Mon école

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Atelier de grammaire Montessori : manipulation des formes de grammaire, jeu auto-correctif.

Le sujet de l’éducation revient régulièrement dans mes billets, j’en ai bien conscience, et j’ai d’ailleurs eu un certain nombre de questions à ce sujet. Après mon billet sur le pourquoi je ne veux pas scolariser mon fils (mais je le scolariserai tout de même car je n’ai pas, malheureusement, les moyens financiers pour faire l’IEF – et parce que Robinson n’est pas d’accord avec cette idée d’école à la maison, aussi), voici un petit (ah ah, petit… genre. Il va être beaucoup trop long, comme d’habitude) article sur ma classe, ou comment j’essaie d’appliquer mes principes pédagogiques au carcan parfois trop rigide de l’Éducation Nationale.

Multi-niveaux

À chaque réunion de répartition (celle où l’on décide du paysage de nos futures classes, où on se répartit le niveau et les élèves), je me BATS pour, au mieux faire uniquement des classes à niveaux multiples, au moins obtenir une classe avec un double-niveau. Dans mon idéal, tous les collègues travailleraient en niveau double ou triple, et pas forcément avec des classes d’âge qui se suivraient. J’ai vu, dans plusieurs écoles (en REP, notamment), des classes de CP-CM2 qui fonctionnaient merveilleusement bien. Les études actuelles le montrent : les enfants ont besoin d’être brassés avec des enfants d’âges différents. Comme je l’avais déjà dit dans mon billet sur l’IEF, nous-mêmes adultes, ne nous contentons pas de fréquenter des gens qui auraient uniquement notre âge, nous avons des amis plus jeunes, plus vieux, et cela apporte une véritable richesse dans nos échanges.
J’aime les classes à niveaux multiples car:
– je ne m’ennuie pas (j’ai le syndrome Carrie Mathison, j’ai besoin d’être en ébullition constamment, sinon, je tourne en rond et suis malheureuse comme une pierre)
– on est OBLIGÉS de différencier, c’est-à-dire de réflechir à une compétence développée dans plusieurs niveaux de difficultés, et cela est une richesse pour les élèves qui ont des difficultés MAIS AUSSI pour les élèves qui se baladent dans leur niveau et s’ennuient vite. Qu’un enfant de CP puisse, selon ses envies et réussites ou besoins, refaire un travail de Grande Section ou passer à une compétence de CE1, est pour moi juste INDISPENSABLE.
– une réelle entraide se met en place entre les élèves, le tutorat est aussi bénéfique pour celui qui a besoin d’aide que pour celui qui aide, voire même PLUS bénéfique pour le tuteur, car on n’apprend jamais mieux que lorsqu’on reformule une consigne ou qu’on essaie d’expliquer une compétence qu’on a soi-même comprise.
– il y a beaucoup moins de tensions entre les élèves que dans une classe où TOUS ont le même âge, et où ça tourne vite en rond. Prenons un exemple concret : cette année, j’ai une classe de CE1-CE2. Parmi mes CE1, il y  a un élève vraiment difficile, pénible, désagréable avec les autres, il a toujours le mot blessant, l’attitude méprisante, bref, vous voyez le portrait. Cet élève, typiquement, serait un véritable « parasite » (désolée si le mot vous choque, c’est juste une image) dans une classe de CE1 uniquement. Il prendrait toute la place, serait odieux avec tout le monde et s’approprierait le rôle du vilain petit canard, ce qui serait terriblement néfaste pour lui et pour la suite de sa scolarité. Or, dans ma classe actuelle, cet enfant côtoie des « plus grands », et il se permet donc beaucoup moins de choses. Il est pénible, oui, mais il ne joue pas la carte du « bad boy » à fond comme il le ferait avec des enfants uniquement de son âge. Le fait d’être avec des grands, des CE2, lui donne aussi envie d’être respecté par eux, de faire partie de leur bande, et donc de se montrer (parfois) digne de ces « grands ». Alors il fait parfois des efforts, et il se fait moins « vilain petit canard ». Des fois, il sait se faire oublier, ou même mieux, essayer de participer et d’être agréable (rarement, mais assez pour que l’effort ne passe pas inaperçu !). Bon, j’essaie de vous replacer tout cela dans ce que j’imagine de la mythologie mentale de ce petit garçon. En réalité je me plante peut-être complètement.

J’enseigne depuis sept ans (ou huit ? je ne sais plus), c’est peu, certes, mais ça m’a permis d’expérimenter les niveaux simples et multiples, et indéniablement, je trouve le niveau multiple plus riche, plus innovant, et plus apaisant pour les élèves.

