi mes études tout en laissant grandir en moi ce sentiment de ne rien comprendre et de ne pas retenir grand-chose ! Aucun lien ne se faisait dans mon esprit, dans mes connaissances. J’apprenais, bêtement, et recrachais tout le jour J, bien comme il fallait. Ce système me paraît tellement absurde. Permettre aux enfants de faire et refaire cinquante fois un atelier, de le laisser s’ancrer en lui, de lui donner la possibilité d’être évalué plusieurs fois sur une même compétence, me semble bien moins illogique.

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Les ateliers de maths à gauche, de français à droite.

Travailler en ateliers de manipulation demande beaucoup, beaucoup de préparation, mais ce travail en amont permet aussi d’avoir beaucoup, beaucoup moins de corrections le soir ! Je passe toujours énormément de temps en début d’année à créer mes ateliers, imprimer, plastifier, découper, et dépense aussi beaucoup d’argent pour acheter de beaux jeux du commerce (type Montessori). Puis à chaque période de petites vacances, même chose, je créé de nouveaux ateliers. Mais le reste du temps, je suis plus tranquille. J’ai peu de corrections, (les dictées, tout de même…) et je peux prendre plus de temps pour réfléchir à des projets qui me portent : projet poésie, projet Histoire, projet théâtre… car comme je l’ai dit, je ne fonctionne pas non plus à 100% en ateliers, j’ai donc aussi des temps de classe plus traditionnels.
En gros, mon fonctionnement est le suivant :  je travaille avec des groupes de besoin, tous niveaux confondus. Je prends le 1er groupe en atelier dirigé pour découvrir  une notion (orthographe, maths…), pendant ce temps un 2ème groupe est en ateliers autonomes, et un troisième travaille de manière plus « traditionnelle », sur de la lecture, de l’expression écrite, ou des petits calculs en lien avec la notion étudiée. Puis, je fais une rotation, afin de voir tous les groupes en atelier dirigé, durant lequel j’adapte le contenu en fonction des besoins. C’est plus individualisé que de faire classe en grand groupe, mais moins individualisé que de prendre chaque élève un par un comme le préconise Alvarez en maternelle. Bon, il faut dire que le contenu des programmes est un peu plus lourd en cycle 2, aussi…

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Coin sciences dans ma classe

Les programmes officiels

Je les suis en pointillés. Mon but n’est pas que mes élèves soient en échec l’an prochain quand ils changeront de classe, d’enseignant et de méthode. Mon objectif est qu’ils soient adaptables, autonomes, et curieux (et bien sûr, heureux !). Je ne m’affole pas avec les programmes. Il y a des choses qui me semblent en parfait décalage parfois, comme le fait de devoir enseigner une grammaire très poussée alors que les élèves ont 8 ans et parfois ne maîtrisent pas bien la lecture, et l’encodage (écriture de mots). À quoi bon ? Qu’on ne me dise pas que la grammaire permet de mieux maîtriser la langue française. Je n’y crois pas une seconde. C’est le cas lorsqu’on maîtrise DÉJÀ la langue ! Pas quand on galère à avoir une syntaxe correcte et qu’on a un vocabulaire pauvre. Encore une fois, je peux parler de mon expérience personnelle en tant qu’élève : j’ai toujours été très bonne en français, je n’ai jamais fait beaucoup d’erreurs (orthographe, grammaire, conjugaison) et pourtant je n’ai JAMAIS RIEN COMPRIS à la grammaire française qui est, à mes yeux, une torture. C’est la lecture qui m’a permis de maîtriser la langue française, je lisais énormément et les règles de grammaire, d’orthographe, se sont imprimées en moi. De la même manière que j’ai appris l’anglais en vivant en Irlande et en baignant dans la langue, alors qu’auparavant toutes mes leçons théoriques de grammaire anglaise n’avaient jamais rien donné ! Bref, je m’égare… mais vous voyez où je veux en venir. Je me permets de prendre dans les programmes ce qui me paraît justifié et utile, et, oui, je l’assume et accepte qu’on puisse me le reprocher. Cette attitude n’est pas du tout recommandée par l’Éducation Nationale, mais en même temps j’ai la conviction que l’EN ne sait pas toujours ce qu’il faut faire et ce qui est bon pour les élèves aujourd’hui (les pontes décisionnaires ont tellement peu d’expérience du terrain…). Je suis persuadée que c’est le terrain qui fera bouger les pontes, et non le contraire. Alors je fais ma petite popote en me posant beaucoup de questions et avec la conviction de ne pas mal agir.

