Les marronniers #2

Je m’étais arrêtée un peu brusquement dans mon précédent article concernant l’école. Il commençait à être long et je n’avais plus assez de temps, je m’étais alors dit que la solution était peut-être de le couper en deux pour ne pas trop alourdir mon propos.

Me voici donc de retour avec la suite!

Tout d’abord, vous avez été nombreux/ses (et cela m’a beaucoup et agréablement étonnée) à me demander les références du livre dont je vous parlais et qui a été un déclic pour moi. Le voici :une-ecole-differente-pour-mon-enfant-viaud

L’ouvrage est très simple à lire, clair, et conçu à l’origine pour les familles, donc vierge de tout terme trop technique ou de jargon de l’Education Nationale. Une lecture digeste, en somme. Je la conseillerais à TOUT LE MONDE, car elle nous apprend beaucoup sur notre société actuelle, et sur les nouvelles familles/éducations d’aujourd’hui. Certains passages ont même apporté un éclairage nouveau sur mon enfance, et je ne m’attendais pas du tout à réaliser certaines choses si brutalement à la lecture de ce simple bouquin. Bref, tout ça pour dire que, me plonger là dedans a été comme une révélation pour moi, tant au niveau professionnel que personnel.

Ensuite, si le sujet des pédagogies dites « alternatives » vous intéresse, vous pouvez commencer par lire cet article assez clair et simple : ici. Ce qui est rigolo, c’est que c’est une de mes meilleures amies qui m’a envoyée ce lien, après qu’on ait discuté pendant des heures de tout ça, de ce « tournant » dans ma manière de voir et de faire mon métier. Mais elle, elle n’est pas du tout instit! Et pourtant, elle a été emballée par les idées, les conceptions de ces pédagogies alternatives qui portent un regard bien plus bienveillant sur TOUS les acteurs de l’éducation : enseignants, parents, et enfants. Alors dès qu’elle lit un article à ce sujet, hop elle fait un mail à ses amis et nous transfèrent le lien. Elle en parle autour d’elle, aussi, et notamment à des copains journalistes, car elle aimerait voir le sujet un peu plus présenté « au grand jour ». Ca me rend heureuse, ce genre d’initiative. Je me dis qu’il y a encore pas mal de gens qui veulent croire et qui se bougent pour faire avancer les choses, même en étant en dehors de l’Education Nationale, même en n’étant pas parent.

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Pour ce qui est de ma rentrée, à proprement parler, je dois dire que j’ai très peu de temps pour moi, pour le blog ou pour Robinson, et que je ne compte pas mes heures de préparation de classe, d’attente à la photocopieuse, de veille sur les blogs de maîtresses d’école, de découpage/collage/affichage…

J’ai eu la chance d’obtenir enfin un poste à titre définitif, donc ça y est, j’ai MON école, celle où je vais (sans doute) rester plusieurs années. Ce qui est génial, c’est qu’elle est à côté de chez moi, en ville, et que j’ai le niveau dont je rêvais (enfin, presque). J’avais très envie de me lancer dans le CP, l’apprentissage de la lecture est un peu mon dada (professionnellement parlant, je veux dire. En vrai, j’ai d’autres passions…. ^-^). Mais c’est une grande école, 8 classes de maternelle et 11 classes d’élémentaire. Aussi, j’ai hérité du double niveau CP-CE1 (je me suis proposée, ça ne m’embêtais pas plus que ça). J’aime aussi beaucoup le CE1. C’est juste que le double niveau demande, forcément, le double de boulot. Il faut préparer une journée classe comme si on allait en faire deux. Et c’est CHRONOPHAGE. Mais je dois l’admettre, j’aime ça. Même si je connais de gros moments de doute et de rejet, ces derniers temps. Même si je rêve d’arrêter de travailler, même si je n’en peux plus des parents angoissés ou agressifs et des gamins perdus / découragés / manquant de confiance en eux.