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Les ateliers en libre-service

Ateliers et manipulation

Peut-être que mes premières années en maternelle m’ont appris à me détacher du sacro-saint combo « papier-crayon » car je ne suis pas du tout une adepte de la tradition en la matière. Des fiches d’exercices ? Beurk… Qu’on soit en grande section ou en CM1, pour moi, les apprentissages se font par la manipulation, l’expérimentation, le concret, et non par une fiche de préparation suivant le monotone déroulement : « découverte de la notion, exercices, leçon, évaluation ». C’est un point de vue personnel, discutable, qui ne plait pas toujours. Heureusement, pour l’instant, je n’ai pas eu de plaintes de parents ^-^ Parfois, certains me demandent un peu inquiets : « euh, vous les évaluez bien tous les trimestre, hein ? Il y aura un bulletin, et on pourra voir les fiches corrigées ? ». Je prends toujours beaucoup de temps en début d’année pour expliquer ma démarche. Généralement, cela plaît aux parents d’aujourd’hui, qu’on soit dans une école de bobos (comme la mienne actuellement) où les parents sont friands de pédagogie alternative et d’école ouverte, ou qu’on soit dans une REP (comme mes dernières années) où les parents veulent à tout prix éviter l’échec social à leurs enfants, et se fichent des programmes comme de l’an 40, tant que leur gamin se sent bien à l’école et ne se retrouve pas en décrochage scolaire. En fait, j’ai l’impression que tous les parents, ou presque, veulent la même chose pour leur enfant : le bien-être, le bonheur à l’école. Après, chacun l’adapte comme il veut ou peut. Personnellement, ma vision du bonheur et du bien-être ne passe pas par la réussite à tout prix et la concurrence (personnellement, j’ai très mal vécu mon année de concours, notamment). Quand je pense à Little, et à l’école que je souhaite pour lui, il s’agit d’une école libre, ouverte sur l’extérieur, où les enfants joueraient toute la journée, et apprendraient par la rencontre fortuite de leur curiosité et d’une question de la vie. « Tiens, la graine a germé ? Comment ça marche ! Je veux comprendre ! » ou bien  » Mais pourquoi faut-il dire Je veux que tu viennes et non Je veux que tu viens ?  » des questions qui émergeraient d’eux mêmes, sans fausse mise en scène pour les amener pile poil au moment où ça correspondrait au programme. Le livre de Céline Alvarez est passionnant sur ce sujet. LA curiosité des enfants est incommensurable, un puits sans fond, un moteur infatigable, qui rend tous les apprentissages possibles, même les plus complexes.

Le jeu, la manipulation, les ateliers autonomes permettent à tous les enfants d’être actifs, sur des compétences diverses et variées qui correspondent, ou non, aux programmes de leur tranche d’âge. Dans ma classe, mes élèves peuvent faire des Legos Technics très difficiles, des batailles de cartes sur les durées, reconstituer des frises historiques détaillées ou simplifiées, copier des poèmes qu’ils aiment, créer des lapbooks sur un sujet de leur choix, s’entrainer à conjuguer grâce à des jeux auto-correctifs, fabriquer des volumes à partir de plaques de construction emboîtables… Pour l’instant, je n’ai pas poussé ma démarche à fond comme je le souhaiterais, car je suis à mi-temps et partage ma classe avec une collègue à qui je ne peux pas imposer mon fonctionnement. Dans l’idéal, j’aimerais que nos journées se déroulent exactement comme C. Alvarez les décrit : les élèves manipuleraient en autonomie, tout le temps, et on ferait de longues pauses à l’extérieur pour développer la motricité et dépenser leur énergie. Pendant les temps de manipulation, je passerais parmi les élèves, regarderais ce qu’ils font, réussissent ou non, évaluerais tout cela de manière détachée, dédramatisée. Cela prendrait du temps mais c’est la meilleure façon, à mes yeux, de voir les progrès des enfants sans formaliser ce temps d’évaluation. Je me souviens de mes propres « contrôles » qui certifiait qu’à un moment T je savais faire ci ou ça. Oui, sur le moment, je savais, mais j’oubliais aussitôt le contrôle terminé et ma bonne note obtenue !! C’est pourquoi j’ai toujours bien réussi mes études tout en laissant grandir en moi ce sentiment de ne rien comprendre et de ne pas retenir grand-chose ! Aucun lien ne se faisait dans mon esprit, dans mes connaissances. J’apprenais, bêtement, et recrachais tout le jour J, bien comme il fallait. Ce système me paraît tellement absurde. Permettre aux enfants de faire et refaire cinquante fois un atelier, de le laisser s’ancrer en lui, de lui donner la possibilité d’être évalué plusieurs fois sur une même compétence, me semble bien moins illogique.

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Les ateliers de maths à gauche, de français à droite.

Travailler en ateliers de manipulation demande beaucoup, beaucoup de préparation, mais ce travail en amont permet aussi d’avoir beaucoup, beaucoup moins de corrections le soir ! Je passe toujours énormément de temps en début d’année à créer mes ateliers, imprimer, plastifier, découper, et dépense aussi beaucoup d’argent pour acheter de beaux jeux du commerce (type Montessori). Puis à chaque période de petites vacances, même chose, je créé de nouveaux ateliers. Mais le reste du temps, je suis plus tranquille. J’ai peu de corrections, (les dictées, tout de même…) et je peux prendre plus de temps pour réfléchir à des projets qui me portent : projet poésie, projet Histoire, projet théâtre… car comme je l’ai dit, je ne fonctionne pas non plus à 100% en ateliers, j’ai donc aussi des temps de classe plus traditionnels.
En gros, mon fonctionnement est le suivant :  je travaille avec des groupes de besoin, tous niveaux confondus. Je prends le 1er groupe en atelier dirigé pour découvrir  une notion (orthographe, maths…), pendant ce temps un 2ème groupe est en ateliers autonomes, et un troisième travaille de manière plus « traditionnelle », sur de la lecture, de l’expression écrite, ou des petits calculs en lien avec la notion étudiée. Puis, je fais une rotation, afin de voir tous les groupes en atelier dirigé, durant lequel j’adapte le contenu en fonction des besoins. C’est plus individualisé que de faire classe en grand groupe, mais moins individualisé que de prendre chaque élève un par un comme le préconise Alvarez en maternelle. Bon, il faut dire que le contenu des programmes est un peu plus lourd en cycle 2, aussi…