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Atelier d’histoire : la frise historique à reconstituer (événements, dates, titres, personnages importants…)

Les notes

Je ne note pas mes élèves. Les notes sont intéressantes et peut-être stimulantes pour les bons élèves, mais elles ne leur apportent rien cependant, tandis qu’elles sont néfastes pour les élèves plus faibles. Alors je ne vois pas vraiment quel est leur intérêt… Parfois, mes élèves ont un pourcentage de réussite, afin de se positionner par rapport à leur évolution. Exemple, en dictée : un élève peut avoir 87% de réussite une semaine, et la suivante 90%, et il sait alors qu’il a progressé. C’est un repère par rapport à lui-même, à son travail qui évolue.
Sinon, la plupart du temps, quand je dois évaluer les compétences, je note celles qui sont acquises, et je précise celles qui sont à renforcer, à revoir, en renvoyant directement à la page dédiée du cahier de leçons.

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Atelier de maths : grandeurs et mesures (la balance)

Culture humaniste

C’est un élément très important dans mon enseignement. À mes yeux, la Culture est une richesse que tous les enfants devraient recevoir à parts égales, et pas seulement ceux qui savent déjà bien lire, écrire, compter, ceux qui maîtrisent les bases quoi. En REP, j’avais monté un projet d’arts pour mes élèves les plus en difficulté : on écoutait de l’opéra, on observait des tableaux, on peignait, on modelait de l’argile, on allait au musée. C’était un renforcement pour ses « petits » élèves.
J’adore les arts et les enseigner : peinture, musique, photos, littérature, poésie… Dans ma classe, on fait beaucoup de danse, de théâtre, de lectures offertes, d’Histoire de l’art, de théâtre. Ça permet aussi aux élèves moins « scolaires » de se retrouver dans autre chose, de se révéler parfois. J’ai un élève assez difficile, un petit mec rude et brutal, qui m’a scotchée lors de notre cycle poétique de six semaines. Sa diction, sa finesse d’élocution, sa sensibilité se sont révélées lors de lectures offertes de poésie, ou d’écriture poétique. C’était magique, émouvant. Les arts sont essentiels car ils sont, d’une certaine façon, inutiles aujourd’hui, dans une société où tout se mesure, s’évalue, fait profit. Les études artistiques aboutissent rarement à un métier, comparées aux écoles de commerce qui enseignent comment bien vendre un produit et faire du profit. C’est dommage qu’on soit parfois si concentré sur les mathématiques qu’on en oublie à quel point un roman ou un tableau peuvent changer une vie. Je choisis souvent de faire des choses complexes, difficiles d’accès avec mes élèves, je leur choisis des livres pour les plus âgés, je leur montre des tableaux indéchiffrables, je leur parle de courants artistiques alambiqués (j’adore évoquer les Surréalistes avec eux, par exemple, et évidemment ils adorent!), je leur donne l’étymologie grecque ou latine de mots compliqués, et ils accrochent, ils en redemandent, ils s’ouvrent et attrapent toutes ces lianes pour grimper encore plus haut. C’est fantastique. Par exemple, on a lu Roald Dahl toute l’année, et pourtant ses livres sont très difficiles pour des CE1. Eh bien, après deux mois à étudier quotidiennement Roald Dahl, presque tous les élèves s’étaient achetés, sans que je leur demande bien sûr, un exemplaire d’un roman de cet auteur, et je les voyais plongés dans ces énormes livres à chaque moment libre de leur journée. Même les plus faibles, les CE1 qui entrent à peine dans la lecture et pour qui lire cinq lignes est laborieux, même eux avaient le nez dans les trois cents pages de Sacrées Sorcières, ou de Charlie et la Chocolaterie. Incroyable. C’est un exemple parmi tant d’autres, je pourrais vous en raconter plein, comment mes élèves déclamaient des poèmes dans la cour de récréation plutôt que d’aller jouer au foot, comment ils se sont passionnés pour Victor Hugo (qui est tout de même assez difficile pour de si jeunes enfants, même si certains de ses poèmes sont abordables), comment la Danse Macabre de Saint-Saëns n’a plus de secret pour eux…
Bref, l’art, l’art, l’art, ne doit pas être une pincée de sel sur le reste, mais bien l’ingrédient principal d’où tout part car les enfants sont incroyablement perméables à cela !