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J’ai essayé d’aménager ma classe comme un cocon douillet et coloré (les pauvres choupinous sortent de 3 ans de maternelle, et on leur met biiiiieeeeen la pression avec le CP, alors un peu de douceur et une ambiance rassurante ne leur font pas de mal). Je rêvais d’un coin bibliothèque confortable, comme un nid, un endroit qui leur donne l’amour des livres, le plaisir de la lecture, comme j’ai pu le connaître moi-même très jeune. Vous le savez, les livres sont une de mes passions, et s’il y a bien une chose qu’un enseignant peut transmettre spontanément, c’est ce qu’il aime. Alors je mise beaucoup là dessus. Je me dis qu’un enfant qui aime les livres, même s’il n’est pas scolaire, même s’il est « nul en maths » (story of my life), s’en sortira toujours. Et puis, dans le quartier où je bosse, l’environnement familial de mes élèves n’est pas toujours des plus sereins. Il y a des familles top, comme il y a des contextes difficiles et malsains. Lire peut représenter un refuge pour les enfants qui vivent cela ; se plonger dans un beau livre, dans une belle histoire, peut être tellement réconfortant…

Alors j’ai accroché des guirlandes de fanions, apporté une chauffeuse de mon salon, acheté avec mes propres deniers des petits meubles de rangement, une plante verte et un joli pot, de belles boîtes colorées, et quelques albums que j’aime particulièrement. J’ai dépoussiéré des tonnes de livres, étagères et autres objets qui traînaient déjà dans la classe, pendant trois jours j’ai agencé, déplacé, repensé, porté et assemblé, et surtout respiré beaucoup de poussière. A la rentrée, ma classe brillait comme un sou neuf, et étincelait de couleurs vives. J’étais contente! J’ai pris ces photos fin août, depuis j’ai progressivement punaisé de grands affichages colorés, j’ai re-déplacé les tables des enfants, et élargi le coin bibliothèque. Je m’y sens bien, dans ma classe. Les enfants aussi je crois. Mes collègues, quand elles passent, me disent souvent qu’elle est vraiment belle et agréable.

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J’ai passé beaucoup de temps sur Pinterest à épingler des photos de classes américaines à la déco soignée, aux couleurs vives. Je me mets à la place des enfants, et me dis que ça doit être plus agréable aussi pour eux, d’être dans un bel endroit : je voulais qu’ils aient envie de venir, qu’ils se sentent bien dans ce lieu, qu’ils y trouvent de la sécurité, et un cadre rassurant pour apprendre. J’ai envie qu’ils aiment l’école, parce qu’aujourd’hui il est fréquent de croiser des jeunes qui rejettent l’école, ses normes et sa rigidité obsolète, et qui se marginalisent en partie à cause de ce rejet. Je n’aurai mes élèves qu’une année, peut-être deux, avant qu’ils ne changent de classe, mais je me dis que cela suffira peut-être pour, au moins, un ou deux d’entre eux. On ne sait jamais quel rôle on va jouer pour quelqu’un, quel impact on aura sur la vie d’un autre, rien n’est jamais sûr mais on peut essayer. C’est ce que je me dis, c’est ce que j’essaie de faire dans ma classe.

J’ai tout mélangé dans ce billet : éducations alternatives, déco de classe, réflexions pédagogiques… j’espère que je ne vous ai pas trop perdu(e)s!

C’était important pour moi de prendre un peu de temps pour vous présenter ce nouvel environnement, dans lequel je passe beaucoup d’heures en de moment. Et puis, on ne sait jamais, cela pourrait aussi planter des graines d’idées, engendrer des réflexions ou des débats, ou simplement encourager l’un ou l’une d’entre vous à aller voir ailleurs, à sortir du cadre de l’Education Nationale ou des grandes lignes directrices de l’éducation actuelle, et tout ce que je sais c’est que, depuis que je me suis un peu éloignée du chemin bien tracé sur lequel j’évoluais jusqu’à présent, je me sens bien plus en accord avec mes idéaux, et plus en confiance avec l’avenir. Et c’est tout ce que je peux souhaiter à quiconque passe par ici ! 🙂

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Le cas de la jupe midi #2

Je vous en parlais il y a deux semaines (deux semaines???!!!! je n’ai plus le temps de rien faire d’autre que bosser, bouhouuuu….), en ce moment j’ai une petite lubie vestimentaire et avec ce magnifique été indien je m’en donne à coeur joie, je ne porte presque que ça : mes jupes « midi ».

Alors je vous en avais parlé sans vous montrer de photos (je n’en avais pas pris), mais je peux aujourd’hui vous présenter l’une des chouchoutes de mon dressing ces derniers temps : une jolie jupe rouge framboise-écrasée constellée de pois tissés en fil doré.