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Coin sciences dans ma classe

Les programmes officiels

Je les suis en pointillés. Mon but n’est pas que mes élèves soient en échec l’an prochain quand ils changeront de classe, d’enseignant et de méthode. Mon objectif est qu’ils soient adaptables, autonomes, et curieux (et bien sûr, heureux !). Je ne m’affole pas avec les programmes. Il y a des choses qui me semblent en parfait décalage parfois, comme le fait de devoir enseigner une grammaire très poussée alors que les élèves ont 8 ans et parfois ne maîtrisent pas bien la lecture, et l’encodage (écriture de mots). À quoi bon ? Qu’on ne me dise pas que la grammaire permet de mieux maîtriser la langue française. Je n’y crois pas une seconde. C’est le cas lorsqu’on maîtrise DÉJÀ la langue ! Pas quand on galère à avoir une syntaxe correcte et qu’on a un vocabulaire pauvre. Encore une fois, je peux parler de mon expérience personnelle en tant qu’élève : j’ai toujours été très bonne en français, je n’ai jamais fait beaucoup d’erreurs (orthographe, grammaire, conjugaison) et pourtant je n’ai JAMAIS RIEN COMPRIS à la grammaire française qui est, à mes yeux, une torture. C’est la lecture qui m’a permis de maîtriser la langue française, je lisais énormément et les règles de grammaire, d’orthographe, se sont imprimées en moi. De la même manière que j’ai appris l’anglais en vivant en Irlande et en baignant dans la langue, alors qu’auparavant toutes mes leçons théoriques de grammaire anglaise n’avaient jamais rien donné ! Bref, je m’égare… mais vous voyez où je veux en venir. Je me permets de prendre dans les programmes ce qui me paraît justifié et utile, et, oui, je l’assume et accepte qu’on puisse me le reprocher. Cette attitude n’est pas du tout recommandée par l’Éducation Nationale, mais en même temps j’ai la conviction que l’EN ne sait pas toujours ce qu’il faut faire et ce qui est bon pour les élèves aujourd’hui (les pontes décisionnaires ont tellement peu d’expérience du terrain…). Je suis persuadée que c’est le terrain qui fera bouger les pontes, et non le contraire. Alors je fais ma petite popote en me posant beaucoup de questions et avec la conviction de ne pas mal agir.

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Atelier d’histoire : la frise historique à reconstituer (événements, dates, titres, personnages importants…)

Les notes

Je ne note pas mes élèves. Les notes sont intéressantes et peut-être stimulantes pour les bons élèves, mais elles ne leur apportent rien cependant, tandis qu’elles sont néfastes pour les élèves plus faibles. Alors je ne vois pas vraiment quel est leur intérêt… Parfois, mes élèves ont un pourcentage de réussite, afin de se positionner par rapport à leur évolution. Exemple, en dictée : un élève peut avoir 87% de réussite une semaine, et la suivante 90%, et il sait alors qu’il a progressé. C’est un repère par rapport à lui-même, à son travail qui évolue.
Sinon, la plupart du temps, quand je dois évaluer les compétences, je note celles qui sont acquises, et je précise celles qui sont à renforcer, à revoir, en renvoyant directement à la page dédiée du cahier de leçons.

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Atelier de maths : grandeurs et mesures (la balance)

Culture humaniste

C’est un élément très important dans mon enseignement. À mes yeux, la Culture est une richesse que tous les enfants devraient recevoir à parts égales, et pas seulement ceux qui savent déjà bien lire, écrire, compter, ceux qui maîtrisent les bases quoi. En REP, j’avais monté un projet d’arts pour mes élèves les plus en difficulté : on écoutait de l’opéra, on observait des tableaux, on peignait, on modelait de l’argile, on allait au musée. C’était un renforcement pour ses « petits » élèves.
J’adore les arts et les enseigner : peinture, musique, photos, littérature, poésie… Dans ma classe, on fait beaucoup de danse, de théâtre, de lectures offertes, d’Histoire de l’art, de théâtre. Ça permet aussi aux élèves moins « scolaires » de se retrouver dans autre chose, de se révéler parfois. J’ai un élève assez difficile, un petit mec rude et brutal, qui m’a scotchée lors de notre cycle poétique de six semaines. Sa diction, sa finesse d’élocution, sa sensibilité se sont révélées lors de lectures offertes de poésie, ou d’écriture poétique. C’était magique, émouvant. Les arts sont essentiels car ils sont, d’une certaine façon, inutiles aujourd’hui, dans une société où tout se mesure, s’évalue, fait profit. Les études artistiques aboutissent rarement à un métier, comparées aux écoles de commerce qui enseignent comment bien vendre un produit et faire du profit. C’est dommage qu’on soit parfois si concentré sur les mathématiques qu’on en oublie à quel point un roman ou un tableau peuvent changer une vie. Je choisis souvent de faire des choses complexes, difficiles d’accès avec mes élèves, je leur choisis des livres pour les plus âgés, je leur montre des tableaux indéchiffrables, je leur parle de courants artistiques alambiqués (j’adore évoquer les Surréalistes avec eux, par exemple, et évidemment ils adorent!), je leur donne l’étymologie grecque ou latine de mots compliqués, et ils accrochent, ils en redemandent, ils s’ouvrent et attrapent toutes ces lianes pour grimper encore plus haut. C’est fantastique. Par exemple, on a lu Roald Dahl toute l’année, et pourtant ses livres sont très difficiles pour des CE1. Eh bien, après deux mois à étudier quotidiennement Roald Dahl, presque tous les élèves s’étaient achetés, sans que je leur demande bien sûr, un exemplaire d’un roman de cet auteur, et je les voyais plongés dans ces énormes livres à chaque moment libre de leur journée. Même les plus faibles, les CE1 qui entrent à peine dans la lecture et pour qui lire cinq lignes est laborieux, même eux avaient le nez dans les trois cents pages de Sacrées Sorcières, ou de Charlie et la Chocolaterie. Incroyable. C’est un exemple parmi tant d’autres, je pourrais vous en raconter plein, comment mes élèves déclamaient des poèmes dans la cour de récréation plutôt que d’aller jouer au foot, comment ils se sont passionnés pour Victor Hugo (qui est tout de même assez difficile pour de si jeunes enfants, même si certains de ses poèmes sont abordables), comment la Danse Macabre de Saint-Saëns n’a plus de secret pour eux…
Bref, l’art, l’art, l’art, ne doit pas être une pincée de sel sur le reste, mais bien l’ingrédient principal d’où tout part car les enfants sont incroyablement perméables à cela !