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Atelier de géographie : les continents (cartes de nomenclature Montessori)

Et voilà, je vous avais dit que mon billet serait court ah ah… Je ne sais pas s’il est très utile ni même intéressant, surtout pour des personnes qui ne travailleraient pas dans l’Éducation Nationale. Je voulais surtout montrer qu’il existe des alternatives aux pédagogies traditionnelles (et encore, je ne vous ai pas parlé de nos conseils de classe et de tous les ingrédients de la pédagogie Freinet qu’on utilise dans la classe…) et que, le plus important, est de prendre en considération tous les enfants, pas seulement les meilleurs bien sûr, mais pas non plus seulement les plus faibles, car les bons élèves qui s’ennuient en classe sont aussi un problème que l’on doit prendre en compte. Bref, je serais ravie d’avoir vos avis sur tout ça, que vous enseigniez ou non, que vous soyez parents d’élèves ou non, l’éducation des futurs citoyens est l’affaire de tous et nous avons tous notre mot à dire, n’est-ce pas ? En tous cas, une chose est sûre, il n’est jamais inutile de se poser des questions à ce sujet !

A bientôt !

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Atelier de géographie : les pays d’Europe (cartes de nomenclature)

 

NB : les photos de cet article sont toutes privées et non libres de droits.

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Les marronniers #2

Je m’étais arrêtée un peu brusquement dans mon précédent article concernant l’école. Il commençait à être long et je n’avais plus assez de temps, je m’étais alors dit que la solution était peut-être de le couper en deux pour ne pas trop alourdir mon propos.

Me voici donc de retour avec la suite!

Tout d’abord, vous avez été nombreux/ses (et cela m’a beaucoup et agréablement étonnée) à me demander les références du livre dont je vous parlais et qui a été un déclic pour moi. Le voici :une-ecole-differente-pour-mon-enfant-viaud

L’ouvrage est très simple à lire, clair, et conçu à l’origine pour les familles, donc vierge de tout terme trop technique ou de jargon de l’Education Nationale. Une lecture digeste, en somme. Je la conseillerais à TOUT LE MONDE, car elle nous apprend beaucoup sur notre société actuelle, et sur les nouvelles familles/éducations d’aujourd’hui. Certains passages ont même apporté un éclairage nouveau sur mon enfance, et je ne m’attendais pas du tout à réaliser certaines choses si brutalement à la lecture de ce simple bouquin. Bref, tout ça pour dire que, me plonger là dedans a été comme une révélation pour moi, tant au niveau professionnel que personnel.

Ensuite, si le sujet des pédagogies dites « alternatives » vous intéresse, vous pouvez commencer par lire cet article assez clair et simple : ici. Ce qui est rigolo, c’est que c’est une de mes meilleures amies qui m’a envoyée ce lien, après qu’on ait discuté pendant des heures de tout ça, de ce « tournant » dans ma manière de voir et de faire mon métier. Mais elle, elle n’est pas du tout instit! Et pourtant, elle a été emballée par les idées, les conceptions de ces pédagogies alternatives qui portent un regard bien plus bienveillant sur TOUS les acteurs de l’éducation : enseignants, parents, et enfants. Alors dès qu’elle lit un article à ce sujet, hop elle fait un mail à ses amis et nous transfèrent le lien. Elle en parle autour d’elle, aussi, et notamment à des copains journalistes, car elle aimerait voir le sujet un peu plus présenté « au grand jour ». Ca me rend heureuse, ce genre d’initiative. Je me dis qu’il y a encore pas mal de gens qui veulent croire et qui se bougent pour faire avancer les choses, même en étant en dehors de l’Education Nationale, même en n’étant pas parent.

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Pour ce qui est de ma rentrée, à proprement parler, je dois dire que j’ai très peu de temps pour moi, pour le blog ou pour Robinson, et que je ne compte pas mes heures de préparation de classe, d’attente à la photocopieuse, de veille sur les blogs de maîtresses d’école, de découpage/collage/affichage…

J’ai eu la chance d’obtenir enfin un poste à titre définitif, donc ça y est, j’ai MON école, celle où je vais (sans doute) rester plusieurs années. Ce qui est génial, c’est qu’elle est à côté de chez moi, en ville, et que j’ai le niveau dont je rêvais (enfin, presque). J’avais très envie de me lancer dans le CP, l’apprentissage de la lecture est un peu mon dada (professionnellement parlant, je veux dire. En vrai, j’ai d’autres passions…. ^-^). Mais c’est une grande école, 8 classes de maternelle et 11 classes d’élémentaire. Aussi, j’ai hérité du double niveau CP-CE1 (je me suis proposée, ça ne m’embêtais pas plus que ça). J’aime aussi beaucoup le CE1. C’est juste que le double niveau demande, forcément, le double de boulot. Il faut préparer une journée classe comme si on allait en faire deux. Et c’est CHRONOPHAGE. Mais je dois l’admettre, j’aime ça. Même si je connais de gros moments de doute et de rejet, ces derniers temps. Même si je rêve d’arrêter de travailler, même si je n’en peux plus des parents angoissés ou agressifs et des gamins perdus / découragés / manquant de confiance en eux.