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J’ai vu que certaines d’entre vous pensaient que ce genre de coupe était réservé aux grandes et/ou fines. NON NON NON!! Je peux vous garantir que j’ai vu porter des jupes midi par des copines plutôt petites, et que cela rendait juste TROP BIEN sur elles. Croyez moi. Et sur une fille voluptueuse, c’est le type de jupe qui met en valeur les volumes de la silhouette et permet, contrairement à une minijupe ou à une jupe crayon, de porter en haut quelque chose de bien décolleté (une chemise loose un peu échancrée). Le côté sage mais ultra-féminin de cette coupe évite de tomber dans le côté « femme fatale » du combo jupe+décolleté, vous ne trouvez pas ?

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En tous cas, moi, je trouve ça beau sur TOUT LE MONDE, sans exception, surtout lorsque cette jupe n’est pas portée de manière trop classique (en mode Jackie Kennedy). Des boots déglinguées ou des Converses plutôt que des escarpins, ou alors des ballerines pour celles qui veulent conserver une part d’élégance chic malgré tout. Un tee-shirt rock ou une chemise en denim en haut, plutôt qu’un body qui dénude les épaules. Bref, deux ou trois détails un peu grunge qui twistent le côté sage de cette jolie jupe rétro et un peu prude.

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Alors, convaincues par la jupe midi ? Personnellement, je ne la remiserai que lorsque le soleil décidera que l’été est bien fini, mais d’ici là je continuerai de me faire croire que les vacances ne sont pas finies 😉

NB : les photos de ce billet sont privées et non libres de droits. Merci de ne pas les utiliser sans mon autorisation.

Fashion obsession

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Entre deux billets « prise de tête », une petite pause rafraîchissante pour parler de fringues, ça fait du bien aussi! Et cela me permet de vous présenter, photos à l’appui, ma fashion lubie du moment : la jupe midi. Aux soldes de juin, j’avais trouvé une longue jupe au tissu assez épais et à la coupe plutôt… volumineuse. Framboise avec des petits pois et fils dorés, je n’ai pas beaucoup réfléchi avant de la mettre dans mon panier. Mais sa longueur (jusqu’au sol) n’allait pas vraiment avec sa forme (large et rigide)… du coup, j’ai commencé à la porter beaucoup plus haut à la taille. Et l’évidence m’est apparue : cette jupe, avec ses beaux volumes et sa couleur pimpante, était faite pour avoir une coupe midi!

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Trois coups de ciseaux (et un joli ourlet invisible) plus tard : tadam. Ma jupe s’est transformée, et je la porte au moins une fois par semaine tellement je l’aime!

Facile à porter, avec un tee-shirt noir à la coupe bateau, des sandales ou des Converses, j’adore ce petit côté féminin et vintage qu’elle apporte à  n’importe quelle silhouette!

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Je vous laisse avec quelques photos d’inspiration épinglées sur Pinterest. Il y en a pour tous les goûts : chic ou casual, féminin ou décalé, tutu ou soie… y’a  plus qu’à!

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Je sais que cette coupe ne fait pas toujours l’unanimité. Alors, et vous, vous en pensez quoi? Adeptes de la « mid-skirt », ou pas ?

Images : ici

Les marronniers

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Je ne parle pas souvent de mon job par ici. De temps en temps, l’envie m’en prend, mais surtout le temps me permet d’aborder un sujet ou un autre relatif à l’école, à mon métier d’instit… Et puis, honnêtement, si j’en parle peu ici, c’est parce-que ce blog est surtout l’occasion pour moi de m’échapper un peu de mon quotidien parfois trop cartésien, de la réalité souvent trop brute de mes semaines à l’école : les parents d’élèves exigeants ou ingrats, les enfants difficiles, les réunions houleuses avec les collègues, la hiérarchie effacée, quant elle n’est pas carrément agressive à l’encontre de ses enseignants… et puis, fatalement, la remise en question personnelle et professionnelle qu’un métier si « humain » engage forcément. Alors, non, tout au long de l’année je n’ai pas forcément envie de parler ici de ce boulot qui me demande déjà, le reste du temps, beaucoup d’énergie, de temps et d’investissement. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne me passionne pas pour autant ! Au contraire. La preuve : les vacances ne sont pas officiellement terminées, mais j’ai envie de vous parler, aujourd’hui, de la rentrée qui se profile.