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Atelier de géographie : les continents (cartes de nomenclature Montessori)

Et voilà, je vous avais dit que mon billet serait court ah ah… Je ne sais pas s’il est très utile ni même intéressant, surtout pour des personnes qui ne travailleraient pas dans l’Éducation Nationale. Je voulais surtout montrer qu’il existe des alternatives aux pédagogies traditionnelles (et encore, je ne vous ai pas parlé de nos conseils de classe et de tous les ingrédients de la pédagogie Freinet qu’on utilise dans la classe…) et que, le plus important, est de prendre en considération tous les enfants, pas seulement les meilleurs bien sûr, mais pas non plus seulement les plus faibles, car les bons élèves qui s’ennuient en classe sont aussi un problème que l’on doit prendre en compte. Bref, je serais ravie d’avoir vos avis sur tout ça, que vous enseigniez ou non, que vous soyez parents d’élèves ou non, l’éducation des futurs citoyens est l’affaire de tous et nous avons tous notre mot à dire, n’est-ce pas ? En tous cas, une chose est sûre, il n’est jamais inutile de se poser des questions à ce sujet !

A bientôt !

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Atelier de géographie : les pays d’Europe (cartes de nomenclature)

 

NB : les photos de cet article sont toutes privées et non libres de droits.

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Education, bienveillance, école et maison

Bonjour !

Ce billet, je dois l’écrire depuis un moment mais j’avoue ne as savoir par où commencer tant j’ai à dire, à expliquer, tant le sujet m’inspire.

L’école et l’éducation. Tout a commencé lorsque je suis devenue enseignante, sans doute. Je me suis intéressée à la transmission du savoir, et le monde de l’enfance s’est ré-ouvert à moi. Au fil des années, l’enfant et son bien-être est devenu quelque chose de fondamental à mes yeux. Évidemment, lorsque je suis devenue maman, cela a pris une tout autre dimension, c’est devenu une évidence : l’éducation et la pédagogie sont devenues comme une passion. Lorsque je repense à mes premiers pas d’enseignante… j’étais enfermée dans ma vision traditionnelle de l’école et j’ai fait beaucoup d’erreurs. Heureusement, j’ai depuis appris plein de choses, rencontré des personnes merveilleuses et intéressantes, enrichi ma vision de la pédagogie, et le plus fabuleux dans tout ça c’est que je ne suis qu’au commencement de ce cheminement! Il me reste encore des tas de choses à apprendre, à approfondir.

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J’ai rencontré des enseignants extraordinaires qui dépoussiéraient notre métier et posaient un œil bienveillant sur leurs élèves. J’en ai aussi rencontré beaucoup dont les méthodes me choquaient et les propos moqueurs sur les enfants me mettaient hors de moi. Petite fille, j’ai été très bonne élève, mais l’école n’a pas toujours été facile pour moi. Je crois que c’est grâce à cela, en partie, que je mesure aujourd’hui l’importance de créer une bulle où les enfants vont se sentir bien, en confiance, et apprendre à leur rythme.

Après sept ans d’enseignement, plusieurs années en REP mais aussi dans les beaux quartiers de Lyon, après un passage par la pédagogie Freinet qui m’a ouvert les portes des pédagogies dites alternatives, et surtout après beaucoup, beaucoup de lectures, de rencontres et d’expérimentations, je sens aujourd’hui que j’approche de mon objectif : trouver l’équilibre dans ma manière d’appréhender l’instruction.