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J’ai essayé d’aménager ma classe comme un cocon douillet et coloré (les pauvres choupinous sortent de 3 ans de maternelle, et on leur met biiiiieeeeen la pression avec le CP, alors un peu de douceur et une ambiance rassurante ne leur font pas de mal). Je rêvais d’un coin bibliothèque confortable, comme un nid, un endroit qui leur donne l’amour des livres, le plaisir de la lecture, comme j’ai pu le connaître moi-même très jeune. Vous le savez, les livres sont une de mes passions, et s’il y a bien une chose qu’un enseignant peut transmettre spontanément, c’est ce qu’il aime. Alors je mise beaucoup là dessus. Je me dis qu’un enfant qui aime les livres, même s’il n’est pas scolaire, même s’il est « nul en maths » (story of my life), s’en sortira toujours. Et puis, dans le quartier où je bosse, l’environnement familial de mes élèves n’est pas toujours des plus sereins. Il y a des familles top, comme il y a des contextes difficiles et malsains. Lire peut représenter un refuge pour les enfants qui vivent cela ; se plonger dans un beau livre, dans une belle histoire, peut être tellement réconfortant…

Alors j’ai accroché des guirlandes de fanions, apporté une chauffeuse de mon salon, acheté avec mes propres deniers des petits meubles de rangement, une plante verte et un joli pot, de belles boîtes colorées, et quelques albums que j’aime particulièrement. J’ai dépoussiéré des tonnes de livres, étagères et autres objets qui traînaient déjà dans la classe, pendant trois jours j’ai agencé, déplacé, repensé, porté et assemblé, et surtout respiré beaucoup de poussière. A la rentrée, ma classe brillait comme un sou neuf, et étincelait de couleurs vives. J’étais contente! J’ai pris ces photos fin août, depuis j’ai progressivement punaisé de grands affichages colorés, j’ai re-déplacé les tables des enfants, et élargi le coin bibliothèque. Je m’y sens bien, dans ma classe. Les enfants aussi je crois. Mes collègues, quand elles passent, me disent souvent qu’elle est vraiment belle et agréable.

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J’ai passé beaucoup de temps sur Pinterest à épingler des photos de classes américaines à la déco soignée, aux couleurs vives. Je me mets à la place des enfants, et me dis que ça doit être plus agréable aussi pour eux, d’être dans un bel endroit : je voulais qu’ils aient envie de venir, qu’ils se sentent bien dans ce lieu, qu’ils y trouvent de la sécurité, et un cadre rassurant pour apprendre. J’ai envie qu’ils aiment l’école, parce qu’aujourd’hui il est fréquent de croiser des jeunes qui rejettent l’école, ses normes et sa rigidité obsolète, et qui se marginalisent en partie à cause de ce rejet. Je n’aurai mes élèves qu’une année, peut-être deux, avant qu’ils ne changent de classe, mais je me dis que cela suffira peut-être pour, au moins, un ou deux d’entre eux. On ne sait jamais quel rôle on va jouer pour quelqu’un, quel impact on aura sur la vie d’un autre, rien n’est jamais sûr mais on peut essayer. C’est ce que je me dis, c’est ce que j’essaie de faire dans ma classe.

J’ai tout mélangé dans ce billet : éducations alternatives, déco de classe, réflexions pédagogiques… j’espère que je ne vous ai pas trop perdu(e)s!

C’était important pour moi de prendre un peu de temps pour vous présenter ce nouvel environnement, dans lequel je passe beaucoup d’heures en de moment. Et puis, on ne sait jamais, cela pourrait aussi planter des graines d’idées, engendrer des réflexions ou des débats, ou simplement encourager l’un ou l’une d’entre vous à aller voir ailleurs, à sortir du cadre de l’Education Nationale ou des grandes lignes directrices de l’éducation actuelle, et tout ce que je sais c’est que, depuis que je me suis un peu éloignée du chemin bien tracé sur lequel j’évoluais jusqu’à présent, je me sens bien plus en accord avec mes idéaux, et plus en confiance avec l’avenir. Et c’est tout ce que je peux souhaiter à quiconque passe par ici ! 🙂