Je ne sais pas vous, mais j’adore ce moment de l’année : la fin des longues journées estivales, l’automne qu’on pressent dans les sursauts de l’été indien, les rayons de supermarché remplis de classeurs, d’agendas, de tubes de colle et de kits équerre/rapporteur/double-décimètre… D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé la rentrée. Quant j’étais petite, ce jour était l’un des plus importants de l’année, dans ma famille. On préparait avec soin le cartable, la tenue et les chaussures, que mon père cirait avec soin (oui oui, et pourtant je suis née dans les années 80, pas 60… ^-^). Le jour J, mes parents nous prenaient en photo, mon frère et moi, rutilants dans nos vêtements frais, repassés, mon petit trench et mes chaussures vernies à boucle, mon frère et ses boucles blondes, son pantalon de velours côtelé vert émeraude… C’était tout un rituel. Je sais que certains enfants angoissent à l’idée de reprendre l’école. Cela n’a jamais été notre cas, sans doute parce-que mes parents y mettaient de la magie, et avaient instauré une routine agréable et rassurante autour de ce «big day».

Aujourd’hui encore, je sais que l’un des aspects que j’aime, dans mon métier, est son rythme ronronnant, les vacances régulières, le rituel de la rentrée, année après année… J’aime que mon année commence en septembre et se termine en juillet, contrairement aux autres jobs qui ne sont pas calés sur le rythme scolaire… Cette continuité depuis l’enfance a quelque chose de rassurant…

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Mais tout n’est pas rose, même si l’on travaille entourés d’enfants, dans un univers doux qui sent la craie et la gouache, une classe aux meubles bas et colorés, et que nos journées sont ponctuées de comptines, de chants et de lectures d’albums de jeunesse. Non, tout n’est pas rose. La réalité de l’école est même plutôt flippante, et décourage beaucoup de mes collègues. J’avoue m’être, moi aussi, sentie découragée à un moment. J’ai beaucoup réfléchi, envisagé de quitter l’éducation nationale (si difficilement intégrée, à l’époque), imaginé une autre vie professionnelle, plus paisible, moins tourbillonnante, et surtout aux responsabilités moindres. J’ai connu un bon gros passage à vide, l’année qui vient de s’écouler. Marre des classes surchargées, des gamins difficiles qu’on veut aider à tout prix alors qu’on n’en a pas les moyens, marre de m’épuiser physiquement à essayer de faire fonctionner un système complètement obsolète, branlant et aux programmes irréalisables, marre d’entendre des collègues enchainer des préjugés, juger prématurément, effectuer le minimum syndical et se plaindre sans cesse pour autant. Ras-le-bol généralisé, quoi.

Alors je ne sais pas pourquoi, ni comment, alors que je n’avais plus vraiment envie de m’investir dans ce boulot et que je m’étais résignée à le faire de manière « alimentaire », c’est-à-dire à faire mes heures, à préparer ma classe, mais sans plus y consacrer trop de temps et d’énergie à côté, sans plus me faire le porte-parole engagé et passionné de ce que j’avais considéré comme une vocation, alors que j’avais baissé les bras donc, je suis tombée sur un bouquin qui a littéralement rallumé la flamme. Un bouquin adressé non pas aux enseignants, mais aux parents, et proposant de passer en revue les pédagogies alternatives qui s’offraient à ces familles désireuses d’envisager une pédagogie autre que celle traditionnellement appliquée. Je ne sais pas pourquoi, ce livre parmi d’autres, je l’ai lu en entier, prenant des notes et sentant se réveiller en moi l’enthousiasme des débuts. Cette lecture m’a rappelé pourquoi j’avais choisi de faire ce métier, et ce que j’avais trouvé de beau et de grand en lui. Et, plus important encore, ce livre m’a redonné la foi. M’a montré que, toutes ces difficultés qui m’accablaient et me décourageaient, on pouvait les surmonter, que la décadence de l’Ecole en France n’était pas irrémédiable et que, en changeant radicalement son approche pédagogique et son rapport à l’institution, on pouvait faire bouger les choses, pour de vrai. C’est-à-dire, peut-être changer la vie de ces gamins en difficulté. Les aider vraiment, durablement. Leur faire aimer l’école, leur faire comprendre leur rôle d’élève, leur apprendre à devenir des « apprenants », les rendre maîtres de leur avenir et décideurs de la société de demain, en bref : ne plus les laisser sur le carreau.

… mais, vite, vite, c’est déjà demain la rentrée, j’ai encore des tonnes de choses à préparer… La fin de ce billet attendra le prochain épisode 🙂

Et vous, la rentrée, ça vous inspire quoi? Des listes de bonnes résolutions? Des mauvais souvenirs d’école?? Des envies de collants aubergines et de parka kaki?…

Photos : la cour de ma nouvelle école