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Mon but est simple, surtout depuis que j’ai moi-même un enfant et son éducation à charge : je suis convaincue que l’autonomie et le respect du rythme naturel de l’enfant sont la clé des apprentissages heureux. Bien sûr, j’ai lu Céline Alvarez et je rejoins ce qu’elle énonce, j’étais déjà convaincue par la pédagogie Montessori auparavant et je trouve que l’éclairage moderne d’Alvarez (grâce aux neurosciences) est plus que bienvenu pour relancer le débat au sein de notre société. Vous remarquerez que je ne dis pas « au sein de l’éducation nationale ». Non. L’éducation des enfants devrait concerné tout le monde, parents ou non, enseignants ou non. N’oublions pas qu’il s’agit des électeurs de demain. De futurs citoyens. Ce sont les enfants que nous éduquons aujourd’hui qui gouverneront dans le futur, qui feront des choix pour notre planète, qui décideront quoi faire de l’héritage qu’on leur laissera. Souvent, j’ai le sentiment que les débats sur l’école et l’éducation sont relégués auprès d’un public ciblé : les trentenaires et quadragénaires, parents, et les enseignants. Alors que l’avis d’un jeune bachelier ou d’un cadre célibataire sont tout aussi importants, et qu’il est nécessaire qu’eux aussi se sentent impliqués dans la question de l’éducation.

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Bref, je m’égare.

L’éducation, comme l’a dit Nelson Mandela, est l’arme la plus puissante que l’ont ait pour changer le monde. Une arme de paix, disait Maria Montessori. Je trouve cela si juste, si vrai, mais aussi si impressionnant! Grâce à l’éducation, on peut tout. Tout se joue lors de ces premières années. Bien sûr, la résilience permettra qu’une fois adulte, un enfant qui a été traumatisé, violenté, mal éduqué, pourra toujours se remettre sur les rails, se re-sociabiliser et apprendre la douceur. Heureusement, la nature a pensé à tout, et elle permet les corrections tardives (croyez moi, je suis passée par là). Mais il est tout de même indispensable de mieux penser l’éducation de nos jeunes, et de prendre enfin mesure de l’ampleur de l’enjeu actuel. Aujourd’hui, avec tout ce qui se passe dans l’actualité, on se rend bien compte que ce ne sont pas les actions correctives, à-posteriori, qui ont un impact sur l’évolution de notre société (attentats, climat…). il faut agir à la base, à la racine. Diffuser les valeurs justes et humanistes le plus tôt possible plutôt que réprehender, incarcérer, punir lorsque les fautes sont commises.

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Plus je vis l’école au quotidien, plus je m’en éloigne. Je ne comprends plus cette institution, qui, je m’en rends compte, ne correspond pas aux valeurs primordiales pour moi. A ceux qui me disent qu’un enfant a besoin de se sociabiliser et que l’école joue ce rôle de sociabilisation, je réponds, oui bien sûr l’enfant doit côtoyer d’autres humains. Mais quel adulte vivrait bien de passer de longues journées avec trente autres adultes exactement du même âge que lui, assis à écouter puis faire ce qu’on lui demande (je grossis le trait bien sûr, mais la réalité n’est pas si éloignée). Personnellement, j’ai des amis de tout âge : l’une des personnes que je fréquente le plus est mon petit frère, de trois ans mon cadet. Je dîne souvent avec d’anciennes collègues qui ont entre 40 et 45 ans. J’adore les longues discussions que j’ai avec parents, sexagénaires. Mes amis ont souvent un, deux ou trois ans de plus que moi. Je suis très proche d’une de mes cousines qui a dix ans de moins que moi. J’adore faire la fête avec mes oncles, qui ont entre 45 et 50 ans. Le grand-frère de Robinson a douze ans de plus que moi et on est très proches, je discute énormément avec lui, on partage beaucoup. Bref, pas la peine de vous faire un dessin : personne ne se se contente de se sociabiliser avec des gens nés uniquement la même année. Tout simplement parce-que ce n’est pas enrichissant. Pourtant, on impose cela à nos enfants. Des classes surchargées composées uniquement d’enfants du même age. Évidemment, ça tourne en rond, ça se dispute, ça n’avance pas, on a l’impression de tirer de force une mule bien têtue qui a décidé d’aller dans la direction opposée à la nôtre. Celine Alvarez évoque cela dans son livre et je suis tout à fait d’accord avec elle. Je me suis « battue » avec mes collègues deux rentrées de suite pour que l’on compose des classes à plusieurs niveaux, pour diversifier, brasser nos groupes d’élèves, dynamiser et rendre nos classes plus vivantes, plus réelles. En vain, mes collègues n’étaient pas prêtes à travailler plus et à changer leur vision traditionnelle de l’école. Cela m’a un peu découragée, et, même si je suis restée en très bons termes avec cette équipe, c’est en partie l’une des causes de mon changement d’école.

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Donc, je disais : nous, adultes, vivrions très mal de devoir passer nos journées enfermés dans de petites salles avec trente autres personnes. Pourtant, on l’impose aux enfants. Souvent, cette situation s’étend sur plusieurs années : de la petite section au CM2, les classes restent les mêmes (sauf dans les grosses écoles où il y a plusieurs classes de CM1 par exemple, et où l’on peut rebrasser les groupes chaque année). Ce qui signifie qu’un enfant peut passer 8 ans entouré uniquement des mêmes vingt-cinq autres enfants, sans en connaitre beaucoup d’autres. En terme de sociabilisation, on a vu mieux, non ? Ce système aurait plutôt tendance à rendre fou plutôt qu’à développer les facultés sociales de n’importe quel être humain (ou animal même !).

Cet argument de sociabilisation n’est pas valable à mes yeux. Il y a plein d’endroits et de moments pour créer du lien, sauf qu’aujourd’hui, dans notre société, on les a un peu perdus de vue. La famille est le premier, mais aussi le voisinage, ainsi que l’implication dans la vie locale, ou encore les infrastructures culturelles, bibliothèques, ludothèques… Les aires de jeux ou squares sont bien sûr de hauts lieux de sociabilisation pour les enfants. Et puis, n’oublions pas les activités périscolaires : sport, musique, activités manuelles… Autant de moyens de rencontrer d’autres enfants, sans passer par la case « école ».

Je suis de moins en moins d’accord avec l’institution scolaire, le rôle que l’on attribue à l’école et surtout, surtout, les méthodes utilisées. J’avais vu une vidéo, une fois, d’un homme qui mettait en regard l’évolution de plusieurs éléments de nos vies, depuis une cinquantaine d’années. Il montrait comment la technologie avait évolué, avec les voitures très différentes de celles de l’époque, ou l’arrivée de l’informatique. Il montrait l’évolution des vêtements, des conditions de travail, etc (je ne sais plus exactement, c’était il y a plusieurs mois déjà!) et puis il montrait l’école il y a cinquante ans, et l’école aujourd’hui. Et on pouvait constater que rien n’avait changé : le maitre debout face à ses élèves assis, sommés de rester tranquilles, d’écouter, de comprendre et de retenir. Le savant déversant le savoir. Et, même si de plus en plus d’enseignants innovent et s’éloignent de ce modèle traditionnel, croyez-moi, ce que j’ai vu durant sept ans à droite et à gauche, au gré de mes diverses affectations, m’a fait comprendre que l’école avait très peu changé et qu’on imposait encore et toujours aux enfants de se « tenir », de faire ce qu’on leur demande, et de refréner leurs pulsions de curiosité, leur spontanéité, leur élans pleins de fraîcheur et d’innocence, leur soif d’apprendre et de savoir. Si l’on se place du point de vue de l’enseignant, on peut comprendre cela : comment gérer vingt-cinq à trente enfants, en même temps? Comment leur faire comprendre et apprendre TOUT le programme de l’année alors même que les programmes sont intenables (tout le monde vous le dira)? On demande aux instits de faire des miracles, alors ils font ce qu’ils peuvent : et ce sont les enfants qui en pâtissent.

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Depuis que je suis maman, je pense avec angoisse au moment où Little va devoir aller à l’école (oui, c’est une enseignante qui vous dit ça, et je ne suis pas la seule instit terrifiée à l’idée que ses enfants aillent à l’école) : le système me déplait, le rythme infernal me déplait, la non-considération des besoins propres à chaque enfant me déplait, l’éducation de masse me déplait, le moule dans lequel on veut enfermer les enfants me déplait, le carcan imposé par notre société me déplait. Bien sûr, mon discours est souvent mal reçu, puisque notre société ne tolère pas de penser qu’on puisse faire différemment. Qu’on puisse être normal, équilibré, humain, tout en n’entrant pas dans la norme. Je ne le vois que maintenant. Même si je sais que la petite graine de ces idées-là germe depuis bien longtemps en moi.

Il faut être très courageux pour oser défier la norme. Je suis admirative de ces familles qui osent franchir le pas. Je les envie. Et depuis la naissance de Little, je travaille doucement mais sûrement Robinson pour que ces mêmes-idées germent aussi en lui ^-^

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Céline Alvarez, qui a publié un désormais célèbre livre : Les lois naturelles de l’enfant

Après ma prise de conscience « pédagogique » (Freinet, puis Montessori, les pédagogies alternatives et innovantes pour faire bref), je suis entrée dans une phase plus familiale, plus maternelle de ma réflexion. Et ce, d’abord, en lisant un billet sur le blog de Bambichoses. C’était la première fois que j’entendais parler du unschcooling. Ou plutôt, la première fois que quelqu’un de « normal », une femme moderne bien dans ses baskets, avec des aspirations et une vie qui ressemblent aux miennes, évoquait ce sujet. Pour moi, l’école à la maison (l’IEF – instruction en famille, pour le jargon), le unschooling, était un truc de hippie, de personnes marginales vivant en rejet total de la société (coucou les idées reçues, hein !?!). J’ai lu l’article de Bambichoses (et un second là) avec passion et étonnement, et quelque chose a résonné en moi, cette idée s’est mise à m’obséder. C’était la suite de mon cheminement, ce processus enclenché avec le constat de l’échec de l’institution scolaire.
Ce jour là, je me suis mise à considérer l’IEF d’un autre regard, avec compréhension, empathie, et envie. De fil en aiguilles, j’ai découvert et lu d’autres blogs de familles qui n’envoyaient pas leurs enfants à l’école, et j’ai découvert tout un monde parallèle que j’avais pas soupçonné, des gens tout à fait normaux, éduqués, humains et généreux, qui décidaient de retirer leurs enfants de l’éducation nationale en désaccord avec leurs principes de vie, leurs valeurs. J’ai trouvé ça très beau et surtout courageux. Et puis, évidemment, j’ai trouvé ça excitant. Imaginez, le challenge !
C’est là aussi, que j’ai découvert le blog d’Eve Hermann, qui vit à Lyon, prend des photos sublimes de ses deux filles « non-sco » et de leurs activités et escapades dans la nature. Son blog est magnifique, inspirant, bien écrit, il donne vraiment envie d’envisager un retour à un état plus naturel de l’éducation, une éducation en famille, en petit groupe, qui suivrait le rythme de l’enfant et respecterait ses envies, ses besoins, sans pressions extérieures, sans carcan, sans moule à intégrer à tout prix.

J’ai eu la chance de croiser Eve il y a quelques jours, sur le chemin du parc. Elle était avec ses deux filles, ce sont elles que j’ai reconnues. Je me suis arrêtée pour discuter cinq minutes avec elles, j’étais très heureuse de la rencontrer, et je voulais lui dire que son blog m’inspirait beaucoup. Liv et Emy sont deux petites filles magnifiques, sauvages et pleines de vie.

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Peut-être que vous me prenez pour une dingue. Peut-être que vous avez été le/la bonne élève étant enfant, que l’école ne vous a pas traumatisé(e). C’est aussi mon cas. C’est difficile, dans ce cas, de comprendre le point de vue que j’expose aujourd’hui. C’est en rencontrant de plus en plus d’enfants « hors du moule », des jeunes malheureux car incapables de s’adapter au système (coercitif) de l’institution, des élèves en échec, qui progressivement s’isolent de cette même société qu’on veut leur imposer à tout prix. Des enfants incompris qui finissent par ne plus comprendre, et parfois par ne plus pouvoir empathir. Évidemment, les bons élèves ne vivent pas toujours mal l’école, ils en comprennent les codes, les attentes, ils respectent le moule, ils l’intègrent. Mais combien d’enfants n’y parviennent pas? Et se sentent responsables de ne pas y parvenir? Alors que les responsables, c’est nous adultes, acteurs de l’éducation, parents, citoyens. Laisser perdurer notre école vieillissante, notre système traditionnel et poussiéreux, sous prétexte que ça a toujours été ainsi et qu’on ne voit pas pourquoi ça changerait, c’est notre erreur à nous et la cause du mal-être de certains enfants, de l’échec de beaucoup d’entre eux, mais aussi de la radicalisation de certains, de la souffrance et de la rage que d’autres peuvent ressentir à l’égard de la société, à l’égard de l’autre, des institutions, de la République, etc… Comment pouvons-nous croire que nos enfants deviendront des adultes capables de penser, de prendre les bonnes décisions, de contrôler leurs émotions, de dispenser douceur et amour et empathie, de respecter l’autre et la planète, si on n’agit pas de la sorte avec eux? Nos écoles manquent de souplesse, manquent de temps, manquent d’amour, manquent d’empathie, manquent d’émotions. Le cadre est rigide, l’élève doit s’adapter, pas l’école. Les moutons doivent suivre le troupeau, parce-que c’est comme ça. Les enfants doivent tous apprendre la même chose au même moment (alors que, bon, un enfant de CP né en janvier n’a pas la même maturité intellectuelle et motrice qu’un enfant de CP né en décembre, on est d’accord??!), sans aucun respect pour leur besoin, leur rythme, leur envie, leur préférence, leur situation personnelle, leur vécu, leur intelligence. Je ne vois pas nos élèves développer empathie et compétences relationnelles dans les écoles. Je vois des enfants subir des rythmes effrénés, des enfants bouillonner sur des chaises, des enfants qui ne rêvent que d’aller courir dehors ou d’apprendre naturellement, en jouant, en se questionnant, en rencontrant. Tout est dématérialisé, tout est superficiel dans les classes d’aujourd’hui. Je me revois, en REP, tenter d’enseigner les différents paysages géographiques à mes élèves : paysages maritimes, montagnes, campagnes, déserts… Alors que la plupart n’étaient jamais sorti du quartier bétonné, hyper-urbain, qui les avait vus grandir! C’était tellement décalé! Il aurait fallu les emmener là-bas, sur place, les faire voyager, découvrir, toucher, expérimenter ces différents paysages. Mais comment? Et donc, à quoi leur servira ce genre de connaissances? Je ne sais pas, je me pose encore la question… Peut-être à quelque chose oui, je ne vois juste pas encore quoi.

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Aujourd’hui, je suis sûre d’une chose : j’ai envie que mon fils apprenne librement, quand il se sent prêt, quand il en ressent l’envie. Je l’observe depuis deux ans : il est curieux, volontaire, il veut comprendre, il veut savoir. Tous les enfants qu’on n’aura pas préalablement abrutis devant des écrans, ont cette soif de savoir. J’ai de plus en plus l’impression que c’est l’école (et la société) qui bride cette pulsion de connaissances, cette vitalité chez l’enfant. Franchement, il n’y a rien de moins naturel que de forcer un enfant à s’assoir et à apprendre. « Tiens! Apprends. Connais. Comprend. » Ce ne sont pas des verbes qu’on peut conjuguer à l’impératif… ( <- ce n’est pas de moi, je crois que c’est Céline Alvarez qui disait cela. Tellement vrai !).

J’ai envie de préserver l’innocence et la spontanéité de Little, d’encourager sa curiosité, de la nourrir, de la respecter, pas de la brusquer et de la forcer. J’ai envie qu’on prenne le temps, chaque jour, d’apprendre ensemble, de manière naturelle. Je rêve de journées passées au rythme de mon enfant, ponctuées de découvertes imprévues, d’activités rassurantes et connues et aimées, de lectures choisies par lui, en fonction de son centre d’intérêt du moment. J’aimerais qu’il développe les talents qu’il souhaite, et pas ceux qu’on attend d’un enfant de son age, de son sexe, ou de son milieu. Je rêve de journées passées au grand air, à contempler, observer, étudier le nez en l’air selon l’inspiration du moment, en fonction de l’étincelle qui jaillira, inattendue, dans le regard de mon fils. J’aimerais tant qu’il n’apprenne pas trop tôt les réveils aux aurores, les longues journées fatigantes, les contraintes incohérentes… Pourquoi nos enfants devraient-ils avoir si tôt des vies de petits adultes, des horaires de cadres, du stress et de la pression….? Je ne comprends pas…

J’ai peur pour Little, j’ai peur que l’école n’éteigne sa flamme, j’ai peur qu’il ne se mette la pression pour rentrer dans le moule. Je sais qu’il aura la chance d’avoir eu une maman enseignante qui sait exactement ce qu’il est censé apprendre à tel ou tel age. Évidemment, je lui donne déjà des billes, je le nourris intellectuellement, car il est demandeur et que j’adore passer du temps à partager avec lui. Je sais que faire des puzzles déjà si petit, va développer tout un tas de compétences primordiales pour la suite (motricité fine, coordination motrice, logique, structuration de l’espace, entre autres…). Je suis sûre qu’il réussira à l’école, scolairement je veux dire, je ne me fais pas de doute. Ce n’est pas ça qui m’inquiète. C’est simplement : est-ce-que les valeurs de l’école, son mode de fonctionnement, ce système, correspond à mes valeurs et à ce que j’aimerais transmettre à mon enfant? Est-ce qu’on ne va pas le brusquer, le pousser pour qu’il suive les apprentissages « de son age », ou au contraire, le freiner sur certains apprentissages qu’il maitrisera déjà mais par lesquels il faut passer car c’est de son age? Je le constate quotidiennement à l’école : chaque enfant est unique, avance à son rythme, est intéressé par des choses diverses, variées, mais surtout différentes de celles de son voisin. Impossible de mettre tout le monde dans le même sac, de secouer bien fort pour que le groupe s’imprègne de manière homogène de ses connaissances « imposées », et de s’imaginer qu’on peut passer à la compétence suivante, hop le tour est joué. Non, impossible. On le sait bien. Tout le monde le sait. Et pourtant, ce système perdure. Le changer, le repenser, demanderait trop de travail. Trop fatigant. Laissons les choses telles qu’elles sont. Envoyons nos enfants au casse-pipe. Il y en aura toujours bien un ou deux qui s’en sortiront.

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Je ne supporte plus ce système, je cherche des solutions, des alternatives. Pour moi, aujourd’hui, une éducation LIBRE et HEUREUSE se fait hors de l’école. Je rêve de faire l’école à la maison, comme ces familles : Add fun and mix, Bambichoses, Liv et Emy, entre autres… Je trouve ça alarmant que des enseignants tiennent un discours pareil, c’est bien le signe que quelque chose ne va pas. Si j’ajoute que mes deux seuls amis enseignants (c’est-à-dire, qui n’ont pas été au préalable des collègues mais que je connaissais avant l’éducation nationale) ont démissionné 4 ou 5 ans après avoir débuté dans le métier, je pense que mon tableau s’assombrira davantage encore. Je sais que mes propos peuvent surprendre, voire choquer, ou même faire sourire. Mais pour une fois, je suis sûre de moi. Je suis certaine que les valeurs humanistes et environnementales sont les plus importantes. Et clairement, l’école n’est pas leur lieu de propagation.

Voilà, je vais m’arrêter là, ce billet est on ne peut plus décousu, je l’ai écrit comme ça venait, avec mes tripes comme on dit 🙂 En tous cas, il me tenait à cœur de vous en parler , car je suis sûre que beaucoup ne savent pas ce qui se passe dans nos écoles aujourd’hui, au XXIème siècle. Voilà, maintenant vous savez : il ne se passe rien de plus qu’à votre époque, au XXème, et ce n’est peut-être même pas très différent du XIXème ! (Ah, si, on n’a plus le droit de taper sur les enfants! Ouf!). Peut-être aussi que certain(e)s d’entre vous partagent en partie mon opinion (radicale, oui je sais). Peut-être enfin que je vais faire définitivement fuir quelques uns d’entre vous. J’assume. Je sais que c’est un peu extrême, mais ça me semble si important… J’ai besoin de semer des graines autour de moi, même si je sais que je ne m’y prends pas forcément de la meilleure manière qui soit (trop vindicative, non?).

Si vous avez envie d’en savoir plus sur le sujet, je vous invite à lire Céline Alvarez et tous les blogs cités plus hauts. Et il y en a plein d’autres, faciles à trouver sur internet.

N’hésitez surtout pas à me laisser votre avis, je suis curieuse de voir l’effet de ce pavé (dans la mare) que j’ai écrit aujourd’hui. Bravo si vous avez réussi à me lire jusqu’au bout. Même moi, je n’ai pas le courage de me relire! Désolée pour les fautes!

Et, en attendant, portez-vous bien, et à bientôt !

PS : non, mais, sinon, j’aime bien mon métier hein? Ce sont juste les conditions de travail et les mentalités poussiéreuses qui me font hurler ^-